Eleanor Holmes Norton

Dans un style radical, Eleanor Holmes Norton insiste sur la nécessité pour les femmes noires de trouver leur propre voie pour défendre leurs droits et leur identité.

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Juriste américaine, Eleanor Holmes Norton, née en 1937 à Washington, milite dans les rangs du Black Feminism. Luttant pour la reconnaissance des droits civils des Noirs américains, elle prend conscience de la spécificité de l'oppression qui pèse sur les femmes de couleur. Elle est en 1970 l'une des cosignataires du Manifeste des femmes noires. Elle sera en 1977 la première femme à présider la Commission américaine de l'égalité des chances.

“Au moment où les femmes blanches sont extrêmement frustrées par leur rôle, les femmes noires doivent-elles suivre un tel modèle?“


Jusqu’ici, les femmes noires ne peuvent pas - ne doivent pas - éviter la vérité au sujet de la spécificité de leur asservissement. Elles sont des femmes avec tout ce que cela implique. Si certaines ont été obligées de subvenir aux besoins de leurs proches, ou si elles n’ont pas osé développer leur indépendance de par l’insécurité liée à leur statut une femme noire seule, on ne peut dire que cela a eu pour résultat de les libérer. Elles ont seulement été « libérées » de l’amour, de la vie de famille, d’un travail qui ait du sens et juste aussi souvent que d’un confort basique et des éléments essentielles d’une existence ordinaire. Il n’y a ni pouvoir ni satisfaction à tirer d’un tel matriarcat. (…)

Nos problèmes commencent seulement avec la reconstruction de la famille noire. Alors que les hommes noirs, après tant de générations, commencent à trouver un travail digne, quel rôle peuvent chercher à tenir leurs femmes ? (…) Au moment où la famille blanche est prise dans un dédale de contradictions névrotiques, où les femmes blanches sont extrêmement frustrées par leur rôle, les femmes noires doivent-elles suivre un tel modèle ? Doivent-elles échanger leur ancienne insécurité contre le cocon familial des femmes blanches ? (…)

L’homme noir ne retrouvera pas sa force historique - la tâche la plus importante de la lutte noire actuellement - si nous ne recréons pas la forte unité familiale qui était une part de notre héritage africain, avant qu’il ne soit démantelé par la classe des propriétaires d’esclaves. Il sera impossible de reconstruire la famille noire si ses piliers se ne sont que des copies de papier crêpon jouant le mélodrame de la vieille famille blanche. (…)Les hommes blancs, sans fin à la recherche d’une sécurité financière, ont vendu leurs âmes pour cet objectif et se sont livrés à une constante émasculation dans laquelle le besoin fiscal d’une femme et d’enfants détermine les valeurs et les buts de leur vie. (…)

Nous qui sommes noirs, sommes en train d’entreprendre le travail à long terme de la construction de la famille, à un moment historique. Ce sont des circonstances fortuites heureuses qui font que nous avons commencé cette tâche dans les années qui ont directement suivi la Seconde Guerre mondiale. Nous aurions pu sombrer dans le moule qui a piégé les familles blanches et particulièrement leurs femmes.

A présent, nous avons l’opportunité d’innover en forgeant de nouvelles relations entre les hommes et les femmes. Nous avons la possibilité de faire de la vie de famille une expérience libératoire au lieu de l’expérience de confinement que cela a souvent été. Nous pouvons libérer la femme et avec elle tous les nôtres.