Ces cinq Américaines, élues le 8 novembre 2016, qui nous font oublier Donald Trump

Au lendemain de la victoire de Donald Trump, un artiste habillé en statue de la liberté arbore dans les rues de Hong Kong. en signe de dépit, le portrait du futur 45ème président des Etats-Unis, les yeux transformés en dollars.
Au lendemain de la victoire de Donald Trump, un artiste habillé en statue de la liberté arbore dans les rues de Hong Kong. en signe de dépit, le portrait du futur 45ème président des Etats-Unis, les yeux transformés en dollars.
AP Photo/Kin Cheung

L'élection de Donald Trump, 45ème président des Etats-Unis, a éclipsé les scrutins conjoints, au Sénat, à la Chambre des représentants et aux postes de gouverneurs. Pourtant, ces votes ont permis l'émergence de femmes exceptionnelles : une Afro-américaine en Californie, une Latina dans le Nevada, une bisexuelle dans l'Oregon, une handicapée métisse pour l'Illinois, et une Somali-américaine avec le Minesota. Toutes les cinq Démocrates.

dans

Le groupe "Good Worldwide" ("ce qui est bon partout dans le monde"), et son site Good magazine, affichent pour but de promouvoir "une presse libre pour idéaliste critique". Et pour parvenir à cette belle profession de foi, le portail regorge de bonnes nouvelles ou de regards décalés. Le 9 novembre 2016, l'une de ses journalistes, Kate Ryan, avait donc décidé de nous remonter le moral, enfin à celles et ceux qui ne sont pas des adorateurs de Donald Trump, au premier rang desquelles des femmes plus nombreuses que les hommes.

Ne désespérez pas encore, cinq femmes puissantes ont aussi fait l'histoire hier soir
Kate Ryan

Sous le titre "Ne désespérez pas encore, ces cinq puissantes femmes ont fait l'histoire hier soir", elle nous présente des élues remarquables, passées par profits et pertes, tant les Américains et le monde derrière eux ne voyaient plus qu'un homme, un peu lourd, aux cheveux teints en jaune, à la parole machiste et misogyne répétée, et qui venait d'être choisi pour être le successeur de Barak Obama : Donald Trump président des Etats-Unis et donc quasiment du monde, dont les mots préférés semblent être "chatte" ou "cul".

Voici donc comment Kate Ryan tente de renverser la vision sur son pays : "La moitié de la nation a été étranglée la nuit dernière par la réalité choquante d'une présidence Donald Trump et la profonde division qui empuantit notre pays. Pourtant, apparaissaient aussi plusieurs points lumineux qui ne peuvent pas être effacés par un résultat présidentiel terrifiant. Nous devons apprendre à connaître les femmes courageuses qui ont gagné la nuit dernière, et les soutenir parce qu'elle mènent notre pays vers quelque chose que nous pouvons reconnaître fièrement."

> Kamala Harris, première noire à représenter la Californie au Sénat

La nouvelle sénatrice Kamala Harris s'adresse aux médias aux le 10 novembre 2016 en compagnie de migrants avec lesquelles elle fête sa victoire
La nouvelle sénatrice Kamala Harris s'adresse aux médias aux le 10 novembre 2016 en compagnie de migrants avec lesquelles elle fête sa victoire
AP Photo/Nick Ut
 

Les superlatifs pleuvent sur cette californienne de 52 ans, la première des cinq merveilles présentées par Kate Ryan. Déjà procureure de Californie (première femme à ce poste) depuis 2011, elle remplace après 24 ans de mandat non stop, une autre démocrate, féministe, Barbara Boxer qui a représenté la Californie pendant 24 ans non stop. Fille d'immigrants, un savant mélange de l'Inde et de la Jamaïque, Kamala Harris a fait campagne pour la restriction des armes à feu, pour les droits des homosexuels, pour l'accès de toutes les femmes à la santé, et contre la corruption. Et avec ce programme à l'opposé des idées de Donald Trump, droite dans ses bottes, elle a emporté son siège avec 62% des suffrages, raflant la quasi totalité des comtés à l'occasion.
 

 
"C'est le moment de se battre pour qui nous sommes. N'abandonnons pas. Ne cédons pas." rappelle-t-elle à longueur de son fil twitter.
 

