Terriennes

#ellessimposent : Geneviève Begin, québecoise, entrepreneure sociale

Geneviève Begin, 33 ans, co-fondatrice de Popupcamp, un service de garderie mobile événementiel inédit au Québec.
Geneviève Begin, 33 ans, co-fondatrice de Popupcamp, un service de garderie mobile événementiel inédit au Québec.
Capture Facebook Popupcamp

« Aujourd’hui, je n’ai pas d’employeur, je suis entrepreneure. Entrepreneure sociale ! », voilà comment Geneviève Begin aime se présenter. Popupcamp, la société, dont elle est co-fondatrice, une halte-garderie mobile lancée il y a deux ans, vient d’être récompensée par le Prix de la Nouvelle entreprise au Québec.

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Rendez-vous en direct sur Facebook, depuis la Conférence des femmes de la Francophonie à Bucarest  pour vous proposer des rencontres exceptionnelles. Geneviève Begin est notre invitée  
https://www.facebook.com/terriennes/

 
On la reconnait assez facilement, à sa petite mèche colorée dans les cheveux. Mais surtout à l’énergie qu’elle dégage. A 33 ans, mère d’une fillette de 7 ans, Geneviève Begin se revendique entrepreneure sociale .

Car son envie à elle, c’est de faciliter la vie des mères-pères, de leur permettre de travailler si elles ou ils le souhaitent hors des horaires de bureau ou d’assister à des évènements professionnels ou non, le week-end parfois. Comment ? En faisant venir sur place, une halte-garderie, avec personnel et mobilier compris. Popup Camp fait en sorte que les enfants des participants à un événement professionnel sont pris en charge et font des activités en lien avec la thématique de l'évènement, par exemple autour de l’environnement et de la protection de la planète. Un service à la carte en quelque sorte.
 

Un service innovant pour les familles

Cette idée lui est venue il y a quelques années, au moment où elle a repris ses études à plein temps. Mère d’une petite fille, qu'elle élève seule, il lui était devenu compliqué de prendre une nounou, notamment en terme financiers, et d'une manière suffisamment souple pour son planning. « Je me suis dit, il y a sans doute plein de parents qui sont dans ce cas là, c’est idiot de prendre chacun des nounous, alors que si on se rassemblait , ou encore mieux si on faisait venir à nous une garderie, ce serait tellement plus simple ! ».
Alors la voilà l’idée : créer un service de halte-garderie mobile professionnel pour des évènements (salons, hackatons, colloques, conseils de Ville, etc.). Le projet  PopupCamp débute en octobre 2014, au Startup Weekend Women Montreal, lors duquel il remporte le troisième prix du jury et le prix du public. Trois mois plus tard, Geneviève Bégin et sa partenaire Melyan Vézina créent leur société et effectuent deux tests sur le terrain. Leur premier PopupCamp a eu lieu en mars 2015 au SOCENT, un évènement pour entrepreneurs sociaux.
Geneviève Bégin et Melyan Vézina, cofondatrices de Popup Camp.
Geneviève Bégin et Melyan Vézina, cofondatrices de Popup Camp.
Capture Twitter
« Au début, nous n'avions pas de matériel, je prenais les tapis de jeu dans la chambre de ma fille et ses jouets . Après on a pu acquérir notre propre équipement, suffisamment facile à transporter, nous confie-t-elle,  nous travaillons avec une trentaine d’employé.e.s ( dont trois hommes, enfin,  ce dont je suis très fière tout de même car cela reste assez rare dans le milieu de la petite enfance) que l’on peut solliciter à tout moment ».
 
[Geneviève Begin récompensée par le Prix de la nouvelle entreprise, reçoit un message vidéo de félicitations de Cora Mussely Tsouflidou, présidente la chaîne de restaurants "Cora Déjeuners" au Québec.]

Geneviève Begin se dit féministe et veut proposer une solution concrète à un problème réel de conciliation travail-famille. «C’est une réalité, dit-elle. Dans les événements technos, il y a moins de femmes. Avec Popup Camp, on a voulu réduire cet écart et permettre aux femmes d’être plus présentes. Ça permet de mélanger les genres et tout le monde est gagnant. Les femmes osent de plus en plus et s’autorisent dorénavant à être ambitieuses.»
 
Depuis le début des années 2000, les femmes entrepreneures sont de plus en plus nombreuses au Québec. Les résultats du sondage Indice entrepreneurial québécois 2016, réalisé par la Fondation de l’entrepreneurship en collaboration avec la Caisse de dépôt et placement du Québec, montrent que 5,3 % étaient propriétaires d’une entreprise en 2016. De plus, 16,3 % des femmes, qu’elles soient déjà dans les affaires ou non, envisagent de lancer ou de reprendre une entreprise. (Source Entreprises Québec)

Plus d'une centaine d'évènements

Depuis, la "success story" se poursuit, Popupcamp affiche plus d’une centaine d’évènements à son actif. Ce printemps, PopupCamp a remporté le prix Fournisseur au gala Les Vivats Loto-Québec, pour les initiatives de développement durable en événementiel. Début octobre, le Prix de la Nouvelle entreprise. Son objectif : devenir la solution de conciliation travail-loisir-famille incontournable pour tout organisateur d’événement au Québec en 2019, et pour tout parent en Amérique du Nord.

Terriennes : comment votre projet a-t-il été accueilli ?

