Terriennes

Décès d'Anne Golon, mère d'une Angélique "personnage de combat"

©anngolon-angelique.com

Angélique fut une star de la littérature et du cinéma des années 1960, et l'une des plus belles réussites éditoriales de tous les temps. L'auteure de cette série, Anne Golon, est morte ce 14 juillet 2017 à l'âge de 95 ans. Elle n'avait cessé de défendre son héroïne "ni niaise, ni pute" contre vents et marées.

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Elle avait la combativité de sa célèbre héroïne et était d'une génération où l'on n'aimait guère se dire féministe, mais où on l'exprimait volontiers par le truchement d'héroïnes futées, intrépides, cruelles...

Toujours est-il que, voici quelques semaines encore, à 95 ans, celle qui avait pour nom de plume Anne Golon donnait encore des interviews. C'est en lisant Autant en emporte le vent, de Margaret Mitchell, expliquait-elle, qu'elle avait eu l'idée du personnage d'Angélique : "Elle prouvait qu'une femme pouvait rendre l'Histoire intéressante, autour d'une héroïne de caractère", disait celle qui publiait son premier roman à 22 ans.

Réécrire Angélique bafouée

Fille d'un noble désargenté du Poitou, Angélique, à 17 ans, est mariée contre son gré au comte Joffrey de Peyrac, un seigneur beaucoup plus âgé, balafré et boiteux, mais aussi très riche. Après qu'elle se soit refusée à lui, il parvient peu à peu à amadouer l'insoumise et même à se faire aimer. Ce couple improbable – un peu comme celui que formait la romancière et son mari - va se perdre souvent mais toujours se retrouver au fil des 13 épisodes, sans doute une des clés du succès.

A la fois cruelle et sentimentale, l'épopée d'Angélique a marqué des générations de lecteurs et spectateurs. Traduite dans une trentaine de langue, elle s'est vendue à une centaine de millions d'exemplaires entre 1957 et 1985, de la Russie au Japon. Un succès à la Alexandre Dumas, mais au goût amer pour ce petit bout de femme coiffée à la Jeanne d'Arc. S'estimant spoliée par ses éditeurs, elle engage, dans les années 1990, des poursuites judiciaires qui n'aboutissent qu'après de longues années.

Dans l'édition espagnole (à gauche), une Angélique au décolleté vertigineux devient "esclave de la passion". En France, les Angélique sont parus en édition de poche chez J'ai Lu.
Dans l'édition espagnole (à gauche), une Angélique au décolleté vertigineux devient "esclave de la passion". En France, les Angélique sont parus en édition de poche chez J'ai Lu.


Les droits d’auteurs qu’Hachette lui versait lui semblaient dérisoires au regard des ventes. En outre, elle s'était aperçue qu'à l'étranger, ses textes étaient parfois modifiés, voire assaisonnés de "pornographie". "J'ai été un auteur assassiné (...). Angélique est un personnage de combat et moi je me sens prête à rejouer David contre Goliath", disait-elle lors d'un des procès.

Angélique est une femme luttant pour sa liberté, pas la "petite putain", la "niaise" qu'en a fait le cinéma des années 1960.

Anne Golon


Elle obtient finalement gain de cause en 2006. Malgré sa précarité et une santé éprouvée par le bras de fer judiciaire, Anne Golon entreprend de réécrire la totalité de son œuvre malmenée par des coupes et des changements arbitraires.

La version définitive de la série, qui sort en 2009, fait d'Angélique une femme luttant pour sa liberté, et non pas la "petite putain", la "niaise" qu'en avait fait, selon elle, le cinéma des années 1960.

Sur grand écran, l'intrépide jeune femme était incarnée par Michèle Mercier et le comte par Robert Hossein dans les cinq "Angélique" tournés entre 1964 et 1968 - et qu'Anne Golon qualifiait de "misogynes". 

https://youtu.be/lxwSwLlbFQc

Femme, auteure

Simone Changeux de son vrai nom naît le 17 décembre 1921 à Toulon. Fille d'un officier de marine, elle adore, toute jeune, écrire et lire des livres d'histoire. En 1943, elle publie un premier roman Au pays de derrière mes yeux. Sous le pseudonyme de Joëlle Danterne, elle sera l’une des très rares auteures de la collection Signe de piste, dont elle obtiendra un prix. Après la guerre, elle crée une revue et écrit pour le cinéma.

Reporter au Congo en 1947, elle s'éprend de Vsevolod Sergeïvich de Goloubinoff, un homme peu banal, plus âgé qu’elle, comme le Joffrey de Peyrac du roman, et qui sera le père de ses quatre enfants. Parlant onze langues, cultivé, ce géologue et chimiste de renom prospecte des mines d'or en Asie et en Afrique. 

Anne et Serge Golon en 1966

De retour en France, tous deux travaillent à des récits historiques vendus au Parisien Libéré et se lancent dans la rédaction de l’épopée populaire "Angélique". Elle écrit, tandis que lui assure les recherches. Golon est leur nom de plume.

Oeuvre initiatique

Angélique, marquise des Anges paraît d'abord en Allemagne en 1956, puis en France un an plus tard. L’accueil de la critique est mitigé. Auprès du public, le succès est immédiat. Le mythe d'Angélique s'installe, venant après l'engouement pour la Caroline Chérie de Cécil Saint Laurent. "Sous couvert de roman d'aventure, la saga est une œuvre initiatique, parlant de liberté de foi, de vie, combattant de bout en bout le fanatisme religieux", dit aujourd'hui Nadine Goloubinoff, la fille du couple.

Après la mort de son mari, en 1972, Anne poursuit la série jusqu’en 1985. Angélique, c'est en tout 13 livres, 5 films, et une myriade d'adaptations sous forme de comédie musicale, opéra et même manga.