Terriennes

Danser Nina Simone et marquer de ses pas son identité de femme noire

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©TV5monde/PascaleAchard/HervéLabourdette/AïnVaret

Elle s'appelle Antoinette Gomis. De son enfance en banlieue parisienne, elle se souvient des moqueries, parce que sa peau est "trop" foncée. Sur les mots chantés par Nina Simone, la danseuse et chorégraphe vient aujourd'hui exprimer à pores ouverts, seule en scène, son identité de femme noire.

dans
« She does not know / Her beauty / She thinks her brown body / Has no glory. / If she could dance / Naked, / Under palm trees / And see her image in the river / She would know, yes she would know. / But there are no palm trees / In the street, / No palm trees in the street / And dishwasher gives back no images »

«Elle ne sait pas / Qu'elle est belle / Elle pense que son corps brun / N'a rien de glorieux. / Si elle pouvait danser / nue, / Sous les palmiers / Et voir son image dans la rivière / Elle le saurait, oui elle le saurait. / Mais il n'y a pas de palmiers / Dans la rue, / Pas de palmiers dans la rue / Et l'eau des caniveaux ne renvoie pas d'images »

Nina Simone (1966)
©captured'écran/youtube
Dans la salle de la Maison des Métallos (Paris), s'élève la lente et guturale mélopée de Nina Simone, sur ce poème écrit par Waring Cuney.

Des gestes, des pas, des sauts, des silences, un regard, un souffle maitrisé... Et une peau, noire, cuirée, brillante ... Elle remplit l'espace, gonfle les coeurs. Sur scène, sortant de l'obscurité, s'avance en pleine lumière, Antoinette Gomis.

Majestueuse, primale, généreuse, on la dirait hors limite. Danseuse au sens premier, elle incarne. Car ce que l'on voit ici, bien plus qu'une simple chorégraphie ou succession de pas, c'est un discours, un cri, un combat, un "I have a dream". Entre douleur et semi-jouissance, sa performance s'inscrit totalement dans la lutte féministe pour la reconnaissance de la beauté noire dans la société des années 60.
 
T'es noire, t'es bleue ! Moi je rigolais mais ces critiques me touchaient vraiment.
"Cette chanson raconte un peu ma vie, de jeune banlieusarde, qui voyait pas trop la beauté dans sa couleur noire ébène. Souvent on me disait, 't'es noire, t'es bleue', moi je rigolais mais ces critiques me touchaient vraiment. J'ai réussi à m'accepter grâce à la danse. Ce spectacle m'aide à me dire : oui je suis noire et fière", confie-t-elle.

Entre hip-hop, free style, afro, danse traditionnelle de la Guinée Bissau où elle a ses racines, Antoinette Gomis fait aussi danser la langue des signes.

"Dans ce spectacle, je ne veux exclure personne. Je parle à toutes les femmes de tous les horizons, c'est un hommage à  la femme avant tout!", s'exclame la danseuse.

Danseuse et chorégraphe, Antoinette Gomis est une des références de la scène street-dance française. Elle a notamment collaboré pour la comédie musicale Kirikou, sous la direction de Wayne McGregor (2007) qui l’a conduit à New York. Elle a aussi dansé aux côtés de Madonna, travaillé en Italie avec le chorégraphe Bill Goodson (Michael Jackson, Diana Ross…) et incarné « Santa Cecilia » au Chiambretti Sunday à Milan.

En 2013, elle est élue par les internautes pour intégrer la team PUMA THE QUEST où elle assiste Salah Benlemqawanssa (Cirque du Soleil), chorégraphe du projet. Aujourd’hui, Antoinette Gomis continue d’enseigner à travers le monde et se lance dans un nouveau défi, celui de chorégraphier.

Son premier solo, IMAGES, naît tout d'abord sur internet. La vidéo fait le tour de la Toile, avant de faire le tour du monde cette fois, sur scène. A ne rater sous aucun prétexte.