Ces musulmanes qui ont marqué l'année 2014

De gauche à droite et de bas en haut : Maryam al-Mansouri, Les combattantes kurdes Peshmergas, Oumaya Naji al-Jabara, Maryam Mirzakhani, Sayeeda Warsi, Somayya Jabarti, Hind al-Fayez, Samereh Alinejad, Malala Yousafzai, Mona al-Beheiri
De gauche à droite et de bas en haut : Maryam al-Mansouri, Les combattantes kurdes Peshmergas, Oumaya Naji al-Jabara, Maryam Mirzakhani, Sayeeda Warsi, Somayya Jabarti, Hind al-Fayez, Samereh Alinejad, Malala Yousafzai, Mona al-Beheiri

Le chaîne d'information Al Arabiya, pan-arabe et basée en Arabie saoudite, principale concurrente de la Al Jazeera qatarienne, dresse comme chaque fin d'année les palmarès de ses têtes d'affiche. Voici donc sous la plume de Dina al-Shibeeb sur le site de Al Arabiya News, le choix des 10 Musulmanes qui ont compté en 2014.

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"Au chapitre final de 2014, certaines femmes musulmanes ont surgi au premier plan en renversant les stéréotypes de genre en montrant au monde entier un courage inflexible. Voici notre choix, sans que l'ordre soit fermé et définitif", indiquent en préambule de leur classement de têtes d'affiche les rédacteurs du site Al Arabya News. Mais les arguments ou indicateurs ne sont pas explicités. Puisque de musulmanes il s'agit, la foi entre-t-elle en ligne de compte. Pour certaines sûrement, pour d'autres sans doute moins ou peu. La plupart d'entre elles ont aussi trouvé tout au long de l'année, leur place dans Terrienne...

1- Maryam al-Mansouri

La conquête égalitaire des airs ne se limite pas à l'espace. Hier 24 septembre, le monde entier s'enthousiasmait pour l'émiratie Mariam al-Mansouri, première femme pilote, qui plus est d'un avion de combat qui dirige des frappes contre des djihadistes en Syrie à la tête de son escadrille, lors  des premières frappes aériennes diligentées  par Washington et ses alliés contre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) en Syrie. "L'homme et la femme ont le droit d'intégrer tous les domaines (...) pour se hisser au plus haut niveau", avait-elle déclaré récemment à la télévision d'Etat d'Abou Dhabi. La jeune femme, diplômée en 2007 du Khalifa bin Zayed Air Force College, a dit "s'être lancé des défis à elle-même pour améliorer ses compétences" et s'imposer face à ses collègues masculins. Sa mission en Syrie pour bombarder les jihadistes de l'EI a trouvé rapidement un écho sur Twitter,  hommage à son engagement et au rôle croissant que jouent les femmes aux Emirats, un pays plutôt conservateur. Mais des extrémistes ont attaqué la femme pilote et proféré des menaces à son encontre, plus violentes encore qu'envers ses collègues masculins.

2 - Les combattantes kurdes Peshmergas

Elles sont désormais des centaines à se battre dans l'armée kurde d'Irak pour faire reculer les jihadistes du groupe Etat islamique en Irak et au Levant. Avant de monter au front, l'entrainement est intensif, pour ces combattantes. La présence de femmes dans l'armée kurde d'Irak n'est pas une nouveauté. Depuis 1997, la brigade féminine des Peshmergas est formée à la faculté militaire kurde de la citadelle de Choualan. Ces soldates interviennent le plus souvent pour des missions humanitaires. Mais depuis l'offensive de l'Etat islamique (anciennement Etat islamique en Irak et au Levant), elles sont envoyées au front aux côtés des hommes. En 2002, elles avaient déjà combattu les troupes d'Ansar al-Sunna et, en 2003, elles participaient à la guerre contre le régime de Saddam Hussein.

3- Oumaya Naji al-Jabara

Tandis que les guerrières kurdes prennent leur part dans les combats contre le groupe Etat islamique, en Irak, une femme, mère de quatre enfants, a été honorée du titre de Cheikha, Cheikh au féminin, la fierté des Irakiennes, après avoir perdu la vie lors de combats contre les ultra radicaux dans la province de Salah aldin, au coeur du pays. "Ce que les femmes de Kobane ont fait, Oumaya l'a fait d'elle même et seule, sans le soutien de centaines d'autres femmes. Elle apportait son soutien aux hommes et en plus elle était une intellectuelle" lui a rendu hommage un activiste et journaliste irakien Soha Oda.

4 - Maryam Mirzakhani 

52 hommes récompensés, puis enfin une femme. Maryam Mirzakhani est entrée dans l'histoire des mathématiques ce 13 août 2014, lors du 27e congrès international quadriennal des mathématiques à Séoul (Corée du Sud). Elle est la première femme au monde à décrocher le prix Fields, la récompense la plus prestigieuse en mathématiques, considérée comme le "prix Nobel" de la discipline. Tous les quatre ans, cet événement récompense deux à quatre mathématiciens d'envergure, âgés de moins de 40 ans avec à la clé une dotation de 15 000 dollars canadiens (10 000 euros). Iranienne et professeur à l'Université de Stanford aux Etats-Unis, Maryam Mirzakhani, 37 ans, a partagé son prix avec trois autres mathématiciens, tous des hommes : le Franco-Brésilien Artur Avila, le Canado-Américain Manjul Bhargava et l'Autrichien Martin Hairer.

