Comment les femmes peuvent relancer l'Union pour la Méditerranée

Manifestation de femmes égyptiennes contre le régime du président Moubarak, place Tahrir, au Caire, le 1er février 2011.<br/>

Alors que la situation politique devient quasi explosive au sud de la Méditerranée depuis les révoltes arabes, le président français François Hollande s’emploie à faire renaître l’Union pour la Méditerranée initiée par son prédécesseur Nicolas Sarkozy. Sa stratégie ? S’appuyer sur les femmes en recevant les 11 et 12 septembre 2013 la troisième conférence interministérielle de l’Union pour la Méditerranée consacrée à la place des femmes dans la société civile. 

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Initiée en 2008 par l’ancien président français Nicolas Sarkozy, l’Union pour la Méditerranée est un vieux serpent de mer dans les affaires européennes. Ses objectifs sont louables : réduire les disparités socio-économiques entre le nord et le sud de la Méditerranée, encourager les convergences et stabiliser la région. Mais sa mise en oeuvre s’avère chaotique.



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Les 45 Etats membres de l'union pour la Méditerranée (cliquez sur l'image pour l'agrandir).
Après l’échec du processus de Barcelone dans les années 90, Nicolas Sarkozy a relancé le partenariat euro-méditerranée en incluant uniquement les pays riverains et en marginalisant les institutions européennes. A peine consultée, l’Allemagne - dont la sphère d’influence se trouve plus à l’est qu’au sud - a vivement réagi en exigeant que le projet intègre tous les Etats membres de l’Union européenne. Résultat : beaucoup d’acteurs aux intérêts divergents (45 précisément) et des moyens budgétaires très limités. Au final, aucun projet d’envergure n’a été concrétisé d’autant que le contexte n’a cessé de se dégrader : crise financière à l'autonome 2008, reprise du conflit israélo-palestinien avec l’opération Plomb durci en décembre 2008 et révoltes arabes en 2011.

Mais l’institution demeure. Elle dispose d’un secrétariat à Barcelone et se trouve depuis un an co-présidée par l’Union européenne et la Jordanie. C’est donc dans ce cadre que la France cherche aujourd’hui à renouveler ses relations avec le sud et à repositionner l’Union pour la Méditerranée dans un monde arabe en pleine mutation en misant sur les droits des femmes.

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Une vingtaine de ministres et une douzaine de projets

A la conférence interministérielle consacrée au renforcement du rôle des femmes dans la société civile, une quarantaine de pays membres seront représentés dont une vingtaine au niveau ministériel. L’Allemagne sera absente en raison des élections législatives du 22 septembre prochain qui imposent dès maintenant une neutralité aux membres du gouvernement d’Angela Merkel. En revanche, la ministre israélienne à l’Intégration des migrants et la ministre palestinienne à la condition féminine seront au rendez-vous. L’Union pour la méditerranée est l’une des rares institutions internationales à réunir Israël et Palestine autour d’une même table.  Quant à la France, elle sera représentée par la ministre aux Droits des femmes, porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem. Point d'orgue de cette rencontre : la présence de Syriennes dont Souahir Atassi, vice-président de la coalition nationale syrienne (opposée au régime de Damas), en pleine crise diplomatique internationale autour du destin de ce pays en guerre.

L’objectif est double. Faire adopter une déclaration commune qui vise à réaffirmer l’universalité des droits des femmes, à rappeler l’importance de la lutte contre toute violence faites aux femmes et à reconnaitre aux femmes le droit de maitriser leur corps par le biais des droits sexuels et reproductifs. Sélectionner une douzaine de projets collaboratifs entre le nord et le sud, impliquant la société civile, tels que la création d’un réseau « Jeunes femmes d’avenir », une étude sur le harcèlement des rues, la formation de sages-femmes. 

Dans ce cadre, la Fondation des femmes en Méditerranée, qui a été dissoute deux ans à peine après sa création en France, sera relancée à Barcelone en fédérant associations, collectivités locales et universitaires spécialistes des questions de genre.

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Un consensus qui reste fragile

A terme, les ambitions sont de faire émerger une expertise sur la situation des femmes à l’échelle régionale et de faire évoluer les mentalités et les comportements. Il est vrai qu’au nord comme au sud, les inégalités et les discriminations liées au sexe demeurent et que les problématiques peuvent s’avérer assez proches. Mais avec la montée en puissance des partis islamistes et la guerre en Syrie qui ronge le Proche-Orient, le consensus est loin d’être gagné. D’ailleurs, jusqu’en juillet dernier, après un an et demi de rencontres diplomatiques, la conférence interministérielle restait encore très incertaine selon des sources au Quai d’Orsay.

« Dans cette collaboration, les Européens ne doivent pas se montrer paternalistes, alerte l’ancienne députée égyptienne Mona Makram-Ebeid, professeur de sciences politiques à l’Université américaine du Caire et militante des droits humains. Les révolutions arabes ont permis aux peuples de se défaire de toute tutelle. Néanmoins, il faut réussir à nouer des liens forts entre les deux rives et à créer des coopérations entre les réseaux féminins. On a tous à y gagner. » 

Des coopérations qui demandent, malgré tout, des ressources financières. Or, l’Union pour la Méditerranée ne dispose que de maigres fonds. De 2008 à 2010, elle n’a bénéficié de la part de l’Union européenne que de 90 millions d’euros, un contribution « inférieure au budget pluriannuel de rénovation du zoo de Vincennes » (en Ile de France), compare avec ironie Pierre Verluise chercheur à l’université Paris IV-Sorbonne, spécialiste de l’Union européenne et animateur du blog Dilpoweb. Pour financier les nouveaux projets, il faudra donc lever des fonds auprès de donateurs privés. Un événement sera organisé à cet effet en mars 2014. La démarche politique reste encore timide.