Des féministes françaises en lice pour les élections européennes

Les pionnières, et les pionniers, lors du lancement de leur campagne le 16 avril 2014 à Paris. Caroline De Haas, tête de liste en Ile de France et pour les Français de l'étranger se tient au milieu (en pull rayé marin), juste derrière Martine Storti, à l'origine du projet (foulard rouge à pois blancs).
Les pionnières, et les pionniers, lors du lancement de leur campagne le 16 avril 2014 à Paris. Caroline De Haas, tête de liste en Ile de France et pour les Français de l'étranger se tient au milieu (en pull rayé marin), juste derrière Martine Storti, à l'origine du projet (foulard rouge à pois blancs).

La déception ambiante face aux partis politiques traditionnels a imprégné les élections municipales françaises de mars 2014. Les partis populistes ont le vent en poupe en Europe, en témoigne le succès du comique italien Beppe Grillo aux législatives italiennes de 2013, et de plus en plus de citoyen-ne-s se décident à prendre des chemins de traverse pour défendre leurs idées et leurs droits. A l’instar des Pirates, un mouvement parti de Suède à la conquête de l’Europe entière autour de revendications spécifiques sur la liberté totale d’accès au numérique et le partage libre des données, des féministes, au Nord et au Sud du vieux continent sont décidées à tenter l’aventure parlementaire européenne.

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Elles ont d'ores et déjà un site, un compte twitter et une page facebook, tant elles savent que convaincre passe désormais aussi par les les réseaux sociaux. Les Françaises se sont lancées après les Suédoises. C’est Martine Storti, une 'historique' du mouvement féministe hexagonal qui a donné le « La » au début de l’année 2014, sous le choc de la mobilisation générale contre le projet de loi espagnol visant à revenir sur l'interruption volontaire de grossesse. De grandes voix ont rapidement apporté leur soutien : l'historienne Michelle Perrot, l'anthropologue Françoise Héritier, ou encore la politologue Françoise Picq et l'écrivaine Annie Ernaux. Comme d’autres, elle n’imaginait pas qu’en 2014, les femmes devraient défendre de haute lutte leurs droits chèrement acquis au siècle dernier. Les féministes préfèrent habituellement peser sur le débat politique au quotidien, et pas seulement lors des échéances électorales où si elles se présentent, c’est dans le cadre de choix plus traditionnels, selon leurs convictions libérales ou sociales.

Il y eut cependant un précédent… dans la Russie qui succédait à l’Urss. En 1993, lors des premières élections dites « libres », des féministes russes furent candidates. Durant la période soviétique, dans les assemblées électives, les Soviets (Conseils) suprême ou locaux, des quotas de femmes étaient imposés : 30% au Soviet suprême, 50% dans les soviets locaux (cela dit ces élus disposaient seulement d’un pouvoir de représentation, pas de décision…). Mais la présence des féministes russes à ces législatives post révolutionnaires n’empêcha pas les femmes de disparaître petit à petit des radars électoraux…

Première réunion de campagne pour les féministes solidaires, hommes et femmes réunis, à Paris, le 16 juillet 2014
Première réunion de campagne pour les féministes solidaires, hommes et femmes réunis, à Paris, le 16 juillet 2014
Aujourd’hui partout dans les pays de l’Union européenne, des coups de boutoir sont portés contre ce qui paraissait aller de soi en matière d’émancipation humaine : le droit à l’avortement est mis à mal institutionnellement, comme en Espagne, ou pratiquement, comme en Italie et en France par des refus de plus en plus fréquents du personnel médical d’y procéder - et les féministes proposent de l'inscrire dans la Charte européenne des droits fondamentaux, comme cela été initialement prévu par ses rédacteurs ; malgré une journée internationale de l’égalité au travail, malgré des incitations ministérielles en France ou ailleurs pour pénaliser les entreprises inégalitaires, les élus européens ont voté contre des dispositifs supra nationaux destinés à enrayer les disparités entre les hommes et les femmes… Sans oublier ces déferlantes de mauvaise foi haineuse, en France, en Pologne ou ailleurs, contre les tentatives de mise à mal des stéréotypes sexués afin de diminuer le machisme conscient ou inconscient à l’œuvre dans toutes les sphères de la vie sociale ou éducative.

Les « Féministes pour une Europe Solidaire », résolument à gauche, affirment que leurs listes ne sont pas « communautaires », que se battre contre les discriminations sexuelles est une tête de pont pour faire avancer les droits de tous, en particulier dans le champ social : « Les listes féministes exigeront une autre politique économique que celle basée sur l’austérité budgétaire, dont les conséquences sociales sont dramatiques », affichent-elle déjà dans leur pré-programme. Convaincues que les politiques de rigueur imposées par la Commission européenne pèsent d’abord sur les femmes, et donc, à travers elles, fragilisent tous les salariés, elles espèrent que leurs voix et leurs voies permettront au projet européen d’aller vers une émancipation citoyenne. Pourtant, l’exemple grec montre que, dans ce pays soumis aux drastiques règles de Bruxelles, les femmes ont mieux résisté à la crise économique et sociale que les hommes…

Récolter de l'argent, nerf de la “guerre“. Pas gagné d'avance...
Récolter de l'argent, nerf de la “guerre“. Pas gagné d'avance...
Le scrutin européen arrive à toute vitesse : le 25 mai 2014, 751 députés seront choisis pour représenter plus de 503 millions d’habitants, répartis dans 28 pays. Les Français en choisiront 74, un peu moins de 10% du parlement européen donc, issus de huit circonscriptions régionales. Les Féministes pour une Europe Solidaire, parties dans la course électorale après d’autres, devront franchir quelques obstacles afin de parvenir à se présenter dans toutes les régions hexagonales : celui des finances (une campagne coûte très cher), celui du programme et de sa lisibilité, et  surtout celui de la constitution des listes, obligatoirement paritaires en France.

Jusque là, les formations politiques françaises se soumettaient à cette « contrainte » en s’obligeant à chercher des candidates. Et les têtes de liste, en particulier aux Européennes, y étaient rarement des femmes. Les féministes doivent convaincre, avec "bonne grâce" disent-elles, des hommes de se joindre à elles. Ensuite, il faudra être élue-s, et pour cela obtenir au minimum 5% des suffrages. Pas gagné d’avance en ces temps de refroidissement pour les émancipations humaines…

“Un sentiment d'urgence“

16.04.2014
Après avoir longtemps milité au Parti socialiste avant de le quitter le 10 avril dernier, après avoir rejoint durant quelques mois le cabinet de la ministre des Droits des femmes Najat Vallaud Belkacem, Caroline De Haas, tête de liste en Ile de France et pour les Français-es de l'étranger explique pour Terriennes la nécessité de constituer des listes féministes, "un projet de société inscrit dans le camp progressiste (.../...)". Parce que "La question de l'égalité femmes/hommes est au coeur de l'émancipation de tous les citoyen-nes".
“Un sentiment d'urgence“