Culturiste au Bahreïn, elle vise une reconnaissance mondiale

Des hommes culturistes qui participent aux championnats du monde à Manama au Bahreïn, le 6 novembre 2008. Dans ce pays, les femmes doivent encore trouver leur place dans ce sport.
Des hommes culturistes qui participent aux championnats du monde à Manama au Bahreïn, le 6 novembre 2008. Dans ce pays, les femmes doivent encore trouver leur place dans ce sport.
©AP Photo/Hasan Jamali

Culturiste au Bahreïn, Haïfa Moussaoui ne parvient pas à être considérée comme une athlète dans son pays. L'exhibition d'un corps féminin aussi musclé déplaît à certains en compétition. Alors à 32 ans, elle se tourne aujourd'hui vers les compétitions à l'étranger pour gagner une reconnaissance internationale.

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Adolescente, Haïfa Moussaoui a commencé à pratiquer la musculation à Bahreïn avec un entraîneur privé pour lutter contre l'obésité, largement répandue dans les pays du Golfe.

"J'ai eu un problème d'obésité et le culturisme m'a plu", déclare cette femme à la mâchoire carrée, aux grands yeux et à la chevelure serrée dans une queue de cheval.

Encore jeune, elle dévorait tout article de presse sur ce sport. "A cet âge, je n'avais ni l'expérience ni le savoir-faire pour devenir culturiste. Et ce n'était pas facile de le devenir dans notre société où la pratique de ce sport est si rare pour les femmes".

"Malgré tout, j'allais au club tous les jours. Et c'était pour moi la chose la plus importante", se souvient-t-elle.

Un sport encore trop confidentiel dans le Golfe

La famille de Haïfa Moussaoui l'a encouragée lorsqu'elle tentait de perdre du poids. "Mais après, elle a commencé à avoir peur" des compléments alimentaires consommés dans le cadre de cette pratique, qu'elle a finalement acceptée.

Dix ans plus tard, cette Bahreïnie collectionne les certificats d'organisations de culturisme et travaille dans un centre de Dubaï spécialisé dans la perte de poids où elle entraîne des femmes et des hommes.

Le 12 juin 2015, elle a participé aux championnats de l'Association internationale de culturisme naturel qui se sont tenus pour la première fois à Dubaï et a été classée sixième dans sa catégorie.

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			Haïfa Moussaoui est culturiste de Bahreïn. Elle est ici en plein séance d'entraînement à Dubaï, le 26 juin 2015.</div>
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Haïfa Moussaoui est culturiste de Bahreïn. Elle est ici en plein séance d'entraînement à Dubaï, le 26 juin 2015.
©AFP/MARWAN NAAMANI

Haïfa Moussaoui et une Jordanienne ont été les seules femmes arabes à participer à cette compétition.

Elle tente maintenant d'obtenir une carte professionnelle pour pouvoir participer à des compétitions mondiales et adhérer à la Fédération internationale de culturisme et de remise en forme.

Toutefois, elle ne pourra pas représenter Bahreïn ou tout autre pays du Golfe où ce sport reste confidentiel.

Aussi veut-elle se rendre en octobre au Portugal, y obtenir un permis de séjour et représenter ce pays dans les compétitions internationales, avec l'aide de son entraîneur portugais Andreia Sousa.

Vers une reconnaissance mondiale

"C'est mon rêve et je veux l'accomplir. Alors si le Portugal peut m'aider, pourquoi pas", dit l'athlète en gardant l'espoir de pouvoir un jour défendre les couleurs de son pays.

"Je vais m'occuper de la partie administrative, l'accompagner dans les championnats et m'occuper d'elle jusqu'à ce qu'elle monte sur scène", déclare son entraîneur portugais. "Je pense que Haïfa a beaucoup de talent (..) et de possibilités".

Alors que plus en plus de femmes arabes s'intéressent à ce sport, pour notamment perdre du poids, beaucoup répugnent à le pratiquer en raison de "résistances de la société", note Haïfa Moussaoui.

Beaucoup d'hommes, parmi ceux qu'elle entraîne, trouvent "étrange" également de la voir pratiquer ce sport mais "ils commencent à accepter l'idée", ajoute-t-elle.

Les hommes me demandent souvent pourquoi je fais de la musculation

Dans le club où elle est employée, une Yéméno-Pakistanaise, Shaza Jamil, s'adonne au même sport. "Les hommes me demandent souvent pourquoi je fais de la musculation", raconte-t-elle en soulevant des poids, "ils disent 'vous êtes une fille et vous allez ruiner votre corps...'".

"J'aime mon corps et c'est pour cela que je soulève des poids", assure Shaza Jamil, en déplorant le fait que "la société considère qu'une femme ne doit pas avoir de muscles".

Pratiquant le culturisme depuis un an, elle a déjà remporté la deuxième place dans la catégorie dite bikini lors d'un tournoi en Grande-Bretagne.

Comme Haïfa Moussaoui, elle est venue à ce sport pour perdre du poids et, comme elle, a fait face à la résistance de sa famille.

"Nous avons eu un drame à la maison, mais quand ma mère a assisté au tournoi et vu combien j'étais heureuse de mon résultat, elle l'a accepté", déclare la jeune femme brune.

"Il est vrai que nous portons un bikini en compétition mais on ne fait de mal à personne. Nous ne faisons que montrer le résultat sur notre corps de tant d'efforts", ajoute-t-elle, en affirmant que le culturisme a "changé sa vie".