Décès de Danielle Mitterrand

Danielle Mitterrand
Danielle Mitterrand
©AFP

Danielle Mitterrand, veuve de François, ancien chef d'État socialiste de la France, est décédée ce mardi 22 novembre. Militante pour les droits humains par le biais de la fondation France Libertés, elle avait parfois suscité la polémique en rencontrant des personnalités comme le Dalaï Lama ou Fidel Castro. Elle avait été placée en coma artificiel le dimanche 20 novembre. Elle s'est éteinte à 2 heures du matin, heure de Paris.

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Danielle Mitterrand, morte dans la nuit de lundi à mardi à 87 ans, ne s'est jamais contentée d'être "femme de": elle a été toute sa vie une militante de gauche, fière de ses indignations, têtue et parfois candide.


"Elle est décédée à deux heures du matin à l'hôpital Georges-Pompidou", a déclaré une source médicale. Lundi soir, un proche de la famille avait indiqué que la présidente de France Libertés, hospitalisée depuis vendredi et placée dimanche en coma artificiel, était dans un état "stationnaire".


Le porte-parole du PS, Benoît Hamon, avait exprimé lundi "une pensée très forte" pour elle, espérant qu'elle serait "réveillée dans la journée" et "reviendrait parmi nous très vite pour militer".


Mme Mitterrand avait déjà été admise à l'hôpital Georges-Pompidou en septembre pour une insuffisance respiratoire. Elle avait néanmoins participé le 21 octobre à l'anniversaire des 25 ans de France Libertés-Fondation Danielle Mitterrand. Ce jour-là, "elle était fatiguée, mais très présente" intellectuellement, a témoigné auprès de l'AFP Me William Bourdon, avocat et membre du conseil d'administration de l'association.


Fidèle à ses idéaux et à François Mitterrand, qui la considérait comme sa "conscience de gauche", la veuve de l'ancien président (1916-1996) a inlassablement multiplié les actions humanitaires à la tête de la fondation "France-Libertés", qu'elle présidait depuis sa création en 1986.


Dans sa dernière interview à l'AFP en octobre, elle confiait que "les résultats de France Libertés n'ont pas toujours été à la hauteur de ce qu'on espérait", "mais dans l'ensemble on a eu de belles réussites", citant "tout le travail fait sur l'appartheid ou pour les kurdes". "L'objectif est clair: un monde plus juste", a-t-elle répété, à l'occasion du 25e anniversaire de l'association, qui se concentre depuis une quinzaine d'années sur l'accès à l'eau.

ELYSÉE 81 : DANIELLE MITTERRAND
IT1 20H - 20/04/1981 - 02min22s


Danielle Mitterrand et son mari, François
Danielle Mitterrand et son mari, François
©AFP
"Tatie Danielle", comme on la surnommait parfois, a vécu jusqu'au bout au domicile conjugal de la rue de Bièvre (Ve arrondissement de Paris) et a toujours porté l'alliance. Elle ressemblait à une enfant qui se serait ridée et qui continuait à rêver à un monde meilleur.


Cette petite femme qui détestait parler de sa vie privée, aux yeux de chat et au sourire tendre, était habillée sans effets, hormis ce pendentif en or, emblème de la présidence mitterrandienne, représentant un chêne et un olivier, qu'elle quittait rarement. Si elle ne donnait pas l'image d'une passionaria, sa vie de combats attestait de son fort caractère, de son inlassable énergie, de son refus des compromis. "Ma qualité d'épouse du président m'a placée au carrefour d'appels innombrables d'hommes et de femmes opprimés", expliquait cette avocate convaincue de "l'ingérence humanitaire".


Elle s'est battue en faveur des déshérités du monde entier, notamment pour enrayer la progression du sida, défendre la cause kurde (un des grands combats de sa vie) ou le partage plus équitable de l'eau sur la planète. Ses initiatives, qui ont parfois placé le quai d'Orsay en porte-à-faux, ont été critiquées par des gouvernements étrangers peu enclins à faire le distinguo entre l'épouse du président et la militante.


En 1989, elle mécontente la Chine en recevant, au siège de sa Fondation, le dalaï-lama, chef spirituel des Tibétains, combattu par Pékin. En 1990, elle renonce à se rendre dans les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf en Algérie, à la suite des protestations du Maroc. L'Afrique du Sud, l'Argentine ou la Turquie se plaignent aussi de ses prises de position. Elle restera dans les mémoires pour avoir embrassé Fidel Castro sur les marches de l'Elysée lors de la visite du chef de l'Etat cubain en 1995, provoquant une vague d'indignation. "Quoi qu'on dise, Fidel reste le leader de la révolution voulue par un peuple qui s'est en cela affranchi d'un dictateur", estimait-elle sans se démonter.
Née le 29 octobre 1924 à Verdun (Meuse) dans une famille ancrée à gauche, elle rejoint le maquis à 17 ans et sera l'une des plus jeunes médaillées de la Résistance. A Cluny (Saône-et-Loire), où se sont réfugiés ses parents, elle rencontre le capitaine "Morland", alias François Mitterrand, recherché par la Gestapo. Elle l'épouse à Paris en octobre 1944.
Mère de trois garçons (Pascal décédé à l'âge de deux mois, Gilbert et Jean-Christophe, qu'elle a toujours soutenu dans ses démêlés judiciaires), elle avait ému en serrant dans ses bras Mazarine, la fille longtemps cachée de François Mitterrand, lors des obsèques du président à Jarnac en 1996.


Depuis, elle ne ménageait son temps ni pour continuer à militer ni pour honorer la mémoire du président. Car sa santé fragile ne l'empêchait pas d'être active : "Cela me maintient éveillée. A partir d'un certain âge, on s'endort. Moi, je n'ai pas envie de mourir à petit feu". Ces dernières années, elle s'était éloignée du PS. "Mon choix de société n'est plus celui du Parti socialiste, puisqu'ils se sont beaucoup rapprochés du système dans lequel on vit. Peut-être veulent-ils l'amender, mais moi je veux en sortir", disait-elle en 2007, dévorant sur le tard les livres d'économie, au détriment de son auteur de chevet, Gabriel Garcia Marquez. Elle avait alors soutenu Ségolène Royal à la présidentielle. Elle était la soeur de la productrice Christine Gouze-Rénal, décédée en 2002 et qui fut l'épouse de l'acteur Roger Hanin.


MADAME MITTERRAND À L'ELYSÉE
Vendredi - 10/05/1985 - 02min11s
France 3


Biographie de Danielle Mitterrand (cliquez pour agrandir)