Terriennes

"Désir d’enfant" de Marc Bressant, un recueil sous-tendu par un féminisme jubilatoire

La « création de l'homme » après restauration, Michel Ange
La « création de l'homme » après restauration, Michel Ange
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« Désir d’enfant » : un besoin typiquement féminin ? Un vœu – ou un « mal » - incontournable ? Rien de moins sûr … Avec ses 14 nouvelles, Marc Bressant s’est probablement juré d’intriguer ses lecteurs. Opération réussie pour ce romancier facétieux et délicieusement tendre, qui prouve, une fois encore, combien il connaît tous les recoins de l’âme humaine.

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Il y a dans cette expression à la fois quelque chose de naturel, de presque banal, mais aussi le fondement de bien des décisions. Le propos fait immanquablement sourire. Il éveille la curiosité, la complicité dans le meilleur des cas…

<em>Désir d'enfant, et autres nouvelles</em>, 164 pages, Editions du Fallois, Paris, 18 €
Désir d'enfant, et autres nouvelles, 164 pages, Editions du Fallois, Paris, 18 €
Marc Bressant en est à 7 romans, et « Désir d’enfant » est son deuxième recueil de nouvelles. Si l’on compte bien, le chiffre 9 correspond à une belle grossesse, pleinement menée à son terme !  Et le bébé est rose et potelé : son éditeur fidèle, de Fallois, n’a-t-il pas poussé l’humour, à moins qu’il s’agisse d’un choix très réfléchi, allez savoir,  jusqu’à faire figurer sur la couverture du livre un Saint Joseph tenant dans ses bras le petit Jésus, repris d’un tableau italien de belle facture ?

A lire Marc Bressant, on pense immédiatement que son écriture, son univers  pourraient parfaitement appartenir à une femme. En tout cas, ses lectrices vont adorer l’enchaînement de ces courtes histoires nourries au lait d’une imagination finement ciselée, d’une vaste culture en délicieux pointillés, et d’une  perception des sentiments de son prochain  incroyablement jubilatoire.

Un féministe qui s’ignore ? Ou pas...


Nous sommes, avec ces 14 intrigues d’une efficacité rare,  aux antipodes de la psychologie bon marché ou des propos doctes qu’a pu susciter le sujet.
Marc Bressant est-il un féministe qui s’ignore… ou qui ne s’ignore pas ?  
Les principaux personnages féminins  qui traversent ses récits sont plus sympathiques et subtils les uns que les autres. Des femmes libres, qu’elles soient nos strictes contemporaines ou qu’elles surgissent des salons du 19ème siècle. Des femmes qui vont au bout de leur désir ou qui y renoncent en toute lucidité. Des femmes au bagage intellectuel solide ou au cœur simple. Des femmes dont on dirait distraitement qu’elles sont quelque peu fêlées, comme cette petite Anglaise décidée  à bénéficier des gènes d’un poète éminemment célèbre, et qui se soucie peu du courroux qu’elle va susciter chez ce grand séducteur, une fois le « forfait » accompli.  

D’autres parfaitement « cérébrées », la quarantaine épanouie, qui s’en vont rouler sur les chemins de campagne en écoutant Barbara, rouvrent la maison familiale de leur enfance et  transcendent en toute lucidité leurs  envies de maternité. Ailleurs, les confidences d’une femme de bonne famille aux méthodes de séduction aussi magnifiques que particulièrement insolites, se racontant à une amie médusée par tant d’audace.

On ne parle bien de Byzance qu’au lit !
Marc Bressant - Désir d'enfant

La force du propos de Marc Bressant tient aussi dans son envie de faire parler et mouvoir plusieurs hommes qui n’hésitent pas à narrer leur désir d’enfant, ou leur renoncement assumé.
Le plus irrésistible d’entre eux est ce  vieux général  nostalgique des conversations magnifiques qui l’ont fait grandir, autrefois, sous les draps d’une fille de joie, et qui donne à un auditoire au visage cramoisi la plus jolie et la plus tendre leçon de choses qu’on puisse imaginer.

Marc Bressant
Marc Bressant
DR
D’autres caractères sont tout aussi attachants, comme ce roi nordique allant jusqu’au sacrifice ultime pour l’avenir de sa « race », ou ces deux militants d’Europe centrale, en pleine guerre froide, qui après s’être disputé la paternité du bébé d’une camarade dans un climat de surenchère totale,  voient leurs destins tragiques fusionner. Ou cet improbable historien autrichien, convaincu qu’il ne sera pleinement capable de rédiger l’histoire de Byzance que s’il teste son propos au creux des bras d’une boulangère marseillaise ou d’une bonne parisienne, trouvant en elles le meilleur public qui soit pour l’écouter discourir sur la vie quotidienne dans l’Antiquité.
Le dénouement de l’intrigue, ici comme ailleurs, vous tirera un sourire peut-être carnassier, tant Marc Bressant manie l’art d’intriguer, de tenir en haleine, de planter les décors, de placer sous la loupe des scènes souvent intimistes, et de conclure d’un coup de plume acéré.  

Levers de rideau


Impossible, sous peine de déflorer et de gâcher la fête, d’en dire davantage sur ce recueil de nouvelles, genre éminemment judicieux au regard du propos. Car voilà bien une  lecture digne de vous surprendre à chaque nouveau « lever de rideau » et de vous apporter un plaisir gourmand. En plus de  donner à regarder avec amusement comment Marc Bressant  agence, dans ses récits, les particularités des nationalités très variées de ses personnages et de leurs accents.
Comme si cet écrivain, qui a bien roulé sa bosse professionnelle et qui a présidé autrefois aux destinées de TV5MONDE (sous son vrai nom de Patrick Imhaus), avait ici une nouvelle fois chaussé ses bottes de sept lieues pour s’en aller vaquer aux quatre coins du monde et nous inventer une humanité agissante en proie aux plus douces interrogations existentielles.