De la maison au parking, l’Allemagne prend des mesures controversées

En Allemagne, des places de parking sont réservées exclusivement aux femmes à l'aéroport de Francfort.
En Allemagne, des places de parking sont réservées exclusivement aux femmes à l'aéroport de Francfort.
©Capture d'écran d'une vidéo youtube.

A l’aéroport de Francfort, des places de parking roses et plus larges sont réservées aux femmes. Dans tout le pays, une « prime aux fourneaux » devait inciter les parents à garder leurs enfants à la maison. Mais elle a finalement été jugée inconstitutionnelle. Ces mesures, jugées sexistes, soulèvent désaccords et critiques dans le pays.

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« Kinder, kirche, küche » (Enfant, église, cuisine). Ce slogan censé définir le rôle de la femme sous le Troisième Reich serait-il aujourd’hui ravivé par certaines mesures (sexistes ?) allemandes.

Ces derniers jours, médias et réseaux sociaux ont relayé des images surprenantes du parking de l’aéroport de Francfort, l'un des plus grands d'Europe. Parmi les 14 000 places de stationnement proposées aux voyageurs, certaines sont réservées…aux femmes.

Le site internet de l’aéroport en fait une publicité ravageuse :

« <em>Rapide, sécurisé et pratique, de votre parking au terminal.<br />
Plus grande, plus jolie et à proximité des terminaux. C’est notre offre de stationnement exclusive à l’aéroport de Francfort, réservées aux femmes. Avec de nouvelles zones de parking au design particulier qui ont un code couleur et sont faciles à trouver. </em>»
« Rapide, sécurisé et pratique, de votre parking au terminal.
Plus grande, plus jolie et à proximité des terminaux. C’est notre offre de stationnement exclusive à l’aéroport de Francfort, réservées aux femmes. Avec de nouvelles zones de parking au design particulier qui ont un code couleur et sont faciles à trouver. 
»
©Capture d'écran du site internet de l'aéroport de Francfort

Un parking rose princesse

Ces places, en effet, ne passent pas inaperçues dans les allées du parking. Peints en rose princesse, les emplacements sont plus large, à l’image de ceux réservés aux véhicules des personnes handicapées.  

Pour la porte-parole de l’aéroport, pas question de renforcer les stéréotypes ou de parler de mesure sexiste envers des femmes qui conduiraient moins bien que les hommes et auraient donc besoin de plus de place que les hommes pour se garer. Ou pour faire descendre poussettes et bambins de voiture. Tant pis donc pour les pères de famille qui peuvent passer leur chemin…

Une porte-parole de l’aéroport assure que ces places répondent bien à un plus grand souci de sécurité pour les femmes car ces stationnements se trouvent dans « des zones mieux éclairées, plus proches des sorties vers les terminaux et bénéficient d’une surveillance vidéo renforcée », précise une porte-parole au site allemand The Local.

Elle ajoute que l’aéroport n’a fait que se conformer à une réglementation allemande sur le stationnement qui diffère en fonction des Länder (les Etats constituant la Fédération). Et qui n’est pas nouvelle. En 2013, une internaute avait d’ailleurs filmé ces emplacements atypiques.
 

Question de sécurité ?

Dans les années 1990, le pays se dote, en effet, d’une loi imposant des quotas de stationnements réservés aux femmes (“Frauenparkplätze”)  pour les rassurer sur leur sécurité. Ainsi, dans le Land de Brandebourg 30% de places doivent être destinées à la gent féminine contre 5% dans le Land de Hesse où se trouve Francfort. La porte-parole de l’aéroport de Francfort assure à The Local « avoir largement rempli ce quota ».

Libre aux femmes ensuite de choisir ces emplacements… ou pas, sans encourir (heureusement !) de sanction.

Ressortie récemment dans les médias, cette mesure a soulevé colère et incompréhension de nombreux internautes ainsi que de Geraldine Herbert, rédactrice en chef d’un magazine de voiture à destination des femmes intitulé Wheels for Women « C’est très condescendant pour les femmes d’être ainsi mises de côté », raconte-t-elle au site The Local.  

