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Christiane Taubira à Montréal : une impatience stimulante contre les Inégalités femmes/hommes en politique

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Crédit Tv5monde/Catherine François
L'ancienne Garde des Sceaux Christiane Taubira lors de ses échanges avec Cathy Wong présidente du Conseil de la Ville de Montréal, au Québec, le 25 janvier 2018

Christiane Taubira, ancienne ministre de la Justice sous la présidence de François Hollande, participait à la Nuit des Idées à Montréal le 25 janvier 2018. Au menu : la place des femmes dans les sphères du pouvoir. "Il est plus que temps que les femmes obtiennent la place qui leur revient", a-t-elle lancé, saluée par les applaudissements du public. Rencontre signée Terriennes.

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Non ça ne va pas être gentil, ça ne va pas être plaisant, ça ne va pas être pour après-demain, c’est maintenant !
Christiane Taubira, ancienne garde des Sceaux

« Non, on n’a plus de patience, non je n’ai plus de patience ! ». Cri du cœur lancé par Christiane Taubira : il est plus que temps, dit-elle, que les femmes prennent au sein des sphères de pouvoir, et en particulier la politique, la place qui leur revient pour être représentées à la hauteur de leur place démographique au sein de la population. Autrement dit, il ne faut plus se contenter qu’il y ait seulement 15, 20 ou 25% de femmes en politique, car elles devraient être au moins 50% ! « Alors non, on n’a plus de patience, je n’en ai pas personnellement, je n’ai en pas plus en politique, et donc ce ne sont pas des lubies, des fantaisies, c’est vital, et non ça ne va pas être gentil, ça ne va pas être plaisant, ça ne va pas être pour après-demain, c’est maintenant ! » s’est enflammée l’ancienne garde des Sceaux sous les applaudissements de la foule.

La thématique de la Nuit des idées en ce début d’année 2018, c’était de débattre autour de ce slogan de mai 1968, « L’imagination au pouvoir ». Et Christiane Taubira est persuadée que l’imagination sera mieux servie au pouvoir si les femmes y sont plus présentes : « Nous avons comme femmes une expérience collective et historique d’oppression qui font en sorte que nous avons un rapport aux autres et à la société différent, a-t-elle expliqué lors de la conférence. Et cette expérience apporte l’imagination aux femmes qui accèdent au pouvoir. Une imagination qui est indispensable ».

Femmes et politique, expériences partagées du Québec à la France

En compagnie de Cathy Wong, présidente du Conseil de la Ville de Montréal, Christiane Taubira a partagé son expérience de femme en politique et a raconté plusieurs anecdotes qui ont fait s’esclaffer les auditeurs. Comme ces fois où elle a accroché ses talons dans des grilles de l’Assemblée nationale ou du bâtiment où loge le ministère de la Justice, « des grilles qui n’avaient aucune utilité mais qui sont bien la preuve que ces institutions ne sont pas humaines car elles sont masculines ! » s’est-elle offusquée avec humour. Ou cet autre épisode sur son petit-fils en train de faire du vélo dans les couloirs moquettés de son bureau du ministère de la Justice sous les regards ahuris de son personnel.
On sait que Mme Taubira a eu à subir bien pire que ça au cours de sa carrière politique (des attaques racistes que l'on croyait reléguées à d'autres époques. Voir > Les dérapages de l'extrême droite contre Christiane Taubira).

De son côté, Cathy Wong, nouvellement nommée présidente du Conseil de Ville de Montréal par la nouvelle mairesse de Montréal, Valérie Plante, s’est réjouit que la moitié des conseillers municipaux de la métropole québécoise soient des femmes mais elle a bien précisé qu’il y avait encore bien de travail à faire pour améliorer la représentativité des femmes dans les sphères du pouvoir.

« Le féminisme est un humanisme »

La discussion animée s’est conclue sur le féminisme, que Christiane Taubira qualifie sans hésitation d’ « humanisme » parce qu’il porte en son sein tous les autres combats : celui contre le racisme, les inégalités, les iniquités, etc. Le féminisme est une lutte contre toutes les formes de discrimination. En entrevue avec Terriennes, avant de donner sa conférence, Christiane Taubira a expliqué qu’elle se réjouissait de la déferlante « #MoiAussi » et elle croit fermement qu’il y aura un « avant » et un « après ». « Mais ça résiste forcément, a-t-elle précisé durant la conférence, parce que c’est une société d’hommes, alors ça résiste et oui ça provoque des ‘backlashs’. Mais il n’y aura pas de retour en arrière ». Et ce n’est pas sans une pointe d’ironie et d’humour qu’elle a dit souhaiter que les hommes aillent faire un petit stage en dehors des sphères du pouvoir, juste pour connaître l’expérience d’être dans la minorité. Un commentaire qui a bien fait rire la salle.

Interrogée par le quotidien Libération à l'occasion de cet échange à Montréal, Mme Taubira a également répondu aux auteures de la Tribune pour le droit à importuner : "je ne partage pas le contenu de cette pétition, je l’estime complètement hors sujet, c’est pour cela que je n’en débattrai pas sur le fond. Le harcèlement dénoncé par les femmes aujourd’hui n’est pas le jeu de l’amour et du hasard. Ce n’est pas du marivaudage, ce n’est pas l’histoire du comportement de quelques hommes dans un milieu feutré vis-à-vis de femmes qui sont armées psychologiquement, intellectuellement, mentalement et même juridiquement pour se protéger. Le sujet, c’est une violence qui frappe des millions de femmes qui sont démunies psychologiquement, financièrement, judiciairement. Des femmes qui sont confrontées à l’exercice le plus arrogant et le plus cynique du pouvoir institutionnel, économique, hiérarchique, financier, et du pouvoir de genre."