A défaut d'être salariées, les Allemandes s'auto-emploient

Travailleuses allemandes sur une chaine automobile - photo AFP
Travailleuses allemandes sur une chaine automobile - photo AFP

Les femmes sont à l'origine de près de 40% des sociétés créées ces dernières années en Allemagne. Et la révolution culturelle devrait se poursuivre !

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C'était une première : un « start-up weekend » dédié spécialement aux femmes s'est tenu à la mi septembre à Stuttgart, en Allemagne. Les organisateurs avouent sur leur site web que ces événements - ouverts à tous et à toutes, évidemment - et qui ont lieu régulièrement dans le pays depuis quelques années, attirent généralement 80% d'hommes. Les femmes se sentent-elles intimidées ? Exclues, même ? En tout cas, il fallait réagir, en proposant un weekend spécial « entrepreneures ». C'est fait ! D'autant que les Allemandes semblent de plus en plus intéressées par l'auto-entrepreneuriat..  


Il faut dire que le monde des affaires traditionnel, très conservateur outre-Rhin, ne les accueille pas franchement à bras ouvert. Si, en raison d'un faible taux de chômage (5%, contre près du double pour la France), elles sont 72,4% à participer au marché du travail, contre 67% des Françaises (selon les dernières statistiques de l'OCDE), elles le font souvent à temps partiel. Sans oublier le problème culturel du manque de reconnaissance de leurs qualités.

Pas étonnant dans ces conditions que le fossé salarial soit de 22,4%, contre seulement 14,8% pour les Françaises. Enfin, alors que les grandes entreprises françaises affichent désormais, en fonction du nouveau cadre légal, près de 30% de femmes dans leur conseil d'administration, les sociétés allemandes de même taille ne sont soumises à aucune réglementation dans ce domaine. Résultat, elles ne comptent qu'environ 22% d'administratrices. Malmenées sur le marché de l'emploi, en quête de promotion qui n'arrive jamais, les Allemandes sont donc de plus en plus nombreuses à vouloir s'auto-employer. 

Selon les dernières statistiques du ministère de l'Economie allemand, elles ont ainsi été responsables de la création de 39% des 775 000 nouvelles sociétés lancées en 2012. Une proportion moindre que pour les hommes, certes, mais le ministère a bien compris, à l'image des « start-up weekends », l'intérêt de faciliter cette nouvelle participation des femmes à l'économie.

Pourquoi, en effet, alors que la génération des baby boomers part en retraite, se priver de ces talents ? D'autant que selon un rapport de Dow Jones (Women at the Wheel), les petites sociétés dirigées par des femmes affichent 10% de succès en plus que la moyenne... 

Du coup, le ministère de l'Economie allemand essaie d'améliorer les réseaux de communication entre femmes, d'accroître pour elles les possibilités de recevoir des conseils et surtout, de lever des fonds, même si certaines, les plus jeunes en particulier, ont recours au financement participatif et y connaissent un franc succès, comme cette fleuriste qui a collecté, en 90 minutes seulement, quelque 130 000 euros pour lancer sa société, « Bloomy Days », en 2012. Aujourd'hui, « Bloomy Days » emploie 15 personnes à plein temps pour envoyer des fleurs à travers toute l'Allemagne. 


A mesure que les succès féminins se multiplient en Allemagne, les observateurs espèrent voir encore plus de femmes, notamment des jeunes, soucieuses de s'épanouir dans leur travail, opter pour l'auto-entreprise. Certains experts vont même jusqu'à dire que les femmes vont révolutionner la notion entrepreneuriat dans les années qui viennent en Allemagne ! 


Le chemin, cependant, est encore long. Selon le rapport 2012 de Telefónica Digital et Startup Genome, seules 3% des start-up de Berlin, ville spécialisée il est vrai dans la tech, qui n'est pas le terrain de jeu favori des femmes, sont lancées par des entrepreneuses...


Lysiane J.Baudu

Ancienne grand reporter à La Tribune, Lysiane J. Baudu a rencontré, pendant ses 20 ans de journalisme international, des femmes du monde entier. 
 
Ces "rencontres" feront l'objet de billets, qui lui permettront de faire partager ses impressions, ses analyses, son ressenti au contact de ces femmes, dont l'action professionnelle fait sens pour toutes les autres, de même que pour la société.