Cybersexisme : violences virtuelles mais bien réelles

L'une des affiches de la campagne "Stop-cybersexisme". Crédit image : centre pour l'égalité femmes-hommes Hubertine Auclert
L'une des affiches de la campagne "Stop-cybersexisme". Crédit image : centre pour l'égalité femmes-hommes Hubertine Auclert

« Stop-cybersexisme », c’est le nom donné à la campagne de sensibilisation lancée le 2 avril 2015 par le centre pour l'égalité femmes-hommes Hubertine Auclert. Une première en France. Son objectif ? Mettre un terme aux violences entre adolescents sur Internet, dont les victimes sont majoritairement les filles. 

dans
Insultes, humiliations, harcèlement. Ces phénomènes courants qui existent dans le monde réel se sont aussi répandus sur la toile, entre les adolescents « natifs numériques ». Des violences en ligne contre lesquelles le centre d'informations sur l’égalité femmes-hommes Hubertine Auclert a décidé de lancer une campagne de sensibilisation du 2 au 9 avril 2015 appelée « Stop cybersexisme ». Sans surprise, ce sont les jeunes filles les plus touchées par ces attaques. La dernière enquête de l’éducation nationale (2014) montre que 21% des filles contre 15% de garçons sont victimes de cyberviolences et dans « 37% des cas, ce sont des actes à caractère sexistes commis par les garçons envers les filles », souligne Clémence Pajot, directrice du centre Hubertine Auclert. Mais ces violences existent aussi entre filles et envers les garçons, de façon minoritaire (cf. entretien audio de Clémence Pajot ci-dessous). Et c'est un phénomène qui commence dès le collège.
 

Sexting, revenge porn, slut shaming, happy slapping

 
« On utilise beaucoup des termes anglais pour désigner ces formes de cybersexisme », s’excuserait presque Clémence Pajot. Alors que certains équivalents ou traductions en français décrivent tout autant ce sexisme ordinaire subi majoritairement par les femmes dans la rue, au travail, en privé, et via les nouvelles technologies depuis la révolution numérique.

On parle donc de sexting, en français sexto, lorsque des messages écrits à caractère sexuel non consentis sont envoyés sur les téléphones portables. De revenge porn, « vengeance pornographique », qui implique des photos ou des vidéos à caractère sexuel publiées sur Internet sans consentement, souvent après une rupture. De happy slapping ou vidéolynchage, lorsqu’une personne filme une agression physique avec son téléphone mobile pour les diffuser sur les outils numériques. Ou encore de slut shaming, littéralement « couvrir de honte les salopes », qui consiste à « blamer les filles sur leurs tenues, leur comportement sexuel, leur maquillage ou simplement sur leurs allures générales quand on considère qu’elles ne sont pas conformes aux normes dominantes dans un groupe de jeunes », explique la directrice du centre Hubertine Auclert. Avant d’ajouter : « Ce qui est important de rappeler, c’est que le sexisme instaure une hiérarchie entre les sexes, au détriment des femmes, et perpétue un système de domination des homme sur les femmes ».

Partenaire du centre, la région Ile-de-France, en présence du président Jean-Paul Huchon, a décidé de lancer cette campagne au sein de son dispositif Jeunes Violences Ecoute créé en 2000. Gérée par l’association l’Ecole des parents et des éducateurs (EPE) d’Ile-de-France, cette plateforme d’aides aux victimes de violences en milieu scolaire s’adresse en priorité aux adolescents, cibles de la campagne « Stop cybersexisme ». « Le harcèlement sexuel représente combien de pourcentage de vos appels ? », demande Jean-Paul Huchon. «  14%, soit plus d’un appel sur dix », répond la directrice de l’EPE, Mirentxu Bacquerie. Trois femmes et un homme sont présents ce jour à la permanence téléphonique. L’une d’elles rapporte que les premiers échanges avec les victimes se font de plus en plus par courriels, via le site Web de l’association qui a enregistré deux millions de visites l’année dernière. «Ce n’est pas un phénomène nouveau, mais il est nécessaire de toucher les jeunes avec leurs outils », explique la directrice.
 

Un Tumblr pour sensibiliser les jeunes

 
Grands consommateurs de nouvelles technologies, notamment de réseaux sociaux, les adolescents utilisent ces outils comme défouloir, qui mène parfois à des fins dramatiques, comme des suicides et même des meurtres prémédités d’adolescents. Car ces attaques ont beau se dérouler en ligne, elles n’ont rien de virtuelles. Et les victimes sont souvent démunies face aux phénomènes qui se propagent beaucoup plus vite et laissent des traces indélébiles.

Pour sensibiliser les jeunes au cybersexisme, le centre Hubertine Auclert a donc décidé d’utiliser les mêmes outils numériques, en espérant mieux les toucher. L'outil phare de la campagne : un Tumblr, ou microblog, qui prend la forme d’une suite de messages animés, reprenant des extraits de films comiques ou de séries télévisées, censés être connus de tous. « Nous avons choisi d’utiliser l’humour pour aider les adolescents à réfléchir et les inciter à lutter contre ce phénomène », Djénéba Keïta, président du centre et conseillère régionale d'Ile-de-France.

D’autres outils ont été crées en parallèle, « pour faire passer un message plus institutionnel », explique Thibault Di Maria, chargé de communication du centre Hubertine Auclert. Comme des affiches pour les jeunes et une brochure pédagogique destinée aux adultes, qui ont été distribuées dans les 1500 établissements scolaires publics franciliens, collèges et lycées. « On s’est aperçus que le cybersexisme commence dès le collège », explique Clémence Pajot.  
La région ayant en charge les lycées et « de bonnes relations avec les académies » pour les collèges, les enfants scolarisés dans le public seront sensibilisés en premier. « Dans un deuxième temps, nous solliciterons les établissements du privé pour qu’ils prennent part à la campagne, s’ils le souhaitent », précise Jean-Paul Huchon. « Car c’est une campagne qui s’adresse à tous les enfants avec un même mot d’ordre : stop au sexisme aussi sur Internet, c’est une violence », conclut Djénéba Keïta.
 

Reproduction des schémas dominants
 
Ces violences en ligne existent aussi entre filles, mais restent largement minoritaires. Tout comme les attaques envers les garçons par d’autres garçons ou même par des filles. Parle-t-on alors de cybersexisme ? Réponse de Clémence Pajot, directrice du centre pour l’égalité femmes-hommes Hubertine Auclert.