De quoi la gouvernance des femmes est-elle le nom ?

Le sommet s'est ouvert par une conférence de presse en présence de Nguyen Thi Doan, Irène Natividad et Najat Vallaud Belkacem. ©TV5MONDE.
Le sommet s'est ouvert par une conférence de presse en présence de Nguyen Thi Doan, Irène Natividad et Najat Vallaud Belkacem. ©TV5MONDE.

Le Sommet mondial des femmes, Global Summit of Women, avait choisi Paris, après Kuala Lumpur en Malaisie, pour sa 24ème édition. Forum mondial des femmes francophones, Women's Forum de Deauville, Réseau francophone pour l'égalité, ces rencontres et mise en réseau de dirigeantes politiques et économiques se multiplient à travers le monde. Leur but : pousser les femmes vers les hautes sphères du pouvoir, et valoriser une gouvernance féminine pour redessiner le monde sans le révolutionner. Les Terriennes étaient partenaires de l'événement 2014.

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Dans la matinée de ce jeudi 5 juin, date d'ouverture du 24e Global Summit of Women (Sommet mondial des femmes) à Paris, les 36 ministres, toutes des femmes, présentes ont échangé sur leur manière de promouvoir l'égalité hommes-femmes au sein des entreprises. "La France parie beaucoup sur la force des lois, mais d'autres n'y croient pas du tout", relate Najat Vallaud-Belkacem, ministre française des Droits des femmes, à l'issue de cette réunion. 

Parmi les lois, il y a celle du nombre de sièges féminins dans les instances dirigeantes des grandes entreprises. Tout au long de la journée et des rencontres, les intervenant(e)s ont insisté sur la nécessité de le renforcer. La France, pays hôte de l'événement, s'est donné pour objectif d'atteindre 40% de femmes dans ces hautes sphères d'ici à 2017. "Aujourd'hui, on dépasse les 30%", insiste la ministre française. Le Maroc aussi est passé par la loi. Bassima Hakkaoui, ministre de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social rappelle que son pays a mis en place "un plan gouvernemental pour l'égalitédans lequel tous les secteurs gouvernementaux s'impliquent. Avant, c'était juste l'affaire du ministère des Femmes.

Parmi les 1 200 invitées du sommet, Shahindokht Molaverdi, vice-présidente iranienne pour les Femmes et les Affaires familiales, insiste sur l'objectif de la conférence : "faire comprendre la nécessité de la participation des femmes dans les secteurs public et privé. Mais cela ne signifie pas que la participation des Iraniennes soit réelle." Tout tient en un chiffre : "Les femmes représentent 50% de la population et donc de la force de travail. C'est un capital précieux. Si l'on n'inclut pas les femmes, on réduit de moitié nos capacités vers le progrès. C'est comme un oiseau qui vole avec une seule aile".

Muriel de Saint Sauveur : “Les quotas, on est intellectuellement forcément contre, et pratiquement forcément pour“

05.06.2014propos recueillis par Mylène Girardeau
"Les hommes qui étaient autrefois seuls à gérer les entreprises, doivent aujourd'hui partager cette activité", une vraie révolution culturelle pour Muriel de Saint Sauveur, directrice de l’Agence Internationale Marketing et Communication, directrice de la Diversité du Groupe Mazars, et intervenante au Global Summit of Women. En 2011, elle avait publié un livre intitulé « Un monde au féminin serait-il meilleur ? » (éditions de l'Archipel). Sa conclusion ? Une gouvernance des femmes n'est pas forcément différente de celle des hommes dans les hyper entreprises.
Muriel de Saint Sauveur : “Les quotas, on est intellectuellement forcément contre, et pratiquement forcément pour“

Les PME, une solution pour les femmes ?

Dès qu'elle le peut, Neila Chaabane, secrétaire d'Etat tunisienne pour la Femme et la Famille se pare d'un bijou tunisien. Ce jeudi 5 juin, elle est venue avec un collier à motifs géométriques, "pour promouvoir cet artisanat féminin de mon pays".

En Tunisie, 56% des titulaires de doctorat sont des filles. Pourtant le taux de chômage des jeunes femmes diplômées est le double de celui des hommes. Leur embauche dans la fonction publique n'est pas une solution, puisque ce secteur a de moins en moins de postes à offrir, souligne la secrétaire d'Etat. Pour elles, "la seule issue est le secteur privé et la création de leur propre entreprise" assure-t-elle rappelant que les femmes ne représentent que 25% de la population active.

