Emmanuelle Seyboldt : une femme à la tête de l’Eglise protestante de France

Interview de Mohamed Kaci

Le 26 mai dernier, l’Eglise protestante unie de France a élu sa première présidente, Emmanuelle Seyboldt, une pasteure de 46 ans, divorcée, remariée et mère de famille. Entretien.

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Emmanuelle Carrière-Seyboldt est la première femme à diriger le Conseil national de l’Église protestante unie de France (EPUDF), qui compte quelque 400 000 membres. Cette mère de quatre enfants, mariée une première fois à 22 ans, puis divorcée, s'est remariée en 2006 à un ancien camarade d'études allemand, lui aussi pasteur et père de trois enfants, et qui fait la cuisine à la maison. Elle a été élue le 26 mai 2017 pour 4 ans. 

A l’heure actuelle, plus du tiers des 450 pasteurs protestants de l'Eglise protestante unie de France sont des femmes qui, depuis 1965, peuvent accéder à ce ministère, alors que l'Eglise catholique n'envisage toujours pas d'ordonner les femmes prêtres. La désignation d’une femme à la tête de son Église, confiait Emmanuelle Seyboldt à nos confrères de La Croix, est à la fois un "événement", parce que "c’est la première fois", mais aussi "quelque chose de très banal et de très ordinaire". 

Ayant grandi au sein d'une Eglise où les femmes pouvaient être pasteures, elle n'a pas eu à se battre, dit-elle, pour faire valoir ses droits. L'impact de son élection, à son sens, est plus important à l'extérieur qu'à l'intérieur de l'EPUDF : "C'est un signe fort pour une société française marquée par le catholicisme, où la place des femmes n'est pas évidente... En France, une femme à la tête de l'église, c'est bizarre !" admet-elle au micro de TV5MONDE.

"Il faut protéger la laïcité"

​Née en 1970 à Lunel, dans l'Hérault, c’est au sein de l’Eglise réformée de Saint-Etienne, où elle tient l'orgue pendant les cultes, qu’elle trouve sa vocation, entre catéchisme, chorales et groupe de jeunes. Elle s'engage ensuite vers une formation théologique à l’Institut protestant de Paris, puis à Montpellier.

Pasteure de l’Eglise réformée de France dès 1994 - la plus jeune pasteure de France - elle commence à exercer en Ardèche, puis à Châtellerault, dans le Vaucluse, à Besançon... Au fil d'un parcours très varié - paroisse disséminée, grande ville, aumônerie d'hôpital - elle a acquis l'expérience de différentes régions et ministères, à laquelle s'ajoutent, entre autres, la présidence de missions et de conseils régionaux, ainsi que des postes de responsabilité dans la presse protestante.

Héritière d'une Réforme qui fête cette année ses 500 ans, elle exprime son attachement à la laïcité : "C'est ce qui fait que, depuis 1905, en France, les protestants, comme tous les citoyens français, ont le droit de vivre leur religion sans être embêtés. C'est ce qui protège les hommes et les femmes, leur permet de vivre leurs convictions comme ils le souhaitent, dans la limite du respect des autres. La laïcité doit être protégée."

La foi et le concret

Lectrice passionnée, Emmanuelle Seyboldt se dit marquée par la lecture de Paul Tillich, théologien du dialogue avec la culture et la philosophie et du dialogue avec les religions non-chrétiennes. A son sens, le défi, en France, après les attentats, "c'est d'engager le dialogue avec des communautés musulmanes qui ont tendance à se replier sur elles-mêmes." 

Elle s'intéresse particulièrement aux théologiennes comme Lytta Basset et Marion Muller-Colard, dont l'approche d'une foi ancrée dans la vie, dans le concret, trouve en elle une résonance particulière. Interrogée sur le port du voile et sa signification, elle souligne que "le problème, c'est le regard des autres. Or celle qui porte le voile n'en est pas responsable du regard porté sur elle."