Terriennes

« Ce que femme voit » : regard sur la division entre les sexes dans le judaïsme

Séparées par un voile, les femmes regardent les hommes lors d'une cérémonie juive en France, en 2004. Crédit photo : Myriam Tangi
Séparées par un voile, les femmes regardent les hommes lors d'une cérémonie juive en France, en 2004. Crédit photo : Myriam Tangi

En hébreu, la Mehitza signifie la séparation entre les femmes et les hommes au sein de la synagogue, isolés dans des emplacements réservés. C’est sur cette notion que Myriam Tangi, peintre, poète et photographe, a réalisé une série de photos des années 1980 à nos jours, exposées au musée de l’Art et de l’Histoire du judaïsme à Paris jusqu'au 26 juillet 2015.
 

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La séparation, elle ne l’avait jamais réellement perçue avant. C’est lorsque Myriam Tangi ressort d’anciennes planches-contacts prises « naturellement » au cours de fêtes et cérémonies religieuses juives, qu’elle remarque cette distance entre les femmes et les hommes dans la synagogue. « Que ce soit derrière des voiles, des claustras, des parois translucides ou surplombant l’espace liturgique depuis un balcon, les femmes ont un accès indirect au rituel ».

Née à Paris, d’origine sépharade (bassin méditerranéen), la photographe s’interroge : « Pourquoi, en tant que femme, ne puis-je voir qu’une partie du rituel ? » Au départ, son projet, qu’elle nomme « Mehitza. Ce que femme voit », n'est pas compris. « Le mot Mehitza n’était pas très connu», précise-t-elle. « Et même en l'expliquant, cela ne soulevait pas vraiment de question ».

Ce n’est que récemment, il y a moins de dix ans, que cette division traditionnelle est questionnée par la communauté juive. D’ailleurs, certaines femmes la refusent. Comme ces « Femmes du Mur », qui revendiquent depuis 1998 le droit de prier de la même manière que les hommes devant le Mur des Lamentations, à Jérusalem. Un droit obtenu non sans mal en 2013, dénoncé par les ultra-orthodoxes, dont de nombreuses femmes.

La séparation est considérée comme un signe de sainteté

La séparation est intrinsèquement liée au judaïsme. Pas de mélange entre le lait et la viande, ou entre le lin et la laine qui ne doivent pas être portés en même temps. Quant aux jours de la semaine, ils sont séparés du septième jour, le shabbat« La séparation est considérée comme un signe de sainteté. Elle confère une certaine autonomie et précise l’identité de chacun, à commencer par Adam et Eve dans la bible », explique Myriam Tangi.

Mais jusqu’où peut entrainer  l'interrogation autour de la séparation ? À travers tous ces questionnements, l’artiste explique avoir abouti à la nécessité de « séparer la notion même de séparation ». D’un côté, son origine, ce qu’elle est, comment elle est considérée dans le judaïsme, et ses conséquences. De l’autre côté, la place même de cette partition. « Et ce n’est pas parce qu’on doit éventuellement être séparés, que (les femmes) doivent être reléguées. C’est ce que je donne à voir ».
 

Une femme devant l'une des photos de l'exposition "Mehitza. Ce que femme voit" de Myriam Tangi au musée de l'Art et de l'Histoire du judaïsme à Paris. Crédit photo : Marion Chastain
Une femme devant l'une des photos de l'exposition "Mehitza. Ce que femme voit" de Myriam Tangi au musée de l'Art et de l'Histoire du judaïsme à Paris. Crédit photo : Marion Chastain

Ce que femme veut

Pour Myriam Tangi, la séparation est aussi fortement liée à la notion de désir, entendue comme ce que souhaitent les hommes mais pas seulement. « Les femmes ne peuvent-elles pas aussi être gênées de prier au milieu d’hommes ? » Au cours de ses rencontres avec des féministes israéliennes, la photographe explique que nombre d’entre elles revendiquent cette division, justement du point de vue du féminisme.  « La séparation est souhaitée par les hommes mais aussi par des femmes qui se rendent à la synagogue pour chercher une relation verticale avec le divin, sans avoir à supporter le regard de certains hommes ».