Geneviève Begin : Je rêve du jour où le concept d’une garderie pour enfant ne sera plus considéré comme un truc de bonne femme uniquement ! D’ailleurs c’est bien pour ça qu’on a choisi un logo qui n’est pas rose, il est jaune et bleu pour montrer une ouverture à la parité, qu’il est destiné autant aux pères qu’aux mères.
A l’origine je ne me destinais pas à cette carrière, j’étais photographe, et j’ai fait les beaux-arts. Obtenir un MBA m’a permis d’accroitre ma confiance en tant qu’entrepreneure, et en terme de légitimité aussi. Il n’y a pas que les hommes qui semblaient réticents à ce genre de projet, les femmes aussi, plutôt celles qui ne sont pas maman, qui nous regardaient en disant, est-ce que c’est vraiment utile, a-t-on vraiment besoin d’un tel service ?

Vous travaillez plus avec des hommes ou des femmes ?

Ce sont souvent les hommes qui signent les contrats, et les budgets. Mais en terme de clientèle, c’est assez paritaire. On travaille avec la ville de Montréal depuis un an maintenant, on est présent lors de tous les conseils de ville. Pendant la période des questions au public, ouvertes donc à la population, notre service permet à plus de gens d’y participer, et aussi aux élus d’être présents plus longtemps, car nous prenons en charge leurs enfants ! C’est le maire qui a fait la demande, après avoir été invité à le faire par des femmes de la mairie.
Notre entreprise fonctionne en be to be, par le biais d’associations. Il y a une prise en charge des frais par l’entreprise qui organise l’évènement, et le reste est payé par les parents utilisateurs, mais le tarif est réduit selon le nombre d’heures de garde et d’enfants. Mais le plus souvent, 95% de mes clients ne facturent pas les parents, car le but, par exemple dans le cas d’un salon ou d’une conférence internationale, c’est de faire venir le plus de personnes possible, donc c’est tout bénéf pour eux !

Petite-fille vous sentiez-vous déjà l’âme d’une future entrepreneure ?

Oui, je dirai quand même qu’on m’a attribuée des qualités d’entrepreneure assez tôt ! J’ai grandi près d’Ottawa qui est la capitale administrative du gouvernement fédéral, j’avais un grand-père entrepreneur. Mais bon, sans vouloir réellement suivre cette voie. En revanche, je fabriquais des bracelets que je vendais à mes voisins, c’était ma petite entreprise à moi ! Même si je ne me faisais pas toujours payer. Après pendant le secondaire, j’étais toujours impliquée dans plusieurs activités associatives. Lorsque j’étais photographe, même si j’en avais le statut, je me percevais plus comme artiste que comme entrepreneure. L’approche du milieu des affaires était assez peu fructueuse à ce moment là.

Si je vous dis empowerment, ou empouvoirement, ça vous parle ?

Bien-sûr, car c’est une chose d’avoir confiance en soi, c’en est une autre d’obtenir la confiance des autres. Si j’avais un conseil à donner à celles qui veulent se lancer dans l’entreprenariat, je leur dirais de s’entourer de personnes positives. L’entourage, l’environnement c’est capital. Avoir autour de soi des personnes qui vous disent « oui, mais », ça ne donne pas beaucoup de force. Moi quand j’ai démarré Pop camp, j’ai mis en suspens ma relation avec ma mère pendant six mois, car elle me tenait un discours peu encourageant : « Pourquoi tu fais ça ? Tu gâches ton talent de photographe ! Et ta fille comment tu vas faire, tu prends trop de risques !». Je lui ai donc dit que pendant quelques temps, on n’allait pas se donner de nouvelles, ça s’est finalement bien passé même si cela a été dur, et depuis que mon affaire est lancée, on a repris de bonnes relations, apaisées. C’était une façon pour moi de faire mon choix, et de l’assumer.

Si vous aviez un.e mentor, une personnalité qui vous a inspirée, de qui s’agirait-il ?  
A gauche, Cora Mussely Tsouflidou, présidente de la chaîne de restaurants "Cora déjeuners", à droite, Pauline Marois, première ministre du Québec de septembre 2012 à avril 2014 .
A gauche, Cora Mussely Tsouflidou, présidente de la chaîne de restaurants "Cora déjeuners", à droite, Pauline Marois, première ministre du Québec de septembre 2012 à avril 2014 .
Crédit Wikipédia
Oui, j’en aurais même deux qui me viennent à l’esprit. Tout d’abord, il y a Cora Mussely Tsouflidou, la directrice et fondatrice d’une chaîne de restaurants célèbre « Cora déjeuners ». Je viens d’ailleurs d’obtenir son contact et on doit se rencontrer bientôt. Je l’admire beaucoup, car elle est partie d’un tout petit restaurant, personne ne croyait en elle, et aujourd’hui, mère de 4 enfants et plusieurs fois grand-mère, elle est à la tête de 130 restaurants. Lors de la remise du prix que ma société a reçu récemment, il y avait un message vidéo d’elle pour me féliciter. Sinon il y a une autre femme inspirante ici, c’est l’ancienne première ministre Pauline Marois, qui fut aussi la première femme cheffe d'un parti politique (le PQ, parti québécois ndlr). Elle a fait beaucoup de choses pour les femmes, il lui est même arrivé d'allaiter son enfant au Parlement ! Sacré symbole !
 
Nous retrouverons Geneviève Begin lors d'un facebooklive sur la page de Terriennes, durant la conférence des femmes de la Francophonie à Bucarest, les 1er et 2 novembre 2017. Toutes les infos ici >https://www.francophonie.org/conference-des-femmes-bucarest