Les emplacements de parking réservés aux femme en Allemagne sont la cible de nombreuses critiques : "sexistes", "condescendants"...
Les emplacements de parking réservés aux femme en Allemagne sont la cible de nombreuses critiques : "sexistes", "condescendants"...
©Thinkstock/Siri Stafford

Pour se moquer de cette réglementation - et faire de la publicité pour sa ville - le maire de Triberg ,dans le sud ouest du pays, a décidé de réserver deux places... pour les hommes dans l’un de ses parkings. Des stationnements de choix coincés entre un mur et un poteau avec l’assurance d’un créneau à multiples manoeuvres. « Certaines femmes viennent tout de même se garer sur les emplacements réservés aux hommes par défi », expliquait en 2012 le maire, Gallus Strobel, au magazine allemand Der Spiegel.

Mais ces places réservées aux femmes ne sont, cependant pas l’apanage de l’Allemagne. Comme l’explique le journal Libération dans l’un de ses articles, la Chine ou encore le Luxembourg ont aussi leur stationnement pour femmes… toujours roses.

Cette mesure renforce une fois encore l’idée que les femmes, plus que les hommes, se sentent plus facilement en danger dans un espace public qu’elles n’ont de cesse de se réapproprier. Et accentue le cliché de femmes au volant indécises ou mauvaises conductrices alors que c'est tout le contraire. Les compagnies d'assurance le savent bien qui proposent des tarifs préférentiels aux femmes, au grand dam de certains hommes qui ont attaqué cette disposition au nom de la lutte contre... les discriminations sexuelles !

> Lire notre article sur Paris appartient-elle aux hommes ?

« Prime aux fourneaux »


Outre la dimension sexiste de cette réglementation, elle renvoie aussi les femmes à leur statut de mère de famille tout comme une autre loi allemande finalement jugée inconstitutionnelle, le 21 juillet 2015, par la Cour constitutionnelle de Karlsruhe.

Il s’agit de la « prime aux fourneaux ». Cette dénomination, aux accents archaïques et utilisée par les détracteurs de la loi, recouvre en fait une prime de 150 euros (par mois et par enfant) attribuée aux familles qui choisissent de garder leur progéniture de moins de 3 ans chez elles, au lieu de les mettre en crèche.

Cette loi en vigueur depuis 2013 a été imposée à la chancelière Angela Merkel par son partenaire de coalition conservateur, l’Union sociale chrétienne bavaroise (CSU) qui ne voulait pas que les parents ayant leur enfant à la maison soient désavantagés par rapport aux autres bénéficiant d’une place en crèche.

Selon les détracteurs de la "prime aux fourneaux", elle pousserait les femmes à rester chez elle et à les éloigner d'un marché du travail en manque de main d'oeuvre.
Selon les détracteurs de la "prime aux fourneaux", elle pousserait les femmes à rester chez elle et à les éloigner d'un marché du travail en manque de main d'oeuvre.
©Thinkstock/Darrin Klimek


Alors que l’Allemagne voit sa population vieillir et appelle à un regain de natalité, le pays fait face à une pénurie de places en garderie collective. En 2013, seulement un tiers des enfants entre 1 et 2 ans, et un peu plus de la moitié des 2-3 ans avaient une place en crèche, selon l’Office allemand des statistiques.  

Femme au foyer

En finançant cette prime, dont le coût annuel était estimé à 1,2 milliard par an, il est aussi plus difficile pour les Länder de développer leurs infrastructures de garde collective. Et donc d’accueillir plus d’enfants.

C’est pourquoi les opposants reprochaient à cette « prime aux fourneaux » de cantonner un peu plus les femmes au foyer, là où elles assurent encore très souvent la garde des enfants. Quant au milieu économique, il considérait qu’elle freinait aussi le retour des femmes sur le marché du travail allemand pourtant en manque de main d’oeuvre.

Pour compenser cette mesure à laquelle Angela Merkel était opposée, la chancelière a fait passer une loi le 1er août 2013 sur le « droit à l’obtention d’une place en crèche » pour les enfants entre 1 à 3 ans. Mais suffira-t-elle à laisser le choix aux Allemandes et à leur conjoint ?