Des Saoudiens se plaignent d'être harcelés par des femmes. Et puis quoi encore ?

Dans ce centre commercial de Riyad, des Saoudiennes sont tentées par des bijoux en or. A moins que ce ne soit par le vendeur...
Dans ce centre commercial de Riyad, des Saoudiennes sont tentées par des bijoux en or. A moins que ce ne soit par le vendeur...
AP Photo/Hassan Ammar

C'est une histoire à laquelle on a quelque peine à croire. Des Saoudiens auraient été "harcelés" par des femmes dans un centre commercial de Jeddah, deuxième ville d'Arabie saoudite. Les "victimes" hésiteraient à porter plainte.

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On est tenté de poser la question : tout de même, ce ne serait pas l'hôpital qui se moque de la charité ? C'est l'anglophone "Saudi Gazette" qui a rapporté l'affaire, sous ce titre : "Des femmes ont harcelé des hommes. Cela semble bizarre et pourtant c'est vrai". 

Bizarre, vous avez dit bizarre, comme c'est bizarre, aurait dit Louis Jouvet dans ce scénario improbable. "Le sens commun voudrait que le sexe faible souffre en permanence de harcèlement physique ou verbal dans le Royaume et ailleurs, mais, il semble que la souffrance ait changé de genre", écrit le ou la journaliste de ce quotidien de Jeddah. Ca tombe bien, l'histoire se passe dans cette métropole de plus de 4 millions d'habitants, la deuxième du Royaume Wahhabite, ancien port de pêche, plutôt pauvre autrefois, des bords de la mer rouge, aujourd'hui florissant, porte des pèlerins vers la Mecque.

C'est justement dans la ville sainte, que l'information a d'abord circulé, sans doute parce qu'on est censé y garantir plus qu'ailleurs les bonnes moeurs. Selon un écho du Makkah daily, le personnel de sécurité du plus gros centre commercial de Jeddah aurait recensé 16 cas de harcèlement d'hommes par des femmes. La plupart de ces attaques sont verbales, précise le journal, ce qui laisse entendre que quelques unes pourraient être aussi physiques. "Elles ont appelé ces hommes par leur nom et ont voulu les amener jusqu'à elles"(donc elles les connaissaient ?). Certaines des accusées ont dit que c'était l'inverse, que les hommes étaient derrière elles. Mais, le directeur général du Centre commercial affirme détenir la preuve par l'image du contraire, dans les vidéos de surveillance. Aux dernières nouvelles, les hommes ne veulent pas porter plainte, parce qu'ils craignent de devenir la risée de tous…

Dégoûtant et sale
Rayan Mazen

Le journal a enquêté, non pas pour savoir si ces faits sont avérés ou non, mais pour connaître la réaction de Saoudiens s'ils étaient victimes de telles furies. Ainsi Shadi Madani oppose à cette hypothèse le dédain : "si j'étais confronté à une telle chose, j'ignorerais juste la fille, et je passerai mon chemin." Il est persuadé que tout rentrerait sagement dans l'ordre si les lois sévères et dissuasives étaient appliquées.

Un autre, Ahmed Muyidi pense que c'est un sujet quasiment tabou dans la société saoudienne. Selon lui, ces hommes harcelés seraient désignés comme faibles, peu viriles. Toujours d'après lui, les viragos jettent d'abord leur dévolu sur les beaux mâles, incapables qu'elles sont de se retenir. Elles le font pour le "fun" ou pour des raisons mercantiles, voire du chantage, surtout qu'elles peuvent renverser la situation et crier au loup.

Rayan Mazen, un employé de banque, est outré : "si 'ça' lui arrivait, il serait dégoûté et se sentirait sale". "Moi, je leur tournerai le dos, tout simplement" lance Abdullah Al-Enezi. Tandis que sur twitter, un internaute menace de saisir la Commission de la promotion de la vertu et de la prévention du vice.

C'est étonnant comme ces explications ont un goût de déjà vu. N'est ce pas ce que disent ces messieurs quand ils sont accusés de harcèlement ? Elle est trop belle, je n'ai pas pu me retenir, et d'ailleurs, c'est pas moi, c'est elle qui m'a allumé…  

Une twitteuse ne cache pas sa joie avec de joyeux "smileys" : "des caméras montreraient des femmes molester des hommes. C'est vilain, vilain".
 


Une jeune Saoudienne croit que celles qui font cela, cherchent juste à attirer l'attention, ou à se marier. On reste tout de même sceptique, en se demandant comment, voilées de la tête aux pieds, les yeux tout juste visibles, elles s'y prennent…

Les chiffres du harcèlement sexuel en Arabie saoudite


Cela dit, si certaines pionnières saoudiennes se lancent dans cette pêche aux hommes, on ne peut que les féliciter de rejouer ainsi l'histoire de l'arroseur arrosé. Siffler les hommes, puis commenter leur anatomie à haute et distinctive voix, par exemple depuis les marches qui descendent vers l'entrée d'une université parisienne, est une expérience délectable (l'auteure de ces lignes s'y est risquée voilà quelques années avec une amie pour exprimer le ras le bol d'être constamment sollicitée). Vous verrez alors la plupart de ces jeunes gens filer légèrement honteux, la tête basse, en regardant fixement ailleurs. Ceux qui prennent la chose à la rigolade se comptent sur les doigts d'une main.

Parce que ce n'est pas drôle. En juillet 2015, deux vidéos, devenues virales, (voir ci-dessous) montrait d'autres scènes de harcèlement, récurrentes celles-là, de Saoudiennes poursuivies violemment dans les rues de Jeddah et de la Mecque. Le ministère de la Justice, à Riyad, a recensé 4000 cas de harcèlement en deux ans. Aucun n'était le fait de femmes.