Terriennes

Deux femmes yézidies rescapées de Daech recoivent le prix Sakharov

Nadia Murad et Lamia Haji Bachar, choisies par le Parlement européen pour le prix Sakharov 2016 "pour la liberté de l'esprit".
Nadia Murad et Lamia Haji Bachar, choisies par le Parlement européen pour le prix Sakharov 2016 "pour la liberté de l'esprit".
©parlementeuropéen
Nadia Murad et Lamia Haji Bachar, choisies par le Parlement européen pour le prix Sakharov 2016 "pour la liberté de l'esprit".
A gauche, Nadia Murad à la rencontre d'autres femmes yézidies, persécutées par l'Etat islamique, au Kurdistan irakien.<br />
 

Elles s'appellent Nadia Murad et Lamia Haji Bachar. Comme des milliers de leurs compatriotes, ces deux Kurdes-irakiennes yézidies ont servi d'esclaves sexuelles aux combattants de Daech. C'est à ces deux femmes que le Parlement européen a choisi de décerner le prix Sakharov 2016. 

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Le Parlement européen a choisi, jeudi 27 octobre 2016, d'attribuer son prix Sakharov 2016 "pour la liberté de l'esprit" à deux femmes yézidies d'Irak rescapées du groupe Etat islamique (EI).
Nadia Murad et Lamia Haji Bachar sont devenues des figures de la défense de la communauté yézidie, après avoir vécu un cauchemar comme des milliers de nombreuses jeunes filles enlevées et forcées à l'esclavage sexuel. 
 
Nadia Murad, devenue icône des femmes yézidies.
Nadia Murad, devenue icône des femmes yézidies.
©nadiamurad.org
Réunis jeudi matin à Strasbourg, le président du Parlement européen Martin Schulz et les présidents des différents groupes politiques du Parlement ont décidé de porter leur choix sur ces deux femmes, rescapées des mains de Daech .
En décembre 2015, la jeune femme avait raconté à la tribune du Conseil de sécurité des Nations Unies à New York, ses mois de captivité et les atrocités commises par Daesh sur la communauté yézidie qui subit un «génocide organisé» et demandant à la communauté internationale de réagir.
 
Un jour, des hommes en armes et en uniformes sont venus. Leur but était clairement de nous exterminer tous à la manière d'un véritable génocide
«Jusqu'au 3 août 2014, je vivais avec ma famille, ma mère, mes frères et mes soeurs dans le village de Korju. Un jour, des hommes en armes et en uniformes sont venus. Leur but était clairement de nous exterminer tous à la manière d'un véritable génocide car ils nous considèrent comme des infidèles», a expliqué la jeune femme.

«Le 15 août, ils nous ont amené à l'école du village. Là ils ont séparé les femmes les hommes et les enfants. Je les ai vu faire depuis le deuxième étage de l'école. Ils ont pris tous les hommes et les ont tué. Six de mes frères ont été tués. Trois ont survécu».

«Ce n'était pas fait de façon ponctuelle, ces hommes remplissaient un plan scrupuleusement organisé et ayant une partie centrale dans l'idéologie guerrière de leur idéologie», a poursuivi Nadia Murad.

Toujours devant l'Assemblée, la jeune femme avait raconté comment les hommes de Daesh avaient ensuite emmené les femmes et les jeunes enfants en bus dans la ville de Mossoul, «dans un immeuble où se trouvaient des milliers de familles yézidies».

«Durant le trajet, ils nous ont fait subir des attouchements et des violences physiques. Une fois à Mossoul, les femmes étaient échangées comme un butin de guerre, comme des cadeaux» avait-t-elle poursuivi.

Ce prix Sakharov intervient la même semaine où le Parlement canadien a adopté à l'unanimité une motion prévoyant l'accueil au cours des quatre prochains mois des réfugiés yézidis fuyant les persécutions du groupe État islamique (EI) dans le nord de l'Irak. Présentée par l'opposition conservatrice, et soutenue par tous les partis dont les Libéraux de Justin Trudeau, cette motion accuse les djihadistes de l'EI de mener un génocide contre cette minorité religieuse.

Décernée chaque année par les eurodéputés, la récompense tire son nom du scientifique soviétique dissident Andreï Sakharov, décédé en 1989, et distingue des personnes qui se sont illustrées dans la défense des droits de l'homme.

Le prix a été attribué l'an dernier au blogueur saoudien Raef Badaoui, emprisonné pour "insulte à l'islam". En 2014, c'est le médecin congolais Denis Mukwege qui a été honoré pour son action pour les femmes victimes de violences sexuelles en République démocratique du Congo (RDC).

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