Campagne choc au Venezuela pour combattre les grossesses précoces

Le Venezuela ne parvient pas à réduire le nombre de grossesses précoces qui maintiennent nombre d'adolescentes dans un état de grande précarité quand elles ne leur sont pas fatales. Deux ONG ont décidé de s'attaquer à ce qu'elles considèrent comme un fléau, avec des méthodes empruntées au marketing le plus "agressif". Polémique à Caracas et bien au delà.

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Elles étaient apparues de façon très éphémère au mois de juillet, restant dans leurs vitrines seulement 24 heures. Ces grandes poupées ou petits mannequins ont réapparu mais pour une semaine cette fois à la devanture de vitrines d'un centre commercial de Caracas, capitale du Venezuela. Elles représentent de sages jeunes filles, à peine pubères,… mais enceintes. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elles ont fait réagir. Les passants sursautent, choqués, interloqués, incrédules.

Un journaliste du grand quotidien vénézuélien EL Nacional s'est posté près des magasins et il raconte : "Qu'est ce que cela, pourquoi ces mannequins sont-ils difformes ?" vocifère une cliente du centre commercial et elle accélère le pas en regardant fixement devant elle. Une autre refuse de voir le message : "Elles ont des vers ou quoi ? Et il faut les purger ?" Un couple d'adolescents passe aussi et la jeune fille tire le bras se son compagnon pour éviter de comprendre ce qui est proposé dans cette vitrine. Une autre encore se demande si l'on cherche ainsi à encourager les grossesses précoces.

Un fléau à combattre

Le moins qu'on puisse dire c'est que cette installation a su capter l'attention dans ce grand pays d'Amérique latine et au delà. Ce qui était bien l'intention des deux ONG Fundana (Fondation pour la protection de l'enfance) et Construyendo Futuros (Construire le futur)  bien décidées à combattre ce qu'elles considèrent comme un véritable fléau. Au Venezuela, on estime qu’une jeune fille de moins de 18 ans tombe enceinte toutes les 3 minutes. 90% d'entre elles connaissent pourtant les méthodes contraceptives, mais elles sont seulement 10% à les utiliser.

Des panneaux explicatifs réalisés par les ONG vénézuéliennes accompagnent les mannequins enceintes http://www.el-nacional.com/sociedad/embarazo-adolescente-incomoda-vitrinas-Sambil_0_517748456.html
Des panneaux explicatifs réalisés par les ONG vénézuéliennes accompagnent les mannequins enceintes http://www.el-nacional.com/sociedad/embarazo-adolescente-incomoda-vitrin...
En une décennie la sexualité des adolescents a évolué : en 1998, l'Enquête nationale sur la population et de la famille de l'Institut national de la statistique révélait que le premier rapport était accompli en moyenne à 15 ans, et en 2010, à 12 ans. 30% des mères adolescentes quittent l'école, et 70% ne travaillent pas. Les deux ONG constatent ensemble que si beaucoup d'informations circulent sur le sexe, celles-là sont accompagnées par trop peu de formation… Le sujet reste un tabou parmi les tabous au Venezuela. Mais aussi dans toute l'Amérique latine.

Sur ce continent, plus d'une femme sur quatre (28%) est devenue mère avant d'avoir 20 ans, faisant de la région la deuxième au monde en termes de fécondité adolescente, derrière l'Afrique subsaharienne. La proportion de ces grossesses précoces augmente plus on est pauvre et moins on est éduqué, une évidence sous toutes les latitudes.  

Mais si cette réalité reste une particularité de l'Amérique latine, elle est aussi la deuxième région au monde à avoir réussi à réduire le plus fortement cette maternité adolescente, avec une diminution de 12,9% entre 2000 et 2010, alors que s'amélioraient les niveaux de santé et d'éducation, selon une étude réalisée par la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (Cepal), publiée le 14 novembre 2014.

En comparaison, le taux affiché par l'Europe occidentale est de ces mères enfants est de 2%. La maternité chez les jeunes de 15 à 19 ans est un phénomène qui touche surtout les populations pauvres et indigènes : au Brésil, au Panama et au Costa Rica, les grossesses chez les adolescentes sont deux fois plus nombreuses dans la population aborigène que dans la population métissée.

Un mal être des populations pauvres et aculturées

De nombreuses jeunes filles, "par manque d'opportunités, en raison de schémas culturels et de restrictions pour élaborer des projets personnels", voient dans la maternité le seul moyen de sortir de la pauvreté, relève la Cepal, organisme dépendant de l'Onu et dont le siège est à Santiago de Chili. Malheureusement, au contraire, les grossesses à l'adolescence "entraînent la reproduction de la pauvreté entre les génération" et "menacent l'autonomie des femmes pour mener leurs projets de vie", estime la Commission qui appelle à faire de l'éducation sexuelle une priorité.

Les pays avec le plus fort taux de mères adolescentes, entre 15 et 19 ans, sont le Nicaragua (19,9%), la République dominicaine (19,7%) et l'Equateur. Les pays les moins touchés par ce phénomène sont l'Uruguay (9,5%), le Costa Rica (11,1%) et le Pérou (11,5%). Le taux de grossesses parmi les jeunes filles de moins de 15 ans n'est que de 0,5%, mais il est en hausse.

“Impossible d'aller au lycée avec un gros ventre“

22.11.2014Récit Sémiramis Ide, jt TV5MONDE
Elisabeth, une Vénézuélienne de 25 ans aujourd'hui, a attendu son premier fils à 17 ans. Elle raconte la honte de ses parents, jusqu'à la retirer de l'école, elle qui était si bonne élève... Et soutient la campagne des deux ONG.
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