Neila Chaabane, secrétaire d'Etat tunisienne pour la Femme et la Famille. ©TV5MONDE.
Neila Chaabane, secrétaire d'Etat tunisienne pour la Femme et la Famille. ©TV5MONDE.
Mais là encore, les Tunisiennes se heurtent à des obstacles dans la création de leurs PME. Les banques sont réticentes à leur prêter de l'argent. Et une fois les entreprises créées, l'accès au marché est difficile. "Elles ont intérêt à se mettre en consortium ou en sociétés mutuelles afin d'avoir plus de poids, mais aussi pour accéder aux matières premières à un prix plus compétitif", explique la femme politique. D'autres ont aussi trouvé comme alternative, la création de sites marchands. Mais la Tunisie connaît une situation économique encore difficile suite aux désordres politiques liés à la révolution, nuance-t-elle. Et les femmes sont bien sûr les plus touchées. 

Reste que pour Arancha Gonzalez, directrice exécutive du Centre de commerce international, les femmes et les PME sont, par la force des choses, une nécessité. "D'ici à 2030 il va falloir créer 500 millions d'emplois. Ils le seront par les PME, qui restent le grand plus levier inexploité pour générer des emplois. Et, dans le monde, 40 à 50% des PME sont dirigées par des femmes."

Valérie Rocoplan : “En entreprise, les femmes se piègent aussi elles-mêmes“

04.06.2014JT TV5MONDE présenté par David Delos
Valérie Rocoplan, auteure de Oser être la chef, éditions Leduc, et créatrice/dirigeante de l'entreprise Talentis (coaching) rappelle qu'il est difficile de s'affirmer dirigeant-e et femme, ce qui justifie ces rencontres au sommet de femmes pour leur permettre d'avancer alors que seulement 10% des entreprises sont dirigées par des femmes.
Valérie Rocoplan : “En entreprise, les femmes se piègent aussi elles-mêmes“

Anta Sarr : “Notre plus par rapport aux hommes“

Pour la ministre sénégalaise de la Femme, de la Famille et de l'Enfance, les femmes gouvernantes ont "un plus" par rapport à leurs homologues masculins.

C'était l'autre aspect à l'ordre du jour de ce sommet mondial des femmes 2012, les changements que l'entrée des femmes en politique peuvent générer par une autre façon de gouverner, une différence que ne renie pas cette responsable sénégalaise.

Anta Sarr, ministre des Femmes, de la Famille et de la Jeunesse du Sénégal. ©TV5MONDE
Anta Sarr, ministre des Femmes, de la Famille et de la Jeunesse du Sénégal. ©TV5MONDE
"Nous, les femmes, nous avons déjà acquis certaines qualités en tant que mères et noyau de la famille. Les hommes, souvent, ne connaissent pas les réalités qui existent en son sein. C'est la mère qui est femme, éducatrice, formatrice, qui encadre ses enfants. Les femmes connaissent mieux que les hommes la société. Sur le plan politique, c'est un plus pour nous. Au Sénégal, les élections locales sont très proches. Je suis candidate, je compte relever ce défi, pour qu'il y ait beaucoup plus de femmes maires."

Hyacinthe Wodobodé et Anne Hidalgo : “Les femmes qui gouvernent des villes sont plus des faiseuses que des parleuses“

05.06.2014propos recueillis par Mylène Girardeau
A la veille de l'ouverture du Global Summit of Women, Hyacinthe Wodobodé, maire de Bangui, capitale de la Centrafrique, qui a succédé à une autre femme, Catherine Samba-Panza aujourd'hui présidente du pays, était reçue à Paris par Anne Hidalgo élue à la tête de la capitale française en mars 2014. La gouvernance des villes au féminin, thème majeur du GSWFrance 2014. Les deux responsables politiques estiment que dans les villes gouvernées par des femmes, une attention plus importante, par exemple, est portée à la lutte contre la pauvreté. "Les mairesses seraient plus des faiseuses que des parleuses."
Hyacinthe Wodobodé et Anne Hidalgo : “Les femmes qui gouvernent des villes sont plus des faiseuses que des parleuses“