5- Sayeeda Warsi

Elle était la première femme musulmane à devenir ministre (et baronne) dans un gouvernement britannique. Elle est sans doute la première ministre, hommes et femmes confondus, à démissionner pour ne pas enfreindre ses convictions politiques, au Royaume Uni. En août 2014, alors que les bombardements israéliens mettaient à genoux la bande palestinienne de Gaza, auxquels répondaient des tirs de roquettes sur l'Etat hébreu, Sayeeda Warsi a claqué la porte de son gouvernement pour son soutien à Israël. Sans aucune influence sur la ligne de David Cameron, sauf à considérer que la reconnaissance d'un Etat palestinien par les parlements européens est une conséquence de tels actes. "Un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne" avait dit autrefois le ministre de la Défense français Jean Pierre Chevènement lors de la première guerre du Golfe.

6 - Somayya Jabarti

Au pays le moins enclin à la promotion des droits des femmes, l'Arabie saoudite , il s'est trouvé tout de même une femme à être promue à l'égal de quelques hommes. Somayya Jabarti est devenue, en février, la première femme rédactrice en chef, et cela de The Saudi Gazette. "C'est un pas dans la bonne direction, et c'est surtout une journaliste très compétente", dit Faisal J Abbas, lui même rédacteur en chef à Al Arabiya News. On attend les prochaines promues, les supportrices qui pourront s'assoir sur les gradins des stades ou encore les conductrices qui pourront prendre le volant…
 
7 - Hind al-Fayez

Cette députée jordanienne est devenue, début décembre 2014, une vedette des réseaux sociaux, symbole de la pugnacité des Jordaniennes, après une altercation au Parlement, où certains de ses collègues, voulant la faire taire, se sont moqués du quota réservé aux femmes à l'Assemblée. Une vidéo a circulé  montrant la députée Hind al-Fayez dans une chaude discussion avec un collègue lors d'un débat sur un important accord gazier prévu avec Israël, qui fait polémique dans le royaume. Sur les images, visionnées des dizaines de milliers de fois sur Youtube, on voit des députés demandant à Mme Fayez de s'assoir pour permettre à d'autres de s'exprimer, sans parvenir à interrompre leur collègue. Yehya al-Saoud, assis juste à sa gauche prend alors la parole d'une voix forte, lançant à l'attention de Mme Fayez : "Hind s'il vous plaît, Hind asseyez-vous, Hind asseyez-vous". Mais la députée reste debout et demande à pouvoir reprendre la parole. Et M. Saoud de l'implorer de nouveau: "Ca suffit Hind, s'il vous plaît !" en tapant sur son pupitre et en levant la voix, en vain. Il lance alors: "Que Dieu maudisse ceux qui ont permis un quota pour les femmes au Parlement", ce à quoi elle répond: "Quelle honte! C'est ce quota qui défend les intérêts arabes". La loi électorale jordanienne réserve aux femmes 15 des 150 sièges du Parlement. La célébrité est désormais atteinte avec le mot dièse ou hashtag #sitdownhind

8- Samereh Alinejad

Cette Iranienne a fait les manchettes à travers le monde quand elle a épargné la vie du meurtrier en lui donnant une claque de pardon dans le visage alors qu'il attendait son exécution, le nœud coulant déjà passé autour de son cou. Alors que l'Iran a été critiqué pour son usage excessif de la peine de mort, le pardon de Samereh Alinejad a été salué par de nombreuses personnes, non seulement dans la république islamique même mais dans le monde entier aussi. « Elle a été très soutenue en Iran. Elle a inspiré certains Iraniens, qui ont à leur tour pardonné à d'autres tueurs", a déclaré à Al Arabiya News Masoud ALFAK, un journaliste suédo-iranien,

9- Malala Yousafzai

Cette jeune Pakistanaise rescapée des talibans, a donc reçu la récompense suprême, le prix Nobel de la paix 2014, qu'elle partage avec Kailash Satyarthi, un activiste indien des droits de l'enfant. Malala, élevée ainsi au rang d'icône mondiale, hier sur les bancs de son école, aujourd’hui symbole mondial de la lutte pour l’éducation. Hyper-médiatisée après son discours à la tribune de l’ONU, déjà couronnée du prix Sakharov en novembre 2013. "Malala est un très fort symbole" dit Mudassar Ahmed, un analyste politique installé à Londres. "Elle est un modèle non seulement pour les musulmans mais pour d'autres. Elle est le récit incarné de l'engagement de certains musulmans au prix de risques vitaux pour faire évoluer les choses, comme les droits des femmes".

10 - Mona al-Beheiri

Cette dernière personnalité "serait certainement étonnée de figurer dans ce Top 10, et de le conclure" nous dit la journaliste d'Al Arabiya Dina al-Shibeeb. Mais son anglais rudimentaire, désormais connu pour l'éternité avec ce "ferme ta bouche Obama" lancé en mai 2014, elle a fait le tour du monde arabe virtuel. Cette femme 'simple' entendait demander au président américain de se tenir à l'écart de l'élection présidentielle égyptienne - il avait osé insister sur le respect de la démocratie -, elle qui soutenait le maréchal al-Sisi (élu depuis). Elle criait "Listen your Obama. We are Egyptian women. You are listen Obama!? Shut up your mouse Obama! Shut up your mouse Obama!! SISI YES, SISI YES! MORSI NO, MORSI NO!" "Ecoutez nous Obama. Nous sommes des femmes d'Egypte. Bous entendez Obama ! Fermez votre bouche Obama. Oui à Sisi ! Non à Morsi !  (nom du président frère musulman démis, ndlr)". "Les médias l'ont mise en avant parce qu'elle était une femme simple murmurant des mots dans un anglais d'enfant" commente Mahmoud Hasouna, rédacteur en chef du quotidien de langue anglaise Al-Khaleej Times. Et aussi sans doute parce qu'elle s'était dressée contre l'Amérique quelque peu honnie sous ces latitudes. Cela dit, en Egypte certains auraient aimé qu'elle reste dans l'ombre pour l'éternité aussi…