De Dian Fossey à Elisabeth Nyirakaragire, protéger les gorilles pour soigner le monde

Elisabeth Nyirakaragire surveille chaque jour le parc pour repérer les gorilles souffrants
Elisabeth Nyirakaragire surveille chaque jour le parc pour repérer les gorilles souffrants

Elles ne se sont jamais rencontrées, mais leurs histoires sont liées de manière indissoluble sur les monts Virungas du Rwanda. De Dian Fossey à Elisabeth Nyirakaragire, il y a comme un passage de témoin virtuel entre femmes engagées dans la préservation des grands singes.  Chacune a joué un rôle déterminant et représente une phase précise dans la lutte pour la survie des derniers gorilles de montagne, et au delà dans l’émergence d’une économie durable, de programmes d’éducation spécialement destinés aux femmes ou aux filles.

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De Dian Fossey à Elisabeth Nyirakaragire, protéger les gorilles pour soigner le monde

Là où naquit le monde...

28.10.2013par Giordano Cossu, textes et photos
Cela fait précisément 50 ans que la Californienne Dian Fossey a atterri pour la première fois en Afrique, un voyage initiatique à l’occasion duquel elle noua les premiers contacts avec les gorilles de montagne, en Ouganda : le 16 octobre 1963 marque le début d’un parcours unique en tant qu’éthologue et d’une lutte en tant que défenseure de ces primates si peu connus. Quatre ans plus tard, en 1967, Dian Fossey installa au Rwanda, dans le Parc national des Volcans, le centre de recherche sur les gorilles de Karisoke, toujours actif.

A l'école des filles

C’est dans ces montagnes mêmes que Dian fut assassinée, en 1985. Deux ans plus tard, Elisabeth Nyirakaragire fit, à son tour, son entrée sur le Parc en tant que vétérinaire, première femme à y être employée. Aujourd’hui, Elisabeth est toujours là, toujours seule vétérinaire femme, et parcourt quotidiennement ces forêts pour y soigner les animaux qui l’habitent, en particulier les gorilles. En 30 ans, sous son influence discrète, la perception par la population de ces primates géants a profondément changé : les gorilles ne sont plus vus comme une menace mais comme une ressource.

Autour du Parc, elle a multiplié les projets culturels, sociaux et économiques, en particulier pour les femmes et les filles. Elle a incité d’autres Rwandaises à se mettre dans ses pas et à travailler dans et pour le Parc, y compris dans des activités jusque-là réservées aux hommes… Un modèle de conservation durable dont bénéficie le Rwanda tout entier.

Alphabétisation des populations locales, surtout des femmes
Alphabétisation des populations locales, surtout des femmes
Protéger les gorilles pour garantir la paix des hommes

Le Parc National des Volcans est une région de tous les confins : les majestueux sommets de la chaîne des Virungas séparent le Rwanda de l’Ouganda et de la République démocratique du Congo. Les gorilles, habitants les plus précieux du Parc, eux se jouent des frontières, même s’ils se rassemblent en groupes de 10 à 40 individus, attachés en principe à un territoire précis.

Aujourd’hui, grâce à l’effort de protection, le nombre de gorilles au Rwanda est en hausse, mais les menaces planent toujours sur ces primates en voie de disparition : l’instabilité à l’oeuvre dans la voisine RDC, par exemple, avec des groupes rebelles qui occupent le côté congolais des montagnes, complique considérablement le travail pour préserver les gorilles de cette région.

Gorilla Organization, Dian Fossey Gorilla Fund, Gorilla doctors, les organisations se multiplient, et c’est tant mieux : la protection des gorilles passe certes aussi par l’engagement international. Mais c’est en impliquant les communautés locales dans l’effort de conservation que les résultats seront visibles et bénéfiques à long terme. La Gorilla Organization, par exemple, soutient des projets d’intervention et de développement des populations avoisinant le Parc. « Afin que le habitants de ces montagnes n’aient pas besoin d’entrer dans le Parc pour chercher de l’eau, du bois ou de quoi manger, et donc conserver l’habitat du gorille, il faut créer d’autres possibilités pour la population » affirme Emmanuel Bugingo, Directeur du Programme de Conservation de cette organisation.

L'un des gorilles paisibles du grand parc...
L'un des gorilles paisibles du grand parc...
Le tourisme, une manne aux deux faces de Janus

Education, sensibilisation au respect de l’habitat, filières d'emploi alternatives à celle de l'agriculture traditionnelle, mais aussi partage des bénéfices du tourisme, la visite des gorilles est aujourd’hui l’activité touristique la plus rentable du pays.

En 2012, presque 30,000 visiteurs sont venus au Parc National des Virungas, environ 30% des touristes au Rwanda. Et pour au moins 20 000 d’entre eux, la raison principale de leur voyage est la rencontre avec les gorilles. Une activité très chère car chaque visiteur doit débourser 750 dollars pour obtenir le permis d’entrer dans la forêt et les approcher, uniquement s’ils sont accompagnés et après avoir appris quelques règles comportementales à respecter en face de ces animaux aussi puissants que fragiles. « Ce sont les infections respiratoires la plus grave menace pour les gorilles », confirme Elisabeth Nyirakaragire, d’où les nombreuses précautions prises pour éviter la transmission de maladies.

Le nombre des visiteurs ne cesse d’augmenter et les permis alloués par jour ne suffisent plus à satisfaire la demande. Une stratégie touristique a alors été mise en place par le Rwanda Development Board pour limiter le nombre des touristes et réduire leur impact sur l’environnement, tout en maintenant voire encourageant l’activité locale. 5% des revenus du Parc sont ainsi directement alloués à des projets communautaires de développement dans la province : écoles (en particulier pour les filles, mais aussi pour leurs mères), routes, infrastructures, etc.

Dian Fossey avec ses gorilles, dans ce même parc qu'arpente aujourd'hui Elisabeth Nyirakaragire... photo Dian Fossey Gorilla Fund
Dian Fossey avec ses gorilles, dans ce même parc qu'arpente aujourd'hui Elisabeth Nyirakaragire... photo Dian Fossey Gorilla Fund

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Journaliste et documentariste italien, Giordano Cossu, auteur du reportage présent, se consacre depuis 2009 à des sujets sociaux et de développement.