Contre la crise en Grèce, l'imagination des femmes

Anastasia Tsormpatzi tient une boutique de produits bio, près de Thessalonique, la grande métropole du bord de mer, au Nord Est de la Grèce. Comme la grande majorité de la population,  elle est touchée par la crise économique et les mesures d’austérité qui plombent le pays. Face au désespoir de son entourage pour joindre les deux bouts, Anastasia a décidé de créer des « soleils », une monnaie fictive qui remplace les euros.

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Anastasia Tsormpatzi, aussi rayonnante qu'un soleil
Anastasia Tsormpatzi, aussi rayonnante qu'un soleil
A quelques encablures de Thessalonique, dans le nord de la Grèce, très exactement à Katerini, Anastasia Tsormpatzi est connue de tous. Bien plantée sur ses jambes, le cheveu brun et très court, le regard vif , elle arpente les rues de la ville avec la même détermination et le même entrain.

A 37 ans, elle tient une boutique de produits bio près de la place centrale. Comme la grande majorité de la population, elle est touchée par la crise économique et les mesures d’austérité qui plombent le pays. Face au désespoir de son entourage pour joindre les deux bouts, Anastasia a décidé de créer des « soleils », une monnaie fictive qui remplace les euros. Un réseau d’échanges de produits et de services s’est alors installé, grâce à internet et autour des « soleils ». Anastasia a choisi les soleils parce qu’ils sont « l’emblème de l’espoir, celui d’une vie sans argent » dit-elle timidement. Avec les soleils, il n’y a ni TVA ni charges sociales à payer, tout le monde est donc ravi. Un système de troc au goût du jour.

Thérapie collective

C’est ainsi que, Despina, enseignante à la retraite est devenue membre du réseau, et de facto cliente d’Anastasia. Arrivée à la caisse, Despina sort son carnet de note et paye une partie de ses courses en soleils. « Je fabrique des produits de beauté naturels que je vends « Soleils », ce qui me permets d’acheter mon huile d’olive ici. Depuis que les retraites ont été baissées, je ne gagne plus assez pour vivre, je paye toutes mes factures en retard et je ne pourrais pas me nourrir si je n’avais pas adhéré au réseau » soupire t-elle.

A peine ses soleils gagnés, Anastasia court les dépenser dans une séance d’acupuncture. Dans une cafétéria du centre ville, des dizaines de femmes se relaient pour se faire implanter de fines aiguilles dans les mains par trois acupunctrices au chômage technique depuis le début de la crise, pour se faire implante de fines aiguilles dans les mains. Elles circulent et discutent autour des tables, échangent des recettes de cuisine, des secrets de beauté et même des conseils pour trouver un travail, en attendant que la thérapie relaxante agisse. Ici, personne n’imagine sortir une pièce ou un billet.

En Grèce, il n'y a plus de travail, mais toujours du "soleil"

Tous les mercredis, Anastasia organise un marché au soleil dans le parc ombragé de Katerini. On y échange des produits du terroir, des bijoux faits maisons, des pâtisseries ou même des séances de manucure ou des coupes de cheveux. Il en coutera trois soleils pour une coupe, le prix d’un kilo de pêches. « En Grèce, malheureusement, il n’y a plus de travail, pas d’argent et forcément plus d’euros » relève Anastasia « nous n’avons plus confiance en cette monnaie. Avec les soleils au moins, tu ne peux pas spéculer, ni gagner d’intérêt ni les placer en Suisse » ajoute t-elle.

Valeurs refuges de l'économie défaillante

Toutes les transactions sont enregistrées sur internet et chacun peut voir le nombre de soleils qui lui restent à dépenser. C’est un site qui est désormais consulté dans tout le pays. Trente villes en Grèce ont créer leur propre monnaie locale sur le même principe et le réseau risque de s’étendre encore. Anastasia comme ses adhérents sont persuadés que la crise a engendré entraide et solidarité, des valeurs sûresaujourd’hui seuls remèdes à la crise.