Terriennes

Cannes 2017 : les femmes toujours pas en haut de l'affiche

Le palmares 2017, quatre femmes récompensées.
Le palmares 2017, quatre femmes récompensées.
©festival-cannes.com

Le tapis rouge a disparu, les robes de couturiers et les bijoux de la haute joaillerie rendus à leurs maisons respectives, et les actrices reparties sur leur plateau de tournage … Avec un jury quasi-paritaire pour la seconde année consécutive, mais seulement trois réalisatrices en lice sur 19 pour la Palme, le palmarès du 70ème Festival de Cannes tient ses non-promesses pour les femmes.

dans
La Palme d’Or reste donc cette année encore masculine. La dernière et unique Palme d’Or attribuée à une réalisatrice remonte à 1993, c’est la Néo-zélandaise, Jane Campion qui est alors sacrée pour "La Leçon de Piano".  

Alors faisons les comptes de ce palmarès 2017. Quatre femmes au total ont été récompensées, en comptant large, c’est à dire en intégrant le prix de la meilleure actrice évidemment remis à une femme, cette année Diane Kruger. Sofia Coppola reçoit le prix de la mise en scène pour "Les proies", c’est-à-dire du meilleur.e réalisateur.rice. C’est la deuxième fois de l’histoire du Festival que cette distinction est remise à une femme. La fois précédente remonte à 1961. C’est la cinéaste soviétique Yuliya Solntseva qui l’avait reçu pour "Le Récit des années de feu".
 
La réalisatrice Lynne Ramsay, prix du meilleur scénario pour son film "You Were Never Really Here", au Festival de Cannes 2017. 
La réalisatrice Lynne Ramsay, prix du meilleur scénario pour son film "You Were Never Really Here", au Festival de Cannes 2017. 
©Arthur Mola/Invision/AP

L’Ecossaise Lynne Ramsay repart, avec le prix du meilleur scénario pour son film "You were never really there", (son acteur Joaquin Phoenix a été sacré meilleur acteur). Enfin Nicole Kidman est gratifiée d’un prix honorifique à l’occasion du 70e anniversaire du festival. Bien, mais peut mieux faire.
 
Hors compétition officielle. Valentina Maurel pour "Paul est là" se voit décerner le 1er prix de la Ciné-Fondation (film d’école). Agnès Varda et JR ont été récompensés par l’Oeil d’or, prix qui récompense depuis 2015 le meilleur documentaire, pour leur film « Visages, Villages ».

Mais c’est surtout la Caméra d’Or qui fait parler d’elle, en allant cette année encore à une Française. Léonor Serraille pour son film "Jeune femme". Elle succède ainsi à la tonitruante Houda Benyamina et son désormais célèbre « T’as du clito! » lancé sur la scène du Festival l’an dernier pour "Divines".
 
 
 
A 31 ans, Léonor Serraille, était enceinte de son premier enfant pendant le tournage et a accouché pendant le montage. En recevant son prix, elle a déclaré son amour à sa fille et à son compagnon lors d’un discours de remerciements tout en émotions : « Je pensais, si c’est une fille, j’aimerais qu’elle soit une jeune femme qui affronte les difficultés, qui soit dans l’humain, dans le lien avant tout, qu’elle ne cherche pas forcément un plan de carrière, et qu’elle garde l’humour, la fantaisie – mais c’est bien parti car tu as un papa incroyable qui va t’aider », a-t-elle conclu.

 
"Jeune femme" est son projet de fin d’études de la Femis, l’école de cinéma française dont elle a été diplômée en 2013. Ce long-métrage est le portrait d'une femme libre, Paula, larguée par son petit ami elle débarque à Paris, et doit se débrouiller seule la tête pleine de rêves. Un film réalisé par une équipe très féminine, de la productrice à la monteuse. (A découvrir dans les salles françaises en septembre prochain).

Femmes stéréotypées au cinéma


Revient alors cette sempiternelle question : le festival de Cannes ne serait-il pas un peu machiste sur les bords et pas que ? « Oui » reconnaissait Thierry Frémaux au micro de franceinfo, il y a quelques semaines. « Mais qui est responsable ? Les sélectionneurs, les jurés, les présidents de jury, le cinéma mondial ».

