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Des femmes ambassadrices à Riyad et à Téhéran : la Belgique joue les pionnières

A droite de l'image, Dominique Mineur, actuelle ambassadrice belge aux Emirats arabes unis, ici en 2015 lors d'une rencontre à Abu Dhabi.
A droite de l'image, Dominique Mineur, actuelle ambassadrice belge aux Emirats arabes unis, ici en 2015 lors d'une rencontre à Abu Dhabi.
Capture Twitter

La Belgique serait-elle en pleine opération séduction, ou plutot diplomatique ? Dominique Mineur, actuellement ambassadrice belge aux Emirats arabes unis deviendra courant 2018 la première femme à occuper ces fonctions en Arabie saoudite. En Iran, c'est aussi une femme, Véronique Petit, qui représentera la Belgique. Un choix hautement symbolique pour deux pays pourtant peu connus pour leur respect des droits des femmes.

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Ne dites plus Mme l'ambassadeur, mais bien Mme l'ambassadrice, et même Mesdames les ambassadrices, en français dans le texte, puisque ce sont deux femmes belges francophones qui vont inscrire leurs noms dans le livre d'or de la diplomatie mondiale en 2018.

La première n'est pas une inconnue du monde diplomatique belge. Dominique Mineur occupe déjà le poste d'ambassadrice aux Emirats arabes unis. Elle n'aura donc qu'une frontière et un peu moins d'un millier de kilomètres à franchir pour rejoindre Riyad, où elle enfilera pour la première fois dans l'histoire du royaume wahhabite, le costume de diplomate jusqu'ici uniquement taillé pour homme.  (Et pour la petite histoire, à Abu Dhabi, le consul belge est déjà aussi une consule, en la personne de Carmen Sureda-Castello, ndlr)
 

Le nouveau mouvement diplomatique prévu pour 2018 a été avalisé par le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders, rapportaient, ensemble, jeudi 14 décembre 2017, les journaux De Tijd et L'Echo. Selon le cabinet du ministre, le fait que la Belgique délègue une femme ambassadrice en Arabie Saoudite pour les cinq prochaines années est un signal particulièrement fort.
 

Le même Didier Reynders s'était retrouvé au coeur d'une polémique fin avril 2017, lors du vote de la Belgique en faveur de l'accession de Riyad à la Commission des droits des femmes de l'ONU. Cette  décision lui avait valu pas mal de critiques virulentes. Dans une tentative d'apaisement, le ministre avait fini par déclarer, selon l'hebdomadaire belge Le Vif qu'il n'y aurait « plus de mission économique du gouvernement fédéral en Arabie saoudite tant que nous ne constatons pas d'évolution sur la situation de l'égalité entre les hommes et les femmes.»

Début novembre 2017, pour lutter contre le radicalisme, une mission diplomatique belge s'était par ailleurs rendue à Riyad pour rompre une convention qui liait les deux pays depuis 1969.

Une nouvelle ère en Arabie saoudite ?

 
Prince Mohamman Ben Salmane
Prince Mohamman Ben Salmane
Wikkicommons
La Belgique aurait donc estimé que les récents (certes légers mais fortement symboliques) signes d'ouverture du régime saoudien vis-à-vis des femmes, leur accordant notamment le droit de conduire, se devaient d'être encouragés par cette nomination.

Le 24 octobre 2017, lors du Davos saoudien organisé à Riyad, le prince héritier Mohammed Ben Salmane annonçait l’entrée de son pays dans une « nouvelle ère » et le retour à un islam « modéré, ouvert au monde ».

Selon des responsables du gouvernement belge, cités par la chaîne de télévision VRT, la nomination de Dominique Mineur comme nouvelle ambassadrice, qui devrait avoir lieu durant l'été, enverrait ainsi un «signal clair» au gouvernement saoudien.

Une ambassadrice belge à Téhéran

C'est aussi dans un autre pays stratégique où la condition des femmes ne figure pas vraiment parmi les priorités du régime au pouvoir, la république islamique d'Iran, qu'une ambassadrice va représenter les intérêts de la Belgique. Il s’agira de Véronique Petit. En Iran, également, les femmes restent souvent cantonnées à des postes subalternes et leur existence est loin d’être simple. Les femmes sont obligées de porter un voile et doivent s’asseoir à l’arrière dans les transports publics. En même temps, l'Iran est l'un des pays à afficher le plus fort taux de diplômées des universités, dont certaines parviennent jusqu'aux marches du pouvoir

Ces deux nominations devraient être confirmées fin 2017-début 2018. Actuellement, 117 chefs de mission se retrouvent à Bruxelles pour une semaine de réunions. Sur la page Facebook de la diplomatie belge, on les voit ici  lors d'une photo de famille, aux côtés du Roi et de la Reine de Belgique au Château de Laeken.
 
J'ai peur que les femmes soient une fois de plus instrumentalisées afin de mettre une chape sur les critiques et favoriser les bonnes relations économiques. Hafida Bachir Mrabet, présidente de "Vie féminine"
Du côté des militantes féministes belges, Hafida Bachir Mrabet, présidente de Vie féminine, confie à Terriennes qu'elle reste un peu sur sa faim : "Dans un premier temps, on aurait envie de dire que c'est une bonne chose car ces postes sont souvent occupés par des hommes. Mais étant donné les pays et les relations privilégiées que la Belgique veut entretenir avec eux (pour des raisons stratégiques et financières), j'aurais quelques doutes. J'ai vu que la presse parle d'un geste fort de la Belgique qui ose envoyer une femme dans un pays qui bafoue les droits des femmes. C'est peut-être là que se trouve le piège qui pourrait encore plus occulter le fait que les droits des femmes sont malmenés dans ces pays, surtout en Arabie Saoudite : "Vous voyez il n'y a rien à craindre puisque nous, nous osons envoyer une femme"! J'ai peur que les femmes soient une fois de plus instrumentalisées afin de mettre une chape sur les critiques et favoriser les bonnes relations économiques. Ici comme là bas, les femmes se transforment en variables d'ajustement."

Ainsi, après l'arrivée de deux femmes comme ambassadrices, canadienne en France et française au Canada, et une année 2017 marquée par la libération de la parole des femmes, 2018 pourrait être celle de la diplomatie au féminin, avec la Belgique en figure de proue, reste à voir si les actes dépasseront le curseur symbolique.