Violences faites aux femmes : 15 jours en orange pour enrayer le fléau

#orangetheworld comme ces Brésiliennes de l'organisation Black Women, qui, le 18 novembre 2015, marchaient contre les violences et le racisme
#orangetheworld comme ces Brésiliennes de l'organisation Black Women, qui, le 18 novembre 2015, marchaient contre les violences et le racisme
UNDP/Tiago Zenero

Chaque 25 novembre, la même litanie des horreurs est déclinée par les Nations Unies : 1 femme sur 3 dans le monde est victime de violence physique, qu'elle soit sexuelle ou pas. Une journée internationale peut-elle réussir à enrayer ce fléau planétaire ?

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On reste toujours atterrées, parfois incrédules face aux chiffres annoncés par les Nations Unies, ou les différents pays, sur le nombre de femmes victimes de violences, qu'elles résident dans des zones de conflit ou dans des régions en paix. Ainsi en 2012, selon les données de ONU Femmes, une femme sur deux, décédée de mort violente, dans le monde, l'a été sous les coups d'un proche, époux ou membre de sa famille. Pour les hommes, un homme sur vingt a disparu dans des conditions similaires...

Il ne pourra y avoir d’égalité entre les femmes et les hommes tant que les violences faites aux femmes continueront à faire système

                                                                                                                        Danielle Bousquet

Et en France ? Depuis 2006, 1.259 femmes y ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. Elles étaient encore 118 l'an dernier, soit une quasiment tous les trois jours, rappelle le HCEfh, Haut commissariat à l'égalité entre les femmes et les hommes, à la veille de la Journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes. « Il ne pourra y avoir d’égalité entre les femmes et les hommes tant que les violences faites aux femmes continueront à faire système, tant que ces violences continueront à alimenter l’insécurité des femmes, entraver leur liberté, affecter leur santé. Mais également celles des enfants : 143 000 enfants vivent dans des ménages où des femmes adultes sont victimes de violences conjugales, physiques et/ou sexuelles » écrit Danielle Bousquet, présidente de HCEfh.

Universalité des coups

En Belgique, la proportion est encore plus élevée : en 2013, 162 femmes y ont perdu la vie à la suite de violences conjugales. En Amérique latine, on a recours au concept de "féminicide" pour décrire des meurtres "gratuits" de femmes uniquement parce que femmes. Aux Etats Unis, au Canada, des masculinistes tirent à vue sur leurs concitoyennes parce que la gent féminine est objet de toutes leurs détestations.

Aucune région du monde, aucune culture, aucune classe sociale n'échappe à cette volonté masculine d'assujettir les femmes par des coups, de l'enfermement ou des menaces. Que faire face à ce fléau, élevé par l'OMS au rang d'épidémie mondiale ? Les femmes sont souvent pétrifiées par ce qui leur arrive : honte indicible d'aimer un bourreau, d'être ainsi traitées devant leur enfants, incapables ou empêchées de porter plainte, par par leurs proches, ou découragées de le faire par les autorités susceptibles de les accueillir (quand celles-ci existent).

Un puits sans fond


Alors que faire ? Les Nations Unies ont transformé, depuis 2014, leur "journée internationale contre les violences faites aux femmes" en deux semaines d'action pour sensibiliser, prévenir, informer. Cette année 2015, leur campagne se colore, il faut "oranger le monde", proclament-ils, pour lancer un mouvement de réversibilité de ces violences éternelles : coups, viols et autres crimes sexuels, mariages forcés et précoces, exploitation sexuelle et trafic d'être humains (98% de ces personnes sont des femmes), mutilations génitales féminines, au premier rang desquelles l'excision. Les MGF sont d'ailleurs les seules à avoir diminué sur terre, ce qui peut être encourageant pour les autres, tant ces campagnes ressemblent à l'utilisation d'une cuillère pour vider un océan.
 

#orangetheworld au Cambodge lors d'une parade de Tuk Tuk, le 25 octobre 2015, 50 conducteurs de Tuk Tuk se sont habillés en orange contre les violences faites aux Cambodgiennes
#orangetheworld au Cambodge lors d'une parade de Tuk Tuk, le 25 octobre 2015, 50 conducteurs de Tuk Tuk se sont habillés en orange contre les violences faites aux Cambodgiennes
UN Women Cambodia/ Mariken B. Harbitz

En joignant nos forces, nous pourrons mettre fin à la violence à l’égard des femmes et les filles