Au-dela du palmarès, c’est aussi la représentation des femmes à l’écran qui pose question. C’est en tout cas l’avis très tranché exprimé par Jessica Chastain, l’une des membres du jury. Lors de la conférence de presse finale, elle déclare : "Ce que j'ai retenu de cette expérience, c'est vraiment la façon dont le monde voit les femmes". L'actrice américaine, âgée de 40 ans, ajoute : "Et j'ai trouvé ça assez perturbant pour être honnête."

"Il y a des exceptions, je dirais, mais pour la majeure partie, j'ai été surprise par la représentation des personnages féminins à l'écran", a-t-elle poursuivi. "J'espère que lorsque nous incluerons plus d'auteures femmes, nous verrons davantage les femmes que je rencontre dans la vie quotidienne. Elles sont plus proactives, ont leurs propres objectifs, ne réagissent pas seulement aux hommes qui les entourent. Elles ont leur propre point de vue." Une opinion partagée par les réalisatrices Agnès Jaoui et Maren Ade, également membres du jury.  
 

Une envolée qui a enthousiasmé la Twittosphère aussi bien outre-atlantique, qu'auprès des aficionados de Pedro Almodovar.
 
 
 

Des femmes réduites à leur tenue


Sortir des clichés dans lesquels ce genre d’évènement confine les femmes. Voilà aussi un autre débat et-ou combat. Comme le dénonçait la journaliste Léa Sabourin sur le site de Libération. " Pourquoi les femmes sont-elles réduites à leur tenue ? ", s’insurge-t-elle en citant moult commentaires sexistes et stéréotypés des médias.
 
Monica Bellucci, maitresse de cérémonie lors l'ouverture du 70ème Festival international du cinéma, Cannes,(France), le 17 mai 2017.<br />
©AP Photo/Thibault Camus<br />
 
Monica Bellucci, maitresse de cérémonie lors l'ouverture du 70ème Festival international du cinéma, Cannes,(France), le 17 mai 2017.
©AP Photo/Thibault Camus
 
 
Monica Bellucci, maîtresse dominatrice de la cérémonie d’ouverture LCI.fr
"Alors qu'Adèle Haenel a séduit en smoking sur le tapis rouge de la cérémonie de clôture du Festival de Cannes 2017, Jessica Chastain a attiré tous les regards dans un look très féminin", rapporte le site du Huffington.post.  Il semblerait donc que porter un smoking pour une femme n'aurait rien de ... féminin ? Depuis 1946, le règlement du festival concernant le code vestimentaire pour la montée des marches n’a pas changé : «smoking ou tenue de soirée exigée». Chacun traduira donc, smoking pour les hommes et robes de soirées pour les dames. Rappellez-vous alors l'arrivée l’an dernier, de Julia Roberts, pieds nus sur les marches du Palais !   
 

La direction du festival n’avait rien trouvé à redire. Madame "Pretty Woman" n’avait pas mis ses talons au placard, par hasard. Sorte de "pied" de nez féministe, il s’agissait bel et bien d’une réponse à un incident survenu au cours de l'année précédente. Plusieurs femmes, actrices ou invitées s’étaient vues refuser l’accès au Festival car elles ne portaient pas de talons hauts. Incident que l’institution cannoise avait alors regretté. 
 
Joaquin Phoenix, sacré meilleur acteur 2017 Festival de Cannes 2017.
Joaquin Phoenix, sacré meilleur acteur 2017 Festival de Cannes 2017.
©AP Photo/Thibault Camus

Alors qui cette année pour commenter les Converses de Joaquin Phoenix, sacré meilleur acteur ? Euh… Lui-même ! Une fois sur scène, il a avoué qu'il ne s'était tellement pas préparé à recevoir ce prix qu'il avait laissé ses mocassins à l'hôtel. Pas de quoi susciter les même envolées que celles provoquées par les tenues des actrices, n'en déplaise à certains médias.