"Champagne Life" : une exposition 100% femmes à Londres. What else ?

"Champagne Life" (2014) de l'artiste américaine Julia Wachtel
"Champagne Life" (2014) de l'artiste américaine Julia Wachtel
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Pour célébrer ses 30 ans, la Fondation Saatchi à Londres propose une réunion d’artistes-femmes. Un concept 100% féminin qui peut laisser perplexe mais qui donne aussi l’occasion de découvrir quelques vrais talents. 

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On connaissait le « green washing » qui consiste à utiliser des labels écolos comme arguments de vente pour un produit qui n’est rien moins que « vert ».

Faudrait-il  inventer le terme « female washing » pour parler de cette exposition anniversaire à la Fondation Saatchi à Londres ?  L’institution a 30 ans et voici donc, pour fêter ça, sa première exposition 100 % féminine. 

« So what ? » se demandent encore les Britanniques amateurs d’art.
Voici en tout cas réunies, dans le bel immeuble de Kensington qui abrite la Fondation, les œuvres de 14 artistes contemporains … et femmes.

"Untitled (Food for Thought series)",(2016), Maha Malluh (Arabie Saoudite)
"Untitled (Food for Thought series)",(2016), Maha Malluh (Arabie Saoudite)
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Et après ? Après, rien, puisque ces artistes travaillent dans des styles différents et qu’on ne voit pas ce que la question du genre vient apporter à leur compréhension.

Le glamour de l'art

Peut-être faudrait-il utiliser le titre de l’exposition, « Champagne Life », comme un indice ? Un titre à prendre avec ironie précisent les curateurs  « qui met en contraste la réalité de longues heures de travail solitaire dans l’atelier avec l’apparent glamour du monde de l’art ».  De fait, les œuvres ici sont peintures, sculptures, installations,… mais relèvent d’un travail minutieux, précis, souvent spectaculaire. Nous y voilà : depuis Pénélope, ou au moins la Tapisserie de Bayeux, les travaux longs, minutieux, harassants, c’est si féminin ! Bien sur, les conceptuelles et autres pétroleuses de l’art n’ont pas été invitées.

Après ces prolégomènes sceptiques, il faut reconnaître que « Champagne Life » a ses qualités. On y découvrira non pas des célébrités de premier plan, mais des artistes de talent qui méritent une plus large reconnaissance. 

Ainsi Sigrid Holmwood qui repeint des scènes de la vie rurale suédoise de couleurs psychédéliques réjouissantes.

"The Last Peasant-Painters Peeling Potatoes (Old Woman Mill)"<br />
(2007) Sigrid Holmwood (Australie)
"The Last Peasant-Painters Peeling Potatoes (Old Woman Mill)"
(2007) Sigrid Holmwood (Australie)
Ou bien Stéphanie Quayle, qui arrive de l’île de Man pour présenter « Deux vaches » en argile très réalistes, quoique, semble-t-il, légèrement plus grande que nature. Certainement le travail le plus populaire de l’exposition.
On retiendra encore les portraits géants de la Serbe Jelena Bulajic : des vieilles femmes parcheminées, reproduites d’après photographie et qui dégagent une beauté et une empathie qui transcendent largement la question du vieillissement.

"Two cows" (2013), Stephanie Quayle (Australie)<br />
"Two cows" (2013), Stephanie Quayle (Australie)
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Cette volonté de faire « de belles pièces » culmine jusqu’au travail monumental de la Britannique Alice Anderson qui a réalisé une sphère parfaite de 2 m de diamètre avec 181 km de fil de cuivre - c’est une commande de la Fondation.

<span>"Bound" (</span>2011), Alice Anderson (Grande-Bretagne)
"Bound" (2011), Alice Anderson (Grande-Bretagne)

Ou avec les statues de marbre d’Aidan Salakhova, sculptrice russo-azerie dont les somptueuses silhouettes de femmes voilées ou les nus, taillés dans le marbre le plus beau, sont à la limite de l’art funéraire des plus grandes heures du Père Lachaise.

Eternel féminin

S’il est bien hasardeux de chercher à dégager un éternel féminin dans ce panel d’artistes, on peut quand même distinguer ici un goût : celui d’un art qui s’exprime en objets tangibles. Ce n’est surement pas celui des « Femmes », mais comme il est plaisant et facilement commercialisable, c’est le goût de beaucoup de galeristes et de collectionneurs. Les dilections de Charles Saatchi, (ex-)galeriste madré et grand collectionneur ? En ce sens, cette exposition-anniversaire (jusqu'au 9 mars 2016) aurait finalement une valeur de témoignage.