                                                                                                     Phumzile Mlambo-Ngcuka

« La couleur orange a été choisie afin de symboliser l’avènement d’un avenir plus brillant, à l’abri de la violence contre les femmes. Au cours de ces 16 journées d’activisme, des manifestations seront organisées à travers le monde, et des sites très connus de nombreuses grandes villes seront illuminés en orange pour sensibiliser l’opinion à cet enjeu et stimuler l’action. Pendant cette période, je me rendrai dans ces différentes villes afin d’attirer l’attention sur des interventions innovantes actuellement déployées sur le terrain pour affronter la violence à l’égard des femmes et des filles.  En joignant nos forces, nous pourrons mettre fin à la violence à l’égard des femmes et les filles », espère la Sud-Africaine Phumzile Mlambo-Ngcuka, Sous-Secrétaire générale des Nations Unies et Directrice exécutive d’ONU Femmes.

Ailleurs, pays par pays, on s’organise : à Bruxelles,la secrétaire d'Etat à l'Egalité des chances Bianca Debaets a donné le coup d'envoi de la campagne « Domino SOS Violence » et appelle les victimes à se manifester en déposant plainte et à briser le tabou qui entoure ces actes.
 


En France, en ce moment de deuil national consécutif aux attentats du 13 novembre, le ministère des Droits des femmes, se mobilise a minima, en proposant un échange, un "tchat" avec des internautes. Le 11 novembre, Pascale Boistard, la secrétaire d'Etat en charge de ce portefeuille avait lancé une campagne contre le harcèlement dans les transports... Et on se souvient de la diffusion au début de cet automne d'un film choc, Impardonnable, de Nicolas Doretti, conçu à partir des lettres de maris violents à leurs femmes, publiées par une ONG péruvienne : des phrases et mensonges sans cesse répétées, symptômes d'inconscience,  de sentiment de toute puissance et d'incompréhension face à la douleur, et parfois à la réaction salutaire des victimes.

La palme de l'imagination revient sans doute cette année au Royaume-Uni dont la police a diffusé un clip contre les crimes sexuels, selon un scénario "universel" dans ce pays ou le thé est sacré, avec cette question : feriez vous boire de force du thé à vos invités ? Tea or not tea ?

En France, le coût exorbitant, humain et financier, des violences contre les femmes

Isabelle, Sylvie, Amina, Géraldine, Samia… Depuis 2006, 1.259 femmes ont été tuées en France par leur conjoint ou ex-conjoint. Elles étaient encore 118 l'an dernier, rappelle le HCEfh, avant la Journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes.

Les morts violentes dans le couple ont représenté 18,74% des homicides non crapuleux et violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner constatés en 2014, selon le ministère de l'Intérieur. Les chiffres de 2015 ne seront connus qu'en 2016.
Ces meurtres résultent d’histoires singulières mais sont tous liés par un même type de violence: des violences "féminicides", faites aux femmes parce qu’elles sont des femmes, relève le HCEfh.
De novembre 2014 à octobre 2015, 82.635 faits de violence commis par conjoint ou ex-conjoint ont aussi été recensés par les forces de sécurité en France métropolitaine. Dans 88% des cas, la victime est une femme.

Tous les âges, tous les milieux

Chaque année en France, 84.000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont violées ou victimes de tentatives de viol. Seulement une sur dix déclare avoir déposé plainte, recense l'Observatoire national des violences faites aux femmes. Dans 90% des cas, les femmes connaissent leur agresseur.
En 2014, 15.882 hommes et 561 femmes ont été condamnés pour des crimes ou des délits sur leur conjoint ou ex-conjoint. La même année, 765 hommes et 6 femmes ont été condamnés pour viol sur des personnes de plus de 15 ans.

Conséquences sur la liberté, la santé, et l'entourage

Ces violences alimentent l’insécurité des femmes, entravent leur liberté, affectent leur santé mais aussi celles des 143.000 enfants qui vivent dans des ménages où des femmes sont victimes de violences. 42% ont moins de 6 ans.
Depuis 2000, de nombreuses enquêtes ont montré la diversité de ces violences, de nature physique, sexuelle, psychologique, économique, dans l'espace privé ou public.
Ainsi, une femme sur cinq déclare avoir déjà subi du harcèlement sexuel au travail et 80% être régulièrement victimes d'attitudes sexistes, selon le groupe Egalis qui accompagne collectivités, entreprises et organisations internationales dans la mise en oeuvre de l'égalité femmes-hommes.
Le coût annuel des violences contre les femmes s'élève en France à 2,4 milliards d'euros, dont 1,1 milliard en perte de production.
 

Ministère des Droits des femmes