Drame de Manchester : Ariana Grande, idole des petites filles et féministe ?

Ariana Grande, 23 ans, icône des pré-ado, a plusieurs fois pris position en faveur des droits des homosexuels et LGBT, elle s'inscrit aussi au sein d'un courant dit "féministe pop" aux Etats-Unis, ici lors d'un concert à Jakarta (Indonésie) en août 2015.
Ariana Grande, 23 ans, icône des pré-ado, a plusieurs fois pris position en faveur des droits des homosexuels et LGBT, elle s'inscrit aussi au sein d'un courant dit "féministe pop" aux Etats-Unis, ici lors d'un concert à Jakarta (Indonésie) en août 2015.
©AP Photo/Achmad Ibrahim

Ariana Grande sera de retour à Manchester le 4 juin prochain, dix jours après l'attentat-suicide qui a fait 22 morts lors de son concert, pour un nouveau spectacle en hommage aux victimes. Malgré ses 46 millions d'abonnés sur Twitter, cette chanteuse n'est pas forcément connue de tous. Sous ses allures de femme-enfant ultra-sexy, elle incarne l’image d’une jeune femme libre, maîtresse de sa sexualité, de sa carrière, et s'inscrit dans le courant "féministe pop", sorte de néo-féminisme à l'américaine.

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La musique doit nous guérir, nous rassembler, nous rendre heureux. Voilà ce qu'elle va continuer à faire pour nous. Nous continuerons à rendre hommage à ceux que nous avons perdus, leurs proches, mes fans et tous ceux qui ont été affectés par cette tragédie. Compte Twitter Ariana Grande, le 26 mai 2017.


Ariana Grande tient sa promesse, celle de revenir dans la ville de Manchester. Rendez-vous est pris pour le dimanche 4 juin, où elle donnera un spectacle baptisé « One Love Manchester ». Elle ne sera pas seule sur scène, Pharrell Williams, Miley Cyrus, Justin Bieber, Katy Perry, Coldplay, Take That et Niall Horan devraient s'y succéder. Les bénéfices seront reversés au fonds d'urgence mis en place pour soutenir les proches des victimes de l'attaque.


Sur Twitter, où elle affiche plus de 46 millions d'abonnés, elle avait aussitôt réagi après l'attentat-suicide du 22 mai dernier, se disant "brisée" par ce drame. "Du fond du coeur, je suis affreusement désolée. Je n'ai pas de mots", écrit la chanteuse américaine, qui effectuait une tournée en Grande-Bretagne.
 


 
"Maintenant ils tuent nos petites filles", titre à sa Une le tabloïd anglais Metro, après la mort de 22 personnes dont une fillette de 8 ans, lors du concert d'Ariana Grande, le 22 mai 2017, à Manchester (Royaume Uni).
"Maintenant ils tuent nos petites filles", titre à sa Une le tabloïd anglais Metro, après la mort de 22 personnes dont une fillette de 8 ans, lors du concert d'Ariana Grande, le 22 mai 2017, à Manchester (Royaume Uni).
©AP Photo/Emilio Morenatti

Qui se cache sous ce serre-tête à oreilles de chat et cette guêpière, cette silhouette hyper-sexy, voire un peu provoc, perchée sur hauts talons ? Ariana Grande, 23 ans, elle en parait 8 ou 9 de moins, est devenu une vértiable icône chez les pré-ado, voire encore plus jeunes, en majorité des fillettes. La jeune femme, même si son dernier album "Dangerous Woman" pourrait laisser penser le contraire, affiche une réputation plutôt sage.

Née en Floride dans une famille d'origine italienne, elle a commencé très jeune sa carrière de chanteuse, notamment au sein d'une comédie musicale de Broadway, à New York. Mais c'est son rôle dans la sitcom "Victorious" qui l'a faite connaitre au grand ou plutôt à son très jeune public. Son fan club "Arianator" est rempli de petites filles qui ont connu grâce à elle leurs premières émotions de concerts "live".
 

Tribune féministe


Mais derrière l'icône des pré-ado, se cache néammoins une nature moins lisse que laissent paraître ses débuts de carrière.  En 2015, elle publie sur Twitter un manifeste féministe, dans lequel elle dénonce la misogynie dont elle est victime.
 


