Cédéao : objectif 3 enfants par femme d'ici 2030

<p>Dibinindji, Tchad, avril 2012. </p>

Dibinindji, Tchad, avril 2012. 

©AP Photo/Ben Curtis

Réunis ce 22 juillet à Ouagadougou, les parlementaires de la Cédéao veulent limiter à trois le nombre d'enfants par femme en Afrique pour accélérer le développement. Un appel qui fait étrangement écho au discours d'Emmanuel Macron.

dans

"Quand des pays ont encore aujourd'hui sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d'y dépenser des milliards d'euros, vous ne stabiliserez rien." La phrase lancée par Emmanuel Macron pendant le sommet du G20 à Hambourg au début du mois de juillet avait déclenché un tollé de réactions et de critiques. Rendre les femmes responsables de faire trop d'enfants et d'accentuer le sous-développement et la surpopulation ?  De nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer ce discours aux relents paternalistes, colonialistes, voire racistes. 

► Lire dans Terriennes les réactions de la politologue Françoise Vergès et du démographe Gilles Pison. 

Or les paroles entendues deux semaines plus tard, lors d’une rencontre régionale sur la démographie à Ouagadougou, au Burkina Faso, font étrangement écho à celles du président français. En effet, les parlementaires de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 pays), de la Mauritanie et du Tchad ont affirmé vouloir limiter à trois le nombre d'enfants par femme afin de faire baisser de moitié, d'ici 2030, le taux de fécondité le plus élevé au monde : "Nous estimons que quand on a des taux de croissance économique des pays qui est de l’ordre de 5 à 6% avec un taux de fécondité situé à 6 ou 7%, nous sommes dans une situation de démographie non maîtrisée et nous ne pouvons pas espérer de développement avec une telle situation", affirmait le président du Parlement burkinabè, Salifou Diallo. 

Un taux de fécondité contesté

Avec un taux de fécondité général de 5,6 enfants par femme, le plus élevé au monde, selon les Nations unies, la population de l'espace Cédéao se situera, en 2050, autour d’un milliard d'habitants, dont la moitié sera constituée de jeunes. Pour le démographe Gilles Pison, en revanche, la fécondité moyenne en Afrique n'est que de 4,5 enfants par femme, pour 2,5 dans le monde. Une certitude, toutefois, c'est que les disparités sont énormes entre les pays et entre les milieux urbains et ruraux.

pison1
Photo/ L'humanité

Equilibre natalité/qualité de vie

Les parlementaires devraient, dans leurs Etats respectifs, adopter des stratégies afin de "faciliter un déclin rapide, volontaire, de la fécondité grâce à l’accès universel à la planification familiale, l'augmentation du niveau d’éducation des femmes et le renforcement des efforts pour améliorer la survie de l’enfant", a ajouté Salifou Diallo. "C'est à (nous) qu’il appartient de définir l’équilibre optimal qu’il est indispensable de trouver entre la régulation des naissances et l’amélioration de la qualité de vie de la population active", a estimé de son côté le président du Parlement du Bénin, Adrien Houngbédji. Si des programmes de contrôle de la natalité existent déjà, explique le démographe Gilles Pison, ils restent le plus souvent inefficaces :

pison2

Equilibre économie/démographie

Il s'agira de faire "baisser de moitié" le taux de fécondité et d'"arrimer le taux de croissance démographique, trop fort, au taux de croissance économique trop modéré", a déclaré le président de la commission de la Cédéao, Marcel De Souza. "La jeunesse représente les deux tiers de la population. Cette jeunesse, lorsqu’elle ne trouve pas de solutions, devient une bombe : elle traverse le désert ou la Méditerranée, meurt par milliers pour l'immigration clandestine", a-t-il ajouté. 

La natalité : un moteur et un défi 

Les Parlementaires de la Cédéao, tout comme, il y a deux semaines, le président français, ne sont cependant pas entrés dans les détails des bouleversements induits par une baisse de moitié de la natalité, notamment dans les milieux ruraux. La prise en charge des personnes âgées quand les jeunes ne seront plus là pour faire jouer la solidarité entre les générations ou la pénurie de main-d'oeuvre agricole sur un continent où l'agriculture reste peu mécanisée. Sans compter que la natalité peut aussi être un moteur de croissance, comme le fut le baby-boom dans les pays occidentaux de l'hémisphère Nord dans les années 1950 et 1960.

Pour le démographe Gilles Pison, une forte natalité n'est pas un obstacle au développement, mais elle peut être un défi si l'augmentation est trop rapide :

Pison3