Terriennes

#ellessimposent : pour Hélène Ryckmans, députée et sénatrice belge, l'empouvoirement est en cours

A droite de l'image, Hélène Ryckmans, 58 ans, élue au Parlement régional Wallonie-Bruxelles, lors d'une manifestation du parti Ecolo en juin 2017, en Pologne. 
A droite de l'image, Hélène Ryckmans, 58 ans, élue au Parlement régional Wallonie-Bruxelles, lors d'une manifestation du parti Ecolo en juin 2017, en Pologne. 
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A droite de l'image, Hélène Ryckmans, 58 ans, élue au Parlement régional Wallonie-Bruxelles, lors d'une manifestation du parti Ecolo en juin 2017, en Pologne. 

Lutter contre les inégalités femmes-hommes, et dénoncer les stéréotypes de genre, voilà le leitmotiv d'Hélène Ryckmans. Sociologue du développement, elle mène depuis trois ans son combat sur le terrain politique, comme députée du parti Ecolo au parlement régional de Wallonie ainsi qu'au parlement fédéral, et comme sénatrice.

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Dès 10h30, heure de Paris, 9h30 GMT, ce mercredi 1er novembre 2017, rendez-vous en direct sur Facebook, depuis la conférence des femmes de la Francophonie à Bucarest  pour vous proposer des rencontres exceptionnelles. Hélène Ryckmans est notre invitée à 16h, heure de Paris > https://www.facebook.com/terriennes/
 
Un engagement de la première heure. Que ce soit au sein de divers mouvements et associations, Hélène Ryckmans travaille depuis toujours dans le secteur de la coopération et de la solidarité internationale. Femme de terrain, son engagement politique (ici son dernier rapport parlementaire) est celui de la lutte contre les inégalités.

Sociologue du développement, Hélène Ryckmans affiche 25 ans d'expérience, en gestion de projets, formation et accompagnement institutionnel sur l’égalité femmes-hommes et Nord-Sud, l’empowerment féminin, les droits des femmes et la participation politique.
 

Pendant une quinzaine d'années, elle a été de l'aventure aux côtés de l'ONG, le Monde selon les femmes, menant de très nombreuses formations et interventions en Belgique et en Afrique francophone. Nommée Femme de paix en 2011, elle a été présidente de la Commission Femmes et développement (Belgique). Elle est aussi l'auteure de nombreux articles, ainsi que de manuels pédagogiques sur le genre, le développement et les droits des femmes. Aujourd'hui âgée de 58 ans, elle est maman de trois jeunes adultes.

Courant octobre, voici ce qu'elle postait sur son compte twitter, en commentaire à la vague de dénonciation de harcèlements sexuels sur les réseaux sociaux, provoquée par le scandale Weinstein, aux Etats-Unis.

Terriennes : cela fait longtemps que vous êtes engagée pour défendre l’égalité femmes/hommes, que diriez-vous aujourd’hui, ça va mieux ?

Oui, c’est indéniable. Je pense que l’attention du plus grand nombre est plus forte sur les inégalités, et donc on les démasque davantage. C’est très contrasté selon les pays et les continents. Sur le plan des droits civils et politiques, la représentation a globalement progressé, que le fait d’avoir de femmes en politique, élues, sur les listes, dans les éxécutifs divers progresse. Maintenant il y a des pays qui notablement sont tout à fait en retard. En ce qui concerne le travail, là aussi il y a des évolutions, mais peut-être moins fortes aujourd’hui. Il y a eu des avancées il y a vingt ans, on a des instruments internationaux qui consacrent l’égalité mais dans les faits, des situations et des contextes plus difficiles au niveau socio-économique produisent un retour en arrière. Les crises politiques, environnementales, et économiques, ajoutées à un certain libéralisme qui s’impose partout rajoute de la pression sur les travailleuses. Il y a une crise, il n’y a pas d’emplois, , on renvoie les femmes à la maison sans possibilité de faire vivre leur famille et surtout de s’autonomiser.

Vous avez travaillé pendant 5 ans au sein de l’ONG , Le monde selon les femmes, existe-t-il un clivage nord-sud ?

Cette ONG a justement été créée avec l’idée de démontrer le contraire. Il y a au contraire beaucoup de mecanismes similaires en Europe et ailleurs, dans certains pays du sud. Les difficultés sont bcp plus fortes au Congo, Sénégal, au Pérou ou Bolivie, dans lesquels nous avons eu des partenariats, où les conditions économiques sont évidemment bien différentes. Mais les mécanismes qui prévalent sont les mêmes, le patriarcat, c’est un phénomène de domination qui pèse sur les moyens de décision, de production, sur la gestion des ressources, et l’accès pour les femmes et surtout leur contrôle des ressources economiques, politiques, éducationnelles reste un enjeu qui est semblable.
Ce que nous avons voulu montrer avec le Monde selon les femmes c’est justement que au Nord tout n’était pas acquis contrairement à l’image idyllique, l’eldorado que les hommes du sud se font, et qu’au contraire, de la même manière, la façon dont les femmes s’organisent dans le sud, c’est parfois très interpellant et très nourissant pour des organisations de femmes du nord. Nous avons donc créé des échanges et des rencontres nord-sud que l’on a appelé le réseau Palabras, pour reprendre la parole et pour montrer, qu’elles avaient fait des choses dont elles étaient fières, et croiser le regard de l’Europe latine avec l’Amérique latine et l’Afrique francophone.