« J’ai hâte de vivre dans un monde où les gens ne sont pas définis par les personnes qu’ils fréquentent, auxquelles ils sont mariés, avec qui ils couchent (ou non !), avec qui ils sont aperçus… Mais considérés pour leur qualité d’individu. »

La jeune femme fait alors référence à sa récente séparation d’avec le rappeur Big Sean, largement relayée dans les médias, et à l’idylle que la presse people lui prête avec Niall Horan du groupe One Direction. 

« Lorsqu’une femme parle ouvertement de sexe, elle est montrée du doigt. Mais lorsqu’un homme parle ou rappe ouvertement au sujet de toutes les femmes qu’il a eues dans sa vie (plus communément désignées par les mots "pétasses’’ ou "s…", comme c’est adorable !), il est acclamé. »

Une allusion directe à la chanson de son ex, « Stay Down », dans laquelle le rappeur dévoile beaucoup de détails de sa vie sexuelle et fait référence à Ariana Grande comme « un sexe à un milliard de dollars ». Humiliée, elle avait choisi de mettre fin à leur relation suite à ce morceau.
 

Ariana Grande au Madison Square Garden on Friday, décembre 2016 à New York.<br />
©Evan Agostini/Invision/AP
Ariana Grande au Madison Square Garden on Friday, décembre 2016 à New York.
©Evan Agostini/Invision/AP


« Je suis issue d’une longue lignée de femmes activistes. Ma tante Judy a été la première femme italo-américaine à devenir présidente du Club de la presse de Washington. Je pense qu’elle aurait été fière du fait que je prenne aujourd’hui la parole pour dénoncer quelque chose qui me dérange personnellement depuis si longtemps. »

Ariana Grande conclut son message en citant la féministe américaine Gloria Steinem : « Toute femme qui choisit de se comporter comme un être humain à part entière doit être avertie que les armées du statu quo vont la tourner en ridicule... Elle aura besoin de ses sœurs. »

Dans un entretien à Cosmopolitan, elle avait déclaré avoir commencé à gérer son show "de haut en bas" car elle n'avait plus envie de laisser ses affaires gérées par d'autres. "Maintenant, je suis tout à fait responsable et c'est une expérience incroyable", confie-t-elle.

Ariana Grande sacrée artiste de l'année lors de la cérémonie des American Music Awards, à Los Angeles, novembre 2016.<br />
©Jordan Strauss/Invision/AP
Ariana Grande sacrée artiste de l'année lors de la cérémonie des American Music Awards, à Los Angeles, novembre 2016.
©Jordan Strauss/Invision/AP

Elevée dans la foi catholique, elle déclare avoir quitté l'Eglise à cause de ses positions sur les droits des homosexuels et s'intéresser plutôt à la Kabbale, courant mystique du judaïsme qui a également attiré Madonna.

Un clip aux codes sexistes inversés


En 2016, elle signe avec la rappeuse Nicki Minaj le clip "Side To Side".  La vidéo, dévoilée dans les médias après le passage des deux artistes sur la scène des MTV Music Awards, s’inscrit dans la droite lignée du "féminisme pop".
 


"Side To Side" est un bel exemple d'empouvoirement ("empowerment"). Une façon pour les femmes de se réapproprier leur corps et leur image et de remettre le désir féminin au centre des préoccupations. Les femmes ne sont plus seulement l’objet du désir des hommes, mais deviennent maîtresses de leur sexualité.

A la sortie du clip, Lena Dunham, la comédienne et réalisatrice de la série Girls, féministe new-yorkaise bien connue, avait réagi sur Twitter pour soutenir les deux chanteuses.


Une quasi-consécration sur la planète féministe nouvelle génération, bien loin des préoccupations des fillettes en mini-jupettes ultrasexuées en adoration devant leur icône à oreilles de chat, mais féministes en devenir qui sait...

Alors, outre un possible lien avec les réseaux islamistes extrêmistes, et la volonté affichée de faire de très jeunes victimes dans un lieu de spectacle, ne serait-ce pas aussi cette Ariana là et son image de jeune femme libre, sans tabou et provocatrice que le terroriste a voulu viser ce 22 mai à Manchester ? On peut se poser la question.