Terriennes

Burkina Faso : Sonnon Palenfo, agricultrice propriétaire et cheffe de famille

Burkina agricultrice
Récit d'Emmanuelle Godard avec Gabriel Kambou. 1'42"
© TV5MONDE

Sonnon Palenfo est burkinabé et veuve depuis la mort de son mari il y a 17 ans. Elle vit à 400 km de Ouagadougou où elle cultive ses propres terres agricoles pour nourrir les 15 personnes qui vivent chez elle. Mais elle doit faire face aux stéréotypes sexistes dans son village.

dans

Chaque jour, Sonnon Palenfo part aux champs, comme beaucoup de femmes, mais elle, est propriétaire de ses terres. Depuis la mort de son mari, il y a 17 ans, elle est devenue le chef de famille et l'exploitante de ces cultures. "Tout cet espace que vous voyez, c'est moi qui l'exploite, assure Sonnon. Il n'y a pas d'homme ici à la maison."

Du mil, du maïs, du riz, quelques légumes..., les plantations sont fructueuses cette année. "Les légumes que nous avons cultivés, je les amène au marché, explique Almatou PALENFO, la fille de Sonnon. Cela nous permet d'avoir des petits revenus."

Il faut inculquer aux enfants des valeurs d'intégrité et de courage
Sonnon Palenfo

Sonnon a une quinzaine de bouches à nourrir : enfants et petits-enfants. "J'ai deux fils qui ont immigré et m'ont laissé leurs enfants, confie Sonnon. Il faut que je cultive pour les nourrir, pour ne pas qu'ils aillent voler chez les autres et aussi pour assurer leurs scolarités. Il faut inculquer aux enfants des valeurs d'intégrité et de courage."

Malveillance et réticences des voisins


Du courage, elle n'en manque pas. La coutume aurait voulu qu'elle se remarie à un frère de son mari pour qu'un homme s'occupe de la famille. Elle a refusé. Les agriculteurs alentour voient cela d'un mauvais oeil et voudraient l'exproprier. "C'est l'homme qui marie la femme et l'amène chez lui, assure Gnowil KAMBOU, un voisin. Donc, même quand le mari meurt, sa femme ne peut pas hériter de ses terres. Ce sont les frères et cousins du défunt qui héritent. La question de la terre ne concerne pas les femmes. Jamais."

Malgré les pressions sociales et les menaces, Sonnon tient à son autonomie. A plus de 60 ans, elle regorge d'énergie et maintient le cap. Elle aimerait tant que les hommes posent enfin un autre regard sur les femmes...

Sonnon Pelnfo, une exception au Burkina Faso, en Afrique et dans le monde
 

Agricultrices burkinabées au travail
Agricultrices burkinabées au travail
(c) FAO


Sonnon Pelnfo est une rareté, et pas seulement sur son continent : si les Africaines sont majoritaires dans l'agriculture de subsistance, très peu d'entre elles sont propriétaires des terres qu'elles cultivent. Les Nations Unies et la FAO Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (Food and Agriculture Organization of the United Nations) annoncent des données révélatrices de la place des femmes dans l'agriculture africaine  : "En Afrique subsaharienne, les femmes produisent jusqu’à 80% des denrées alimentaires destinées à la consommation des ménages et à la vente sur les marchés locaux, selon un rapport de la Banque mondiale et de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Dans le cas de cultures comme le riz, le blé et le maïs, qui représentent environ 90% de la nourriture consommée par les habitants des zones rurales, ce sont essentiellement les femmes qui plantent les graines, s’occupent du désherbage, cultivent et récoltent les produits agricoles et en vendent les excédents.

Quant aux cultures secondaires (légumineuses et légumes, par exemple) la FAO indique que « La contribution des femmes... est encore plus importante». La FAO ajoute qu’on a l’impression que seules les femmes s’occupent de produire ces cultures. En outre, ce sont elles qui cultivent et entretiennent les jardins qui assurent le bien-être nutritionnel et économique indispensable. (.../...) Un rapport de la Banque mondiale indique qu’au Nigéria, par exemple, alors que les femmes représentent environ 60% à 80% de la main-d’œuvre agricole, ce sont généralement les hommes qui prennent les décisions importantes concernant la gestion des exploitations. "De ce fait, les services de vulgarisation agricole du pays se concentrent habituellement sur les hommes et leurs besoins en matière de production.


Travail des femmes, propriété des hommes

En 2010, une étude de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) indique que "dans le monde moins de 20% des propriétaires fonciers sont des femmes. En Afrique occidentale et centrale ainsi qu’au Proche-Orient et en Afrique du Nord, les femmes représentent moins de 10% des propriétaires. En Afrique orientale et australe et dans certaines parties de l’Amérique latine, les femmes semblent avoir un meilleur accès à la terre. Elles possèderaient 30% des titres fonciers individuels." Ce qui fait qu'en moyenne, ce sont les hommes qui possèdent 80% des terres en Afrique, comme ailleurs. Et que ce sont les femmes qui les travaillent.

Le rapport révèle aussi que "l’une des raisons pour lesquelles les femmes africaines sont largement exclues de la prise de décision dans leurs foyers, au sein de leurs communautés et sous-représentées dans des rôles, tient à leur taux élevé d’analphabétisme. Mais, selon Swedish International Agricultural Network Initiative (SIANI), lorsqu’on leur en donne la possibilité, les femmes gèrent leurs exploitations aussi bien si ce n’est mieux que les hommes."

Au Burkina Faso, les terres rurales forment 80% de l’ensemble des terres. La population agricole est de 12 millions (85% d'une population totale de 13.7 millions), dont environ 7 millions de femmes. Mais ces femmes ne détiennent là aussi que 20% des sols.