Pied de nez ultime, dans ce fief démocrate, aux partisans de Donald Trump, elle a fêté sa victoire avec des familles de migrants.


> Catherine Cortez Masto, au Nevada, première sénatrice latina de l'histoire des Etats-Unis

La démocrate Catherine Cortez Masto remercie ses partisans après sa victoire le 9 novembre 2016, à Las Vegas, la ville la plus connue du Nevada
La démocrate Catherine Cortez Masto remercie ses partisans après sa victoire le 9 novembre 2016, à Las Vegas, la ville la plus connue du Nevada
AP Photo/Chase Stevens


La biographie de Catherine Cortez Masto n'est pas moche non plus : attorney générale du Nevada de 2007 à 2015, rien que ça, une sorte de ministre de la Justice de l'Etat, pourrait-on dire. Elle compte dans ses ascendants trois Mexicains et une Italienne. Et elle a battu le candidat républicain Joe Heck en réunissant 47% des suffrages, contre 45% à son adversaire. Et elle, non plus n'a concédé aucun principe durant sa campagne, en particulier sur le droit à l'avortement, celui à la contraception et le maintien du planning familial (Planned Parenthood aux Etats-Unis). Elle a mené sa campagne dans ses deux langues natales, anglais et espagnol. Et à peine élue elle a clairement annoncé la couleur : "en tant que sénatrice, je serai une sacrée contrôleuse et un contrepouvoir de Donald Trump".
 


Le Nevada, mitoyen (à l'Est) de la Californie, compte nombre d'immigrants venus d'Amérique Latine (aujourd'hui 27% de la population), comme son célèbre voisin. Et est surtout célèbre pour abriter la capitale mondiale du jeu : Las Vegas.


> Kate Brown, une bisexuelle affichée, gouverneure de l'Oregon

La gouverneure démocrate Kate Brown salue ses supporters, le 9 novembre 2016, après sa victoire dans l'Oregon
La gouverneure démocrate Kate Brown salue ses supporters, le 9 novembre 2016, après sa victoire dans l'Oregon
AP Photo/Steve Dykes


Kate Brown devrait aussi vous plaire. Cette démocrate, engagée dans le combat politique depuis plus de vingt ans, a fait des droits des LGBT, l'un des fers de lance de ses combats, pour en finir avec les discriminations. ont, jeune avocate, elle fut victime, alors qu'elle défendait tous les damnés de la terre. Elle a évoqué très tôt librement sa bisexualité. Un "outing" que l'on imagine pourtant pas simple pour cette fille de haut gradé de l'United States Air Force, par ailleurs mariée (à un homme) et belle-mère de deux enfants.

Tenace, elle a occupé des postes importants dans son Etat (secrétaire d'Etat par exemple). Est ce un hasard, l'Oregon est lui aussi mitoyen de la Californie, par le Nord. Un Etat toujours progressiste, unanimement démocrate, et qui compte encore de nombreuses communautés indiennes autochtones.
Kate Brown est une farouche partisane du contrôle des armes, le féminisme est son credo, l'éducation et l'écologie aussi. Les organisations de droits humains ont chaleureusement salué son élection. Parce que "Kate Brown est de celles qui font l'Histoire".


> Tammy Duckworth, démocrate et fille de la révolution américaine, sénatrice de l'Illinois, en fauteuil roulant

Tammy Duckworth acclamée par ses supporters le 9 novembre à Springfield après avoir pris le siège au Sénat de l'Illinois au républicain Mark Kirk<br />
 
Tammy Duckworth acclamée par ses supporters le 9 novembre à Springfield après avoir pris le siège au Sénat de l'Illinois au républicain Mark Kirk
 
AP Photo/Seth Perlman

Tammy Duckworth a le sourire généreux et des médailles plein les épaulettes. Ce qui n'empêche pas cette ancienne combattante, "héroïne" de la guerre en Irak, de défendre avec férocité le contrôle des armes à feu, les droits des femmes et un système de santé plus égalitaire. Son beau visage raconte des origines asiatiques : c'est à Bangkok en Thaïlande qu'elle est née, fille de Franklin Duckworth un Marine, vétéran de la seconde guerre mondiale dont les ancêtres auraient fait le coup de feu durant la guerre d'indépendance, et de Lamai Sompornpairin, thaïlandaise d'origine chinoise.