Myriam Tangi révèle cette cloison, réelle ou virtuelle, entre les sexes, aux yeux des hommes mais aussi des femmes, sans avoir eu pour autant l’intention de la récuser. Elle-même a toujours pensé que cette 'disjonction' était « nécessaire », de part son héritage culturel traditionnel. En revanche, ce que dénonce l'artiste, c’est le fait que certaines femmes juives acceptent cette division par « ignorance, peur ou confusion, qui les relèguent dans des espaces confinés »
 

Allumage du chandelier du côté des hommes lors de la célébration de Hanouka (fête des lumières) au mur (Kotel) de Jérusalem en 2006. Crédit photo : Myriam Tangi<br />
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Allumage du chandelier du côté des hommes lors de la célébration de Hanouka (fête des lumières) au mur (Kotel) de Jérusalem en 2006. Crédit photo : Myriam Tangi

Plus de place pour les femmes

À l’origine, seuls les hommes peuvent prier à dix, tradition appelée le miniane (quorum nécessaire à la récitation de prières), avec un Sefer Torah (manuscrit de la religion juive) dans la synagogue, lieu qui, au départ, n'est utilisé que pour certaines grandes occasions. Désormais, c'est un espace où les hommes et les femmes circulent quotidiennement. 

« Le présent se complexifie par la place que les femmes ont prise, qui n’existait pas avant », selon Myriam Tangi. D’ailleurs, depuis de nombreuses années, elles étudient la Halakha (loi juive) et sont « à même d’apporter des réponses, aux côtés des juges religieux qui, même en Israël peuvent aussi être des femmes, notamment sur des questions les concernant, comme le divorce ».   

Pas simple non plus de passer outre l'architecture des synagogues, construites pour faire respecter cette division. Mais « certains espaces existent en Israël où la séparation est perpendiculaire du lieu où on lit la Torah ». Les femmes peuvent donc se recueillir en étant situées au même niveau que les hommes dans la synagogue.

Et ce qui est sûr pour Myriam Tangi, c'est que « la place des femmes doit être plus considérée dans la religion, et plus largement au quotidien, dans le monde juif. »
 

Au delà du religieux, quand femmes et hommes révolutionnaires juifs tentent de repenser leur rôle.

Femmes et hommes du Bund, relégués en Sibérie en 1904
Femmes et hommes du Bund, relégués en Sibérie en 1904
DR

Le Bund, une utopie socialiste juive mais non sioniste

Le Bund, Union générale des travailleurs juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie, mouvement juif révolutionnaire et "nationaliste" (on emporte le pays sous ses pieds) créé à la fin du 19ème siècle dans l'Empire russe, prône le socialisme, la laïcité, et une stricte égalité entre les hommes et les femmes. Ce beau rêve fut anéanti par les pogroms à l'Est de l'Europe et par le nazisme.  
 

Le kibboutz, utopie socialiste et sioniste

Fondé au début du 20ème siècle, le mouvement des Kbboutzniks, propose à ses pionniers de fuir l'antisémitisme d'Europe en partant en Palestine fonder des communautés agricoles socialistes. Les enfants sont rassemblés et éduqués hors du cocon familial, dans une maison dédiée. Hommes et femmes pouvaient ainsi se consacrer, à égalité, au travail, valeur cardinale du kibboutz qui conditionnait tout le reste.
 

Féministes en Israël

Les féministes israéliennes sont très actives depuis les années 1970, aussi bien à l'université que dans la littérature, les arts, l'éducation ou la politique. Elles se battent contre la prégnance de plus en plus forte des religieux ultra orthodoxes au sein de la société israélienne, et sont aussi très actives dans les mouvements pacifistes.