Votre engagement, il vient d’où ?

Depuis assez jeune, je me suis impliquée dans une série de secteurs, représentante de classe, active dans des mouvements de jeunesse, 4eme d’une famille de 5 il fallait peut etre trouver ma place, les injustices m’ont toujours fortement mobilisée. Essayer d’avoir une attitude inclusive, fait partie de ma personnalité, je dirais, sans doute favorisée aussi par mon entourage, mon éducation. Un de mes premiers travaux à l’université lors de mes études en sociologie, concernait l’éducation des petites filles, et sur la manière dont on était orientée dès notre petite enfance vers des modèles stéreotypés féminins. Avant cela, j’avais déjà  participé à un certains nombre de mobilisation en Belgique pour le droit des femmes, le droit des peuples contre les dictatures et pour les droits humains.

Ce combat aujourd’hui, vous l’appliquez comment ?

Ma première prise de conscience forte des inégalités femmes-hommes c’était lorsque j’effectuais une mission sur le terrain au Sénégal, au cours des années 80. J’ai travaillé avec des groupes de femmes qui produisaient l’huile de palme, et j’ai vu que finalement, c’était dans le projet c’était des hommes qui s’adressaient aux hommes, et moi en tant que jeune femme débarquant, j’ai pu mettre le doigt sur la manière dont les femmes étaient organisées, et que c’étaient bien elles qui assuraient l’essentiel de la production d’huile de palme. Et ça, ça m’a fortement interpellée. Je me suis demandée comment elles auraient pu être davantage reconnues dans leur rôle productif, alors qu’on leur donnait le plus souvent uniquement un rôle reproductif.  Les outils d’analyse du genre à cette époque là étaient à peine connus. C’était surtout dans le monde anglo-saxon que ces outils émergeaient. Et donc, à ma manière, j’ai pris conscience de cela et j’ai cherché à voir comment on pouvait systématiser l’importance des rôles divers que les femmes jouent. Productif, reproductif, social-communautaire,  car elles s’impliquent aussi dans des groupements villageois, qui influaient sur la vie de toute la population d’un village.
A mon retour, sur les questions de population et de développement, j’ai continué à suivre ces questions, et à faire prendre conscience les hommes comme  les femmes, de la necessité d’analyser la société pas de manière globale, mais en tenant compte des spécificités et tenir compte du fait que la société elle n’est pas homogène, et que c’est quelque chose qui traverse toutes les sociétés.
Depuis 3 ans, j’ai sauté le pas, j’ai décidé de m’engager en politique, et je continue dans mon travail au parlement régional de wallonie, et au sénat, à porter ces questions là de manière systématique. Pour interpeller les ministres des droits des femmes, mais surtout les autres collègues, hommes.


Empouvoirement, c’est un passage obligé ?

Oui bien-sur, c’est un passage inéluctable, il est en cours. Les personnes au pouvoir, qui sont crispées sur leurs certitudes, qui pensent que les femmes n’ont ni les capacités ni les droits d’avoir accès aux ressources, ni au pouvoir. Ils font mauvaise route. Le changement est en marche et ce sont les femmes qui le portent, ce sont même souvent elles qui sont novatrices et précurseures dans de nombreux domaines, car le plus souvent elles n’ont rien à perdre dans un changement de politique mais tout à gagner.
Dans le monde de l’entreprise il y a beaucoup de blocages encore, faut il des quotas ?
Dans les instances dirigeantes, il est important de poursuivre ces politiques de quotas. Cela a valeur d’exemple et ça change la donne quand des femmes sont à la tête de grandes entreprises. Notamment dans les entreprises publiques, il y a donc une responsabilité des politiques. Et puis en incitant le privé à suivre cet exemple. Et puis, il faut expliquer aussi qu’une société qui ne donne pas l’accès aux femmes, elle perd sur tous les terrains. Elle passe à côté d’un capital et d’une richesse dont elle s’exclue. En tant que citoyennes et consommatrices, elles demandent de plus en plus que les entreprises soient conformes à cet idéal d’égalité. Il n’y a qu’à voir les levées de bouclier quand il y a des campagnes sexistes menées par les entreprises, quand celles-ci recrutent ne le font pas de manière non-stéréotypée. Il  y a un tournant auquel le monde de l’entreprise doit répondre.


D’où l’importance des réseaux féminins ?

Oui c’est un mécanisme qui est à l’œuvre, qui est la cooptation, et qui est masculin. C’est ce que font les grandes entreprises qui l’opèrent. C’est là que les réseaux féminins ont du sens, plus il y aura de femmes à des postes stratégiques, plus elles auront le pouvoir de cooptation, et d’aller chercher plus de femmes pour leur talent et leurs capacités.

Page Facebook Hélène Ryckmans
@HeleneRyckmans