Derrière le voile, les Emiriennes se dévoilent

La ministre du Commerce extérieur, Lubna Khalid Al Qasimi, lors d'un discours au Forum économique mondial du Moyen-Orient en 2009 - Wikicommons Copyright World Economic Forum. /Photo by Nader Daoud
La ministre du Commerce extérieur, Lubna Khalid Al Qasimi, lors d'un discours au Forum économique mondial du Moyen-Orient en 2009 - Wikicommons Copyright World Economic Forum. /Photo by Nader Daoud

Elles sont devenues ministres, médecins, juges, ingénieures… Les femmes des Emirats Arabes Unis ont pris leur autonomie, depuis la création du pays en 1971. A l’image de Mariam Al Mansouri, 35 ans, première femme pilote, qui dirige depuis septembre dernier des attaques aériennes contre le groupe Etat islamique. Kyra Dupont, journaliste franco-suisse basée à Dubaï, a enquêté sur les Emiriennes. Dans son livre « Perles des Emirats : qui sont vraiment ces femmes derrière le voile ? », l’auteure raconte 30 ans d’évolution.

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72% d’étudiantes dans les universités, dont 70% qui choisissent la voie des mathématiques, de l’ingénierie, des sciences ou de la technique. 22,5% d’Emiriennes présentes au Conseil national fédéral (sorte de Parlement). 
Les chiffres sont plutôt bons pour les femmes aux Emirats Arabes Unis, dans une société patriarcale où la loi islamique prévaut. 
Et contrairement au Yémen ou à l’Arabie Saoudite, les femmes ont le droit de conduire et ne sont pas obligées par la loi de porter le voile, rappelle Kyra Dupont dans son livre: "Perles des Emirats: qui sont ces femmes derrière le voile?". Leur voile et l’abaya (longue robe noire), sont d’ailleurs pour elles, un moyen de « mettre en scène leur identité émirienne », « de se faire reconnaître dans l’espace public », dans une population composée à 85% d’étrangers.  

Entretiens sans tabous

Dans son livre, la journaliste évoque les parcours de près de 60 femmes émiraties modernes et non soumises, contrairement aux idées reçues, et qui ont accepté de répondre aux questions sur le port du voile, la sexualité, la polygamie ou la violence domestique. 
Parmi elles, la première femme chirurgienne des Emirats (Houriya Kazim, spécialisée dans la lutte contre le cancer du sein), une cinéaste, ou encore une femme qui a crée sa propre marque de mode en ligne.  
Et, elles sont nombreuses à faire quotidiennement la une des médias selon l’auteure.  « Elles ne peuvent plus être vues comme une opération marketing de Dubaï »,écrit elle dans un article du Huffington Post
 
 
Dans le domaine politique, des femmes émiraties se retrouvent aussi maintenant à des postes importants, comme Maitha Salem Al-Shamsi secrétaire d’Etat chargée des femmes et de la famille. Ou encore Lubna Khaldi Al Qasimi, Ministre du Commerce extérieur, première femme à accéder au poste de ministre en 2004. Celle-ci a d’ailleurs été classée 55e femme la plus puissante cette année lors du classement annuel du magazine Forbes.
Classée 94e sur 100, Fatima Al Jaber est également une émiratie du classement. Cette business woman de 44 ans a été la première à être élue dans le comité des directeurs de la Chambre de commerce d’Abu Dhabi en 2009.
 
« Perles des Emirats » évoque donc ces Emiriennes qui réussissent, certes issues de l’élite, mais qui se battent pour la participation politique des femmes, l’égalité de salaire avec les hommes, leur droit d’épouser des étrangers et de donner la nationalité émirienne aux enfants nés de telles unions… Car oui, la loi comporte encore de nombreuses clauses discriminantes à l’égard des femmes, notamment en matière de divorce où elles ne peuvent le demander que dans des circonstances exceptionnelles. Elles ne peuvent hériter également que d'un tiers du patrimoine, alors que les hommes ont le droit au deux tiers. 
Mais ce sont ces Emiraties voilées, incarnant les valeurs traditionnelles de l’islam tout en donnant de l’élan et du dynamisme à leur société, que Kyra Dupont invite à mieux connaître. 
 

“Les Emiriennes sont en voie d'autonomisation“

22.10.2014interview réalisé par Mohamed Kaci pour le 64'
"Même si je me suis intéressée qu'aux femmes de l'élite, il y a une tendance et même une inversion des genres, en particulier dans l'éducation..." dit Kyra Dupont
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