Terriennes

Dans l'indifférence, une centaine de jeunes Nigérianes restent introuvables

Vêtues de rouges, les quelques centaines de Nigérianes qui manifestaient à Abuja, arboraient une pancarte sur laquelle était inscrit “Trouvez nos filles“ ©AFP
Vêtues de rouges, les quelques centaines de Nigérianes qui manifestaient à Abuja, arboraient une pancarte sur laquelle était inscrit “Trouvez nos filles“ ©AFP

Quelques centaines de Nigérianes, loin du million espéré, ont manifesté à Abuja le 30 avril 2014. Elles dénonçaient l'incapacité du gouvernement à retrouver une centaine d'écolières enlevées par la secte islamiste Boko Haram le 14 avril 2014 dans le Nord Est du Nigeria. Cet enlèvement sans précédent soulève un tollé dans le pays car selon certaines informations, elles auraient été mariées de force dans des pays frontaliers.

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Un rapt massif qui indigne, qui énerve. Où sont-elles ? Qui se préoccupe de ces jeunes écolières, dont on n'a plus de nouvelles depuis deux semaines ? Anne Perkins, écrivaine anglaise, s'est révoltée, dans une tribune pour le quotidien britannique "The Guardian". Visiblement, elle a vu juste. Peu de personnes ne semblent s'y intéresser. Ni dans le monde, ni ... au Nigeria. Le 30 avril 2014, quelques centaines de Nigérianes, loin du million de personnes attendues, ont manifesté à Abuja pour dénoncer l'enlèvement de 100 à 200 jeunes filles, âgées de 12 à 17 ans.

Elles ont été kidnappées au cours d'une attaque dans un établissement scolaire situé à Chibok, ville de l’État de Borno, au Nord Est du Nigeria le 14 avril 2014. Un acte sans sans précédent attribué à Boko Haram. C'est l'une des attaques les plus choquantes depuis le début de l'insurrection de la secte islamiste qui a fait des milliers de morts en cinq ans.

Boko Haram, dont le nom signifie "l’éducation occidentale est un péché", a souvent pris pour cible les établissements scolaires dans le Nord du pays, majoritairement musulman. Le groupe extrémiste, qui revendique la création d’un État islamique dans cette région, a mis le feu à des écoles, massacré des étudiants dans leur sommeil et posé des bombes sur des campus d’universités, mais c’est la première fois qu’un tel enlèvement de masse est perpétré.

Ce rapt a suscité une indignation et une mobilisation croissante au Nigeria. Sur Twitter (#BringBackOurGirls) mais aussi dans la rue. Plusieurs manifestations sont organisées dans les grandes villes du pays. Dans la capitale, Abuja, le collectif "Femmes pour la paix et la justice" avait appelé à une "marche de protestation d’un million de femmes" devant l'Assemblée nationale. Elles ont voulu dénoncer l’incapacité des autorités à les retrouver. 

"Si cela était arrivé n’importe où ailleurs dans le monde, plus de 200 filles enlevées et aucune nouvelle pendant plus de deux semaines, le pays serait complètement au point mort", s’était indignée, Mme Usman, organisatrice de la marche d’Abuja.

Une salle de classe ravagée par un attentat le 21 avril 2014, à Chibok, ville où une centaine de lycéennes ont été enlevées. ©AFP
Une salle de classe ravagée par un attentat le 21 avril 2014, à Chibok, ville où une centaine de lycéennes ont été enlevées. ©AFP
Esclave sexuelle ou domestique vendue 10 euros

Des critiques partagées par les parents des jeunes otages. Enoch Mark, dont la fille et les deux nièces font partie des victimes, considère que le gouvernement "fait preuve d'indifférence face à ce désastre monumental". L'épouse de M. Mark, atteinte d'hypertension, "dort deux heures par jour et reste assise, la plupart du temps, à penser à sa fille", a confié son mari, désemparé, à l'AFP.


Les familles sont d'autant plus angoissées que selon certaines informations glanées à Chibok, les victimes pourraient avoir été emmenées au Cameroun et au Tchad, pays frontaliers, afin d'y être mariées de force pour 2.000 nairas (10 euros). Des informations, rapportées à l’AFP par Pogu Bitrus, le chef du conseil des anciens de Chibok. RFI le confirme via des sources militaires "haut placées". Selon d'autres sources sécuritaires, les jeunes filles pourraient être utilisées comme esclaves sexuelles ou domestiques.


D'après les lycéennes qui ont réussi à s'échapper, les captives étaient gardées, un temps, dans la forêt de Sambisa, dans l’État de Borno, où Boko Haram dispose de camps fortifiés. Un lieu où les autorités ont mené des recherches, en vain. Face à cette situation, le Sénat nigérian a invité, dans une motion, le gouvernement à demander l'aide d'autres pays et du Conseil de Sécurité de l'ONU pour les retrouver. Ayant perdu toute confiance en l'opération de secours, les familles se sont cotisées pour acheter de l'essence et entreprendre leurs propres recherches en voiture et à moto.


Le père de l’une des captives espérait que la présence de manifestants devant l’Assemblée permettrait de faire bouger les choses. "Nous sommes pauvres et sans aucune influence et nous pensons que c’est pour cela que le gouvernement ne s’intéresse pas à nos filles", regrette-t-il. "Mais nous espérons que si les Nigérians, riches et pauvres, haussent la voix de toutes parts (du pays), cela poussera le gouvernement à réfléchir à la meilleure façon d’agir pour libérer nos filles".



Une grosse déception pour les organisateurs

Interview réalisé par Linda Giguère, JT Afrique, TV5Monde

30.04.2014
Interviewé par téléphone, Fiacre Kinhou, correspondant de TV5MONDE à Abuja, revient sur l'absence de mobilisation au Nigeria pour relancer les recherches des jeunes filles. Même si les organisateurs estiment avoir été entendus des autorités...
Une grosse déception pour les organisateurs