Terriennes

En BD, la québécoise Elise Gravel nous apprend que les filles peuvent, et les garçons aussi

Les deux affiches Les filles peuvent, Les garçons peuvent, d'Elise Gravel, devenues virales, tant elles sonnent juste en ces temps de #MeToo et de #EtMaintenant
Les deux affiches Les filles peuvent, Les garçons peuvent, d'Elise Gravel, devenues virales, tant elles sonnent juste en ces temps de #MeToo et de #EtMaintenant
(c) Elise Gravel

L’illustratrice québécoise Élise Gravel est débordée par les temps qui courent : ses récentes planches de bande dessinée connaissent un succès viral dans les médias sociaux, en particulier ses affiches sur « les filles peuvent » et « les garçons peuvent ».

dans

Ils peuvent "pleurer, prendre soin des autres, être calmes, doux, créatifs, affectueux, coquets, avoir peur" etc. Tandis qu'elles peuvent être "grognonnes, puantes, drôles ou fâchées". Ces planchettes de bande dessinée vont bien au-delà du simple croquis car elles passent un message important auprès des jeunes en détruisant bien des clichés qui perdurent dans nos sociétés sur les garçons et les filles. Parce que le changement dans les mentalités va partir de là, de ces nouvelles générations qui poussent derrière nous. Terriennes s’est entretenue avec Élise Gravel, une jeune femme engagée qui passe efficacement ses messages grâce à l’humour. Et dont les dessins, comme ceux d'Emma, sont en passe de tourner tout autour du monde. 

A retrouver dans Terriennes : > La charge mentale portée par les femmes, une évidence quotidienne

Oui, les filles ont le droit de puer, et puis je me suis dit, tant qu’à faire, les filles ont le droit de faire plein de choses et j’ai dessiné ça.  Tout le monde me demandait : quand vas-tu faire les mêmes pour les garçons ? Voilà, je viens de les faire et ça fait encore plus fureur que celui des filles, je crois que les gens avaient besoin d’entendre ces messages-làElise Gravel, illustratrice

Terriennes : Nous avons eu un coup de cœur pour vos dessins « Les garçons peuvent » et le message qu’ils portent

Élise Gravel : J’ai déjà publié 50 livres au Québec, en France et aux États-Unis, je suis reconnue au Québec pour être une auteure engagée qui s’attaque à des causes sociales quand cela me chante, que ce soit le gaspillage, la surconsommation, la différence, et. Tous mes livres ou presque ont une dimension cachée, éducative qui porte un message qui me tient à cœur, je suis reconnue pour ça et les gens répondent vraiment bien à ces messages-là. Cela m’arrive souvent de voir ce qu’il se passe dans l’actualité et de faire passer mes messages dans les médias sociaux.

Elise Gravel, l'humour toujours


Elise Gravel est née à Montréal, voilà 41 ans. Après des études en graphisme, elle publie rapidement ses bandes dessinées, un style très humoristique qui repose aussi sur valeurs sociales et humaines. