Clara Zetkin

Flora Tristan, sa lointaine prédécesseuse avait écrit : "il y a plus prolétaire que le prolétaire, sa femme"... Clara Zetkin, au long de son engagement politique en faveur des femmes, était animée d'une idée, presque obsessionnelle : c'est par le travail et l'indépendance économique que les femmes pourraient accéder à leur émancipation. Un principe qu'elle développa non seulement comme élue mais comme oratrice et théoricienne.

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Née le 5 juillet 1857 à Wiederau, en Saxe et décédée à Arkhangelskoïe, en Russie le 20 juin 1933, Clara Zetkin fut l'une des figures les plus importantes du féminisme mais aussi du socialisme. Co-initiatrice de la journée internationale du 8 mars avec Alexandra Kollontaï, elle fut l'une des fondatrices du KPD (Parti communiste allemand) et élue députée de cette formation au Reichstag durant la République de Weimar, de 1920 à 1933. Elle s'exile à Moscou après l'arrivée au pouvoir des nazis où elle meurt peu après. Son cerveau y est conservé et son corps enterré près du mausolée de Lénine. Et au lendemain de la guerre l'Allemagne de l'Est en fit l'une de ses icônes.

“Luttes pour l'émancipation des femmes“

Il n'est pas surprenant que les réactionnaires aient une conception réactionnaire du travail féminin. Mais il est extrêmement surprenant de rencontrer, dans le camp socialiste, une conception erronée, qui consiste à exiger la suppression du
travail des femmes.

Le problème de l'émancipation des femmes, c'est à dire en dernière instance celui du travail féminin, est un problème économique, et l'on est fondé à attendre des socialistes une meilleure compréhension des problèmes économiques.
Les socialistes doivent savoir qu'en l'état actuel du développement économique le travail féminin est une nécessité ; que le travail féminin devrait aboutir normalement, soit à une réduction du temps de travail que chaque individu doit à la collectivité, soit à un accroissement des richesses de la société ; que ce n'est pas le travail féminin en soi qui, par le jeu de la concurrence, fait baisser les salaires, mais l'exploitation de ce travail par les capitalistes.

Les socialistes doivent avant tout savoir que l'esclavage social ou la liberté reposent sur la dépendance ou l'indépendance économiques.
Il n'est pas permis à ceux qui combattent pour la libération de tout le genre humain de condamner la moitié de l'humanité à l'esclavage politique et social par le biais de la dépendance économique.
De même que le travailleur est sous le joug du capitaliste, la femme est sous le joug de l'homme et elle restera sous le joug aussi longtemps qu'elle ne sera pas indépendante économiquement. La condition sine qua non de cette indépendance économique, c'est le travail.
Si l'on veut faire des femmes des êtres humains libres, des membres de la société à part entière au même titre que les hommes, il ne faut ni supprimer ni limiter le travail féminin, sauf dans quelques cas exceptionnels. (…/…)

La question de l'émancipation des femmes est née avec les temps modernes et c'est la machine qui l'a engendrée. L'émancipation de la femme, cela signifie la complète modification de sa position sociale, une révolution de son rôle dans la vie économique.

La machine a mis fin à l'activité économique de la femme dans la famille. La grande industrie fabrique tous les articles à meilleur prix, plus rapidement et en plus grande quantité que ne pouvait le faire l'industrie individuelle qui ne disposait que d'outils imparfaits pour une production à très petite échelle. (…/…) C'est la raison pour laquelle la ménagère du bon vieux temps a presque totalement disparu. La grande industrie a rendu sans objet la production à domicile de biens destinés aux membres de la famille. Mais, simultanément, elle a créé les bases de l'activité de la femme dans la société. La production mécanique, qui peut se passer de force musculaire et de qualification, a permis d'employer des femmes dans un vaste secteur de travail.

La femme est entrée dans l'industrie dans le but d'augmenter les ressources familiales. L'évolution de l'industrie moderne a fait du travail féminin une nécessité. Et c'est ainsi que chacun des perfectionnements de la technique moderne a rendu superflue une partie de la main d'œuvre masculine.

Libérée de sa dépendance économique vis-à-vis de l'homme, la femme est passée sous la domination économique du capitaliste. D'esclave de son mari, elle est devenue l'esclave de son employeur. Elle n'avait fait que changer de maître. Elle a toutefois gagné au change : sur le plan économique, elle n'est plus un être inférieur subordonné à son mari, elle est son égale.