Emojis : vers une meilleure représentativité des femmes ?

Capture d'écran de la présentation des nouveaux émojis de Google. 
Capture d'écran de la présentation des nouveaux émojis de Google. 

Apparus au Japon dans les années 1990, les émojis (ou émoticônes) ont envahit nos "sms" et nos réseaux sociaux. Ces petits symboles qui expriment une idée, un objet, une humeur représentent aujourd’hui essentiellement des hommes. Mais cette réalité est en train d'évoluer. Explications.  

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Une danseuse, une princesse, une coiffeuse… Lorsque l’on s’attarde sur les émojis présents sur nos smartphones et dont on se sert quotidiennement, on se rend vite compte que ceux représentant des femmes sont très stéréotypés. Souvent représentées en rose, elles n'ont aucune activité sportive (sauf la danse) et intellectuelle. Du côté des hommes, les utilisateurs ont l'embarras du choix. Ils sont cycliste, basketteur, policier, ou encore inspecteur. Résultat : « lorsqu’on cherche quelque chose pour illustrer une amie, il est difficile de trouver un émoticône qui lui correspond », constate Valentin Blanchot, co-fondateur du site Siècle Digital.  

C'est la preuve que la structure patriarcale et sexiste existe toujours, même dans les outils très modernes
Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole d'Osez le féminisme

Selon Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole d'Osez le féminisme, « c'est la preuve que la structure patriarcale et sexiste, ce n’est pas juste quelque chose d’archaïque et qui n’existe plus puisque même dans les outils très modernes qui sont conçus, mis à jour et renouvelés très régulièrement, on retrouve ces tendances qu’on dénonce depuis longtemps . Cela montre que la place qui est faite aux femmes n’est pas universelle ». 

 

De nouveaux émojis

Pour palier ce manque d’égalité, notamment dans le domaine du travail, quatre employés de Google ont proposé, en mai 2016, 13 nouveaux émoticônes à l’Unicode Consortium qui s’occupe de valider les nouveaux émojis (lire notre encadré). Parmi eux, on trouve une femme d’affaire, un médecin, une chirurgienne, une scientifique, une agricultrice, une diplômée ou encore une enseignante. Dans le texte qui accompagne la présentation de ces émojis, les quatre employés de Google écrivent : « Où que vous regardiez, les femmes gagnent en visibilité et en reconnaissance comme jamais auparavant. N’est-il pas temps que les émojis reflètent aussi cette réalité que les femmes jouent un rôle clé dans chaque domaine de la vie et dans chaque profession ?  »

Début août, Apple a également annoncé la sortie de nouveaux émojis représentant des femmes en train de nager, de courir, de surfer...  Ils seront ajoutés au nouveau système d'exploitation mobile IOS 10 lors de sortie officielle. 


Mais pourquoi cette prise de conscience si tardive ? Selon Valentin Blanchot, le phénomène des émojis « n’a pas été pris au sérieux au départ ».  « Les règles n’impliquaient pas le besoin d’avoir un émoji qui avait une couleur de peau ou qui prenne en compte l’égalité des genres ». Une explication que confirme Corentin Durant de Numérama. « C’est principalement parce qu’il y a eu, jusque très récemment, un certain mépris, un désintérêt des éditeurs pour ces symboles. Ils étaient considérées comme un phénomène minoritaire et pour les jeunes ». Mais la mode des émojis a pris une telle ampleur, qu'aujourd'hui, ils remplacent souvent les mots dans les messages que l'on échange. 

Les jeunes femmes, plus grandes utilisatrices d’émojis

Dans leur texte de présentation, les quatre employés de Google expliquent que selon une étude de 2015 publiée sur SocialTimes, 92% des internautes utilisent des émojis et que parmi eux, 78 % sont des femmes et 60% des hommes. Cette même étude révèle que parmi les internautes, 72% de ceux qui ont moins de 25 ans sont des utilisateurs fréquents d’émojis. Le lien entre l’utilisation des femmes et celle des jeunes personnes montre que les femmes de moins de 30 ans sont, de loin, les plus grandes utilisatrices d’émoticônes. Et poutant, elles sont sous représentées dans ces petits symboles.


Ces utilisatrices, la marque américaine Always a décidé de leur donné la parole dans une publicité, en mars 2016. Celle-ci met en scène des jeunes filles qui utilisent les émoticônes quotidiennement dans leurs conversations par "sms" ou via les réseaux sociaux et pose la question suivante : « Les filles envoient plus d’un milliard d’émojis par jour. Mais ces émojis les représentent-elle ? ». Finalement, les adolescentes se rendent compte que peu d’émoticônes leur correspondent. « J’aimerais un émoji d’une joueuse de football », lance l’une d’entre elle. « Je voudrais une prof de batterie », demande une petite blonde en mimant la scène.
Raphaëlle Rémy-Leleu d'Osez le féminisme aimerait que « chaque émoticône ait un pendant masculin-féminin ». Tout simplement. 

 

Qui choisit les émojis et comment ?

Qui ? L’Unicode Consortium est une organisation à but non lucratif qui a pour but de « standardiser les symboles et les lettres utilisés par les services informatiques tels que les ordinateurs, anciennement les calculatrices et aujourd’hui les smartphones », explique Corentin Durand, journaliste chez Numérama. Les membres du consortium sont des entreprises et des organisations issues du domaine de l'informatique et des technologies de l'information comme Adobe, Apple, Google, Facebook, Huawei... L'organisation est financée par les cotisations de ses membres.

Comment ? Le Consortium se réunit tous les trois mois pour mettre à jour son ensemble de standards. Ils doivent valider les émojis qui leur sont proposés par des créateurs de logiciels, des entreprises… « Il y a une recherche de logique derrière la création du pack universel des émojis », assure Corentin Durand. « L’utilisation des émojis en a amené d’autres et aujourd’hui on en a un pack considérable. Mais est-ce qu’il est toujours cohérent et représentatif des réalités ? Ce sont les questions que se pose le Consortium pour avancer et standardiser de nouveaux émoticônes ».