Des victimes se suicident : l'Inde toujours rongée par des affaires de viol

Des Indiennes manifestaient, une fois encore, contre les violences faites aux femmes à New Delhi, le 22 avril 2014. RAVEENDRAN / AFP
Des Indiennes manifestaient, une fois encore, contre les violences faites aux femmes à New Delhi, le 22 avril 2014. RAVEENDRAN / AFP

Deux jeunes adolescentes ont été retrouvées pendues à un arbre dans un village du nord de l'Inde après avoir été violées en réunion par cinq hommes, dont l'un a été arrêté. Un examen post-mortem suggère que les deux jeunes filles, des intouchables ("dalits") de 14 et 15 ans, se seraient pendues mardi soir 28 mai 2014, après avoir été agressées dans un village du district de Budaun, dans l'Etat de l'Uttar Pradesh.

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L'énoncé des faits est une nouvelle fois tragique, d'autant plus que des victimes ont été conduites à se suicider. "Le rapport penche pour une pendaison avant la mort, ce qui signifierait que les jeunes filles se sont suicidées. Mais nous allons étudier tous les aspects de l'affaire avant d'en tirer une conclusion", a dit Atul Saxena, chef de la police de Budaun. Les deux jeunes filles s'étaient rendues dans un champ pour aller aux toilettes, n'en ayant pas chez elles, quand elles ont été agressées, selon les médias locaux.

Le suspect principal, un homme nommé Pappu, a été arrêté après le dépôt d'une plainte par des proches des victimes contre cinq hommes, pour viol en réunion, meurtre et agression sexuelle de mineurs. Les autres ont fui malgré les moyens mis par la police pour les retrouvés. Trop peu cependant pour les familles des victimes et des habitants de villages qui ont protesté contre l'apathie de la police depuis la découverte des corps mercredi matin.

Images destinées à choquer

Les télévisions indiennes montraient ces villageois, dont des enfants, assis sous l'arbre en signe de protestation, les deux corps toujours accrochés. Selon le responsable policier, plusieurs policiers locaux ont été suspendus en raison de leur absence de réaction. Ces violences mettent à nouveau en lumière la difficulté de prévenir les violences sexuelles en Inde en dépit d'un durcissement de la loi et d'efforts pour changer les comportements envers les femmes depuis le viol en réunion et la mort (également par suicide) d'une étudiante à Delhi fin 2012 qui avaient choqué l'Inde.

En début d'année, une jeune fille avait à son tour été violée en réunion dans un village reculé du Bengale occidental (est) sur ordre d'un conseil d'anciens qui s'opposait à sa liaison avec un musulman.

Une militante des droits des femmes, Ranjana Kumari exhorte le nouveau Premier ministre indien Narendra Modi et son gouvernement à mettre en oeuvre sa promesse de campagne d'améliorer la sécurité des femmes. "L'attitude et l'action de la police ne se sont pas améliorées" depuis le viol de Delhi, selon elle. "Les hommes s'en prennent aux filles des minorités, aux plus pauvres et à celles dont personne ne se préoccupe", a poursuivi la chercheuse, directrice du Centre for Social Research.

Le chef du gouvernement au pouvoir dans l'Uttar Pradesh, Mulayam Singh Yadav avait déclaré lors d'un meeting électoral le mois dernier qu'il était opposé à la peine de mort pour les violeurs en série car "ce sont des garçons, ils peuvent faire des erreurs". Sans commentaire...

 

Montrer l'insoutenable pour dénoncer une réalité qui ne l'est pas moins

récit Sophie Golstein
La famille de ses deux jeunes filles qui se sont suicidées après avoir été violées dénonce l'indifférence de la police face à leurs plaintes en raison de leur appartenance aux "intouchables", caste toujours méprisée et discriminée en Inde, en dépit des lois.
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Notre dossier sur l'Inde face à la recrudescence de viols