Conte de Noël : Rola Sleiman, femme, libanaise, première pasteure au Moyen Orient

Rola Sleiman lors de la messe - photo Andreane Williams
Rola Sleiman lors de la messe - photo Andreane Williams

Au Liban, la religion est une affaire d’hommes et ce, dans les 17 communautés religieuses qui forment le pays. Pourtant, une petite paroisse chrétienne a décidé de briser les traditions et de choisir une femme comme pasteur, on devrait écrire pasteure, de leur église. Une première au Moyen-Orient. Cela se passe à Tripoli, une ville frappée de plein fouet par la crise syrienne. Un vrai conte de Noël...

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Comme chaque dimanche, Rola Sleiman se rend à l’église évangélique presbytérienne (protestante) de Tripoli, dans le nord du Liban, afin de célébrer la messe hebdomadaire. Ce matin, c’est au son de la chanson Heal The World de Michael Jackson qu’elle affronte le trafic de Tripoli pour rejoindre sa paroisse. Depuis 2008, la jeune femme de 38 ans est à la tête de la petite paroisse. Elle est d’ailleurs la première femme au Liban - et la première dans tout le Moyen-Orient -, à avoir été nommée pasteure.

Je pense que la clé du succès de ma nomination est le fait que j’ai toujours été très proche des paroissiens. Je les visitais et j’allais prier pour eux. Ils ont appris à me connaitre. La question du genre n’a donc jamais été un problème pour eux”, explique Rola, titulaire d’une licence en théologie.

L'eglise située au coeur de Tripoli est souvent victime des conflits sectaires qui traversent cette ville en proie aux discordes confessionnelles intermusulmanes
L'eglise située au coeur de Tripoli est souvent victime des conflits sectaires qui traversent cette ville en proie aux discordes confessionnelles intermusulmanes
Madame la pasteure peut tout faire, sauf…

C’est pourtant par pur hasard, à la suite du départ de son prédécesseur, que Rola a décidé de prendre les reines de l’église voilà cinq ans.

Je ne voulais pas laisser l’église sans pasteur. J’avais donc accepté d’occuper ces fonctions par intérim. J’effectuais toutes les tâches d’un pasteur. Les paroissiens ont donc eux-mêmes proposé que je sois nommée en tant que tel. J’ai déposé une demande d’accréditation pastorale auprès du Synode, le conseil ecclésiastique local. Ils étaient un peu surpris de ma demande, mais étaient également très fiers qu’une femme leur fasse une telle requête”, raconte-t-elle.

Mis à part les sacrements, qu’elle ne peut célébrer qu’en présence d’un prêtre ordonné, Rola s’occupe aujourd’hui de toutes les tâches reliées à sa paroisse. “Au début certaines personnes ont soulevé le fait qu’elle est une femme, mais nous avons décidé de lui donner une chance. Les gens l’adorent parce qu’elle est honnête et aime les gens”, affirme fièrement Jack, un membre de la paroisse.

Prêcher en territoire incertain

Au son de l’orgue, Rola arpente l’allée entre les rangées de bancs et salue les fidèles qui font leur entrée. Aujourd’hui, ils sont une vingtaine à avoir fait le déplacement. Un bon nombre selon Rola compte-tenu des nombreux affrontements qui secouent la ville depuis quelques semaines. La paroisse, qui ne regroupe que 33 familles, a en effet de plus en plus de mal à convaincre ses membres de venir célébrer la messe dans la petite église de Tripoli. “Nous n’avons pas pu tenir la messe la semaine passée. Des manifestants lançaient des cocktails Molotov du toit de notre église. Les gens ont peur de venir à Tripoli. Nous sommes donc de moins en moins à assister à la messe”, raconte-t-elle.

Depuis le début de la guerre en Syrie, Tripoli est régulièrement le théâtre de violences sectaires entre les communautés musulmanes chiites soutenant le régime de Bachar al Assad et les sunnites, favorables à la rébellion. “J’ai peur de venir à l’église maintenant. On ne sait jamais ce qui peut se passer à  Tripoli”, déplore une paroissienne d’origine palestinienne en dégustant un café en compagnie d’autres paroissiens après la messe.
Rola salue les quelques paroissiens téméraires à la sortie de l'Eglise
Rola salue les quelques paroissiens téméraires à la sortie de l'Eglise

L'art de la mosaïque

C’est d’ailleurs sur le thème de la réconciliation que Rola a décidé de tenir son sermon. “Nous vivons dans la division et la haine. Tripoli est pourtant une merveilleuse mosaïque culturelle”, dit-elle.

Malgré son succès, Rola ne sait toujours pas si elle fera une demande d’ordination pour devenir prêtre. Selon elle, le changement doit se faire dans le consensus. « Je ne cherche pas mon succès personnel. Je ne suis pas encore certaine que tous les membres de la paroisse et de notre communauté au Liban soient d’accord pour que je sois ordonnée prêtre. S’il y a la moindre chance que cela crée une division au sein de notre église, je préfère ne pas le faire », conclut-t-elle. Optimiste et accommodante, envers et contre tous...
Rola et une nouvelle messe de réconciliation...
Rola et une nouvelle messe de réconciliation...