Terriennes

Coupe du monde de roller derby : une équipe féminine indigène pour les droits des femmes autochtones

Maria Noelia Paez (à droite et en arrière plan), dite Nina Brava, en pleine action, lors d'un match de roller derby avec l'équipe d'Argentine en 2014 
Maria Noelia Paez (à droite et en arrière plan), dite Nina Brava, en pleine action, lors d'un match de roller derby avec l'équipe d'Argentine en 2014 
(c) Sean Hole

C'est une première dans une compétition sportive mondiale. Un collectif de femmes autochtones de plusieurs pays participeront à la prochaine coupe du monde de roller derby sous le nom de « Team Indigenous », début février 2018. Au delà du défi sportif, elles comptent attirer l'attention sur la condition des femmes indigènes.

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Elle attend ce moment avec impatience. Le 1er février 2018, Maria Noelia Paez, Nina Brava de son nom de guerre, enfilera le maillot rouge des nations indigènes pour affronter l'équipe d'Italie. La Team Indigenous représentera une trentaine de peuples autochtones à travers le monde lors de la coupe du monde de roller derby qui se déroulera jusqu'au 4 février 2018 à Manchester. La rolleur ne ménage pas sa peine sur le compte instagram de l'équipe pour rallier les supporteurs et supporteuses... 
 
C'est une fierté et un honneur. C'est l'occasion de porter la voix d'une partie de ma famille 
Maria Noelia Paez dite Nina Brava, championne de roller derby
« C'est une fierté et un honneur. C'est l'occasion de porter la voix d'une partie de ma famille ». Cette avocate de 32 ans a grandi en Argentine et n'a découvert ses origines qu'à l'âge de 15 ans. « Une moitié de ma famille a la peau mate, l'autre la peau claire. En faisant des recherches, j'ai découvert que mes arrières grands-parents étaient des indigènes Qom (ou toba groupe amérindien vivant en Argentine, en Bolivie et au Paraguay), ndlr et Kolla (peuple amérindien du petit nord chilien et du Nord-ouest argentin). » Le sujet était tabou dans sa famille, la faute aux discriminations ciblant les autochtones. « Les indigènes de ma famille auraient préféré être Criollos, descendants des Européens. Plutôt que de se faire traiter de sauvages ou d'illettrés, ils ont préféré renier leurs origines. »Comme les Etats-Unis ou le Canada, l'histoire de l'Argentine est jalonnée de massacres de populations autochtones, peu abordés dans les livres scolaires. « Les viols, la torture, la spoliation des terres... c'est comme si une partie de ma famille avait tué l'autre. »
 
Le roller derby est un sport progressiste, attentif au sort des minorités
Mélissa Wagonner, alias Mick Swagger, championne de roller derby
L'idée de créer une équipe Indigène a germé dans l'esprit de Mélissa Wagonner, alias Mick Swagger, fin 2014. Elle participait alors à la précédente coupe du monde de roller derby sous l’étendard des Etats Unis. « Lors de la parade des nations, j'ai voulu apporter le drapeau Diné (nom indigène des Navajos, ndlr) mais mon entraîneur l'a refusé. De là est née l'idée de cette équipe, qui représenterait toutes les nations indigènes. »
Faire accepter à l'organisation de la coupe du monde la présence d'une équipe de sportives venues du monde entier n'a pas été un problème. « J'avais préparé tout un tas d'argument, mais ils ont dit oui tout de suite sourit Mélissa, le roller derby est un sport progressiste, attentif au sort des minorités. »
 
Melissa  Waggoner, alias Mick Swagger, championne de roller derby, au centre de la mêlée
Melissa  Waggoner, alias Mick Swagger, championne de roller derby, au centre de la mêlée
(c) Tristan King
Sport populaire dans les années 30 et remis au goût du jour au début des années 2000 dans une version punk et féministe, le roller derby allie contact, vitesse et tactique. Une course d'équipe sur une piste ovale où les joueuses jouent des épaules pour projeter leurs adversaires au sol. Créé par des femmes, le roller derby tente de développer ses institutions sur un modèle inclusif, par exemple en autorisant les joueuses trans dans les compétitions officielles. « Nous sommes une génération très politisée, consciente des injustices, estime Mélissa. La Team Indigenous nous permet d'attirer l'attention sur le sort de nos communautés à travers le monde ».

80% des femmes indigènes victimes de violences

Selon l'ONU, plus de la moitié des personnes tuées par les forces de l'ordre dans le monde sont des autochtones, alors qu'ils ne représentent que 5% de la population. L'organisation a d'ailleurs rappelé à l'ordre le Canada en 2015, estimant que les autorités ne protégeaient pas suffisamment les femmes autochtones de ces violences. Les femmes indigènes sont pour 80% d'entres elles victimes de graves violences au cours de leur vie. Le Premier ministre Justin Trudeau a depuis exprimé sa « honte »  face à l'incapacité du gouvernement canadien à faire respecter le droit. « Des femmes kidnappées, violées puis tuées, ça arrive presque quotidiennement » dénonce Mélissa. En prélevant 10% sur les ventes de maillots et stickers à son effigie, l'équipe a récolté 2000 dollars en faveur de Missing and Murdered Indigenous Women, une association qui vient en aide aux familles à la recherche de leurs proches disparues.

Des joueuses du monde entier sélectionnées sur vidéo

Côté sportif, Mélissa et ses coéquipières n'ont pas d'autre ambition que de faire une performance honorable, même si la plupart des joueuses sont des habituées du haut niveau. , elles ne se sont jamais entrainées ensemble. « Comme les candidatures venaient du monde entier, j'ai sélectionné les joueuses sur vidéo » rigole Mélissa. Elles devaient aussi faire part de leur motivation à représenter les nations autochtones. « Au delà du sport, on est un groupe d'entraide, de partage de nos cultures et de nos spiritualités. C'est très fort, dit Nina Brava. On se raconte nos histoires via Skype, et on finit toujours nos cessions en pleurant ».
 
Les autres équipes nationales n'ont en commun l'endroit d'où elles viennent. Nous on a les mêmes vécus, la même manière de penser. C'est ce qui nous unit toutes.
Maria Noelia Paez dite Nina Brava, championne de roller derby

Sa décision de revendiquer les couleurs indigènes a d'abord choqué sa famille. Aujourd'hui, sa grand-mère est fière d'elle. « Elle m'a raconté son histoire, qu'elle avait tue jusque là. Comment sa mère avait été vendue comme esclave et violée. » Une histoire que Maria a partagé à son tour avec ses coéquipières pour se rendre compte que toutes avaient des récits similaires dans leurs familles. « Les autres équipes nationales n'ont en commun l'endroit d'où elles viennent. Nous on a les mêmes vécus, la même manière de penser. C'est ce qui nous unit toutes. » Une union qui promet d'être redoutable sur le terrain. 
Sur leur compte instagram, les membres de l'équipe proclament : "Le destin chuchote au guerrières : 'Vous ne pouvez pas résister à la tempête'. La guerrière répond, en murmurant : 'Je suis la tempête'".

#strongresilientindigenous #nativeathletes #nativestrong

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