Elle embrasse la carrière militaire, dans les années 1990, comme pilote d'hélicoptère, parce que c'était la seule fonction alors ouverte aux femmes qui leur permettait d'aller sur les terrains de guerre. En 2004, en Irak, elle perd ses deux jambes après le crash de son hélicoptère touché par un tir de roquettes. Le temps de se faire poser des prothèses en titane, et la voilà à nouveau au front.

Avant de se lancer dans d'autres combats, pas toujours moins violents que ceux des zones de conflits, dans cette terre d'Illinois au Nord des Etats-Unis, dont la capitale Chicago a "fabriqué" le président sortant, Barack Obama.
Ses électeurs lui ressemblent, origines sociales, régionales, et âges mélangés... "J'ai passé ma journée d'hier à remercier mes électeurs à Chicago, Peoria et Springfield, pour avoir cru en moi. Je ne vais pas les décevoir."
 

Le jour du vote, le 8 novembre, elle faisait un clin d'oeil à une illustre prédécesseuse : "Rejoignez moi pour honorer Jeannette Rankin devenue la première femme au Congrès voilà tout juste 100 ans. " Et, tiens donc, cette pionnière se fit connaître par son pacifisme jusqu'à s'opposer de toutes ses forces contre la guerre du Vietnam.
 


> Ilhan Omar, américaine musulmane de Somalie, féministe intersectionnelle, membre de la Chambre des Représentants, élue du Minesota

Ilhan Omar en septembre 2016 durant sa campagne pour emporter le siège démocrate du Minnesota à la Chambre des représentants
Ilhan Omar en septembre 2016 durant sa campagne pour emporter le siège démocrate du Minnesota à la Chambre des représentants
Lorie Shaull Wikicommons

"Ne dites surtout pas à Donald Trump que le Minesota a élu une femme, musulmane, américano-somalienne", titrait The Nation, historique hebdomadaire de gauche, après la victoire de Ilhan Omar à la Chambre des Représentants (députés). Au nord des États-Unis, le Minnesota abrite la plus importante diaspora somalienne au monde. Les femmes sont une composante essentielle de cette communauté de 120 000 réfugiés, arrivée dans les années 1990 pour échapper à la guerre civile. Parmi elles, donc, Ilhan Omar, qui avait 13 ans lorsque sa famille, réfugiée au Kenya depuis le déclenchement du conflit en Somalie, décida de gagner les Etats-Unis.

Responsable de la politique menée par le Women Organizing Women Network (que l'on pourrait traduire par les femmes organisant les réseaux de femme), basé à Minneapolis au coeur du Minnesota, elle se qualifie de "féministe intersectionnelle", c'est à dire au croisement de multiples discriminations. Et pour ce qui la concerne la déclinaison est la suivante : femme, noire, migrante, musulmane. Elle se présente ainsi : "Que je sois une femme est important. Que je sois une femme somali-américaine est important. Que je sois musulmane et une femme immigrée est important."

Ce qui la motive est de contribuer à l'épanouissement des femmes de couleur et à leur participation à la vie politique. "Elle prouve que le racisme et le sexisme profondément enracinés n'empêcheront pas ses concitoyennes d'atteindre leurs rêves et d'influencer le monde pour le meilleur" nous dit Kate Ryan.

Mais les questions d'éducation, de protection de l'environnement, de santé sont loin d'être indifférentes à celle qui entra dans la vie professionnelle comme éducatrice nutritionnelle. Son élection à la chambre des représentants, si elle n'a pas sans doute pas ravi les partisans du raciste et sexiste Donald Trump, en ont enchanté d'autres. "C'est fantastique que Ilhan Omar ait été élue représentante pour le Minesota", s'enthousiasme le britannique Michael Keating, représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en Somalie.
 

Ces cinq élues font aussi l'Amérique, celle du "melting pot" et de la solidarité à rebours de la noirceur blanche incarnée par Donald Trump et consorts. A suivre...