Dans le monde, domestique rime avec femme

Des travailleur-se-s domestiques immigrés manifestent dans les rues de Rabbat, au Maroc, à l'occasion de la Journée de la Femme du 8 mars 2015.
Des travailleur-se-s domestiques immigrés manifestent dans les rues de Rabbat, au Maroc, à l'occasion de la Journée de la Femme du 8 mars 2015.
AP/Abdeljalil Bounhar

Plus des trois quarts des travailleurs domestiques dans le monde sont des femmes. À l'occasion de la fête du travail, tour d'horizon de leur situation.

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Le 1er mai, fête du travail, des travailleurs... et des travailleuses ? Oui, mais dans le monde, nombre d'entre elles sont sous-payées et exemptes de droits. Il y a plus prolétaire que le prolétaire, c'est la femme du prolétaire, lançaient les féministes dans les années 1970...

C'est en tout cas ce que montre le dernier rapport d'ONU-Femmes (lire notre article sur ses aspects économiques). Selon celui-ci, en 2010, 53 millions de personnes dans le monde occupaient un emploi de domestique, dont... 83 % de femmes. Un chiffre qui serait en constante augmentation. Sans oublier celles dont le "travail" domestique n'est tout simplement pas reconnu, pas déclaré, épouses soumises ou quasi esclaves...

Au-delà de la disparité genrée de ces emplois, ces chiffres cachent une seconde réalité : de nombreuses femmes sont privées de salaire minimum, voire de toute législation sur le travail. Parallèlement, beaucoup d'entre elles sont victimes de violences et de mauvais traitements.

Parmi ces travailleuses, beaucoup sont immigrées. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord par exemple, d'un quart à un tiers de la population immigrée travaillerait comme domestique. Selon le rapport d'ONU-Femmes, le fait d'être migrante, ou d'appartenir à une minorité ethnique, est source de discriminations pour ces employées : « elles sont souvent décrites comme attardées, sales ou porteuses de maladies, justifiant ainsi leur position subordonnée à leurs employeurs. »


Des femmes indispensables à la société

La situation précaire de ces femmes relève du paradoxe. Comme le rapport de l'ONU-Femmes le souligne, elles participent par leur travail à la croissance économique, permettent aux femmes d'affirmer leur place au travail, et fournissent des soins essentiels à des millions de personnes dépendantes...

En somme, commente Ai-jen Poo, la directrice de l'Alliance nationale des travailleur-se-s domestiques aux États-Unis, citée par le rapport, « le travail domestique rend tout le reste du travail possible. »
 

Les femmes domestiques s'organisent

Face à ces situations laborieuses, les domestiques s'organisent. Comme à New York, où un groupe d'employées philippines s'est réuni en 2000. Depuis, en « mobilisant les nourrices et les aides familiales dans les parcs, les rues et les églises », elles ont obtenu un législation parmi les plus progressistes du monde sur leur statut, selon le rapport.

Pour aller plus loin : lire notre dossier sur la mobilisation de domestiques et de femmes de chambre

Pour pousser les États à doter toutes ces femmes d'un salaire minimum légal et de droits, l'Organisation internationale du travail a adopté une convention sur ce sujet en 2011. Seuls dix-sept États l'ont ratifiée pour l'instant et, pour treize d'entre eux, l'ont déjà intégrée dans leur droit. Parmi les quatre autres, la Colombie doit la faire entrer en vigueur ce 9 mai 2015.

Pays ayant ratifié la convention de l'OIT sur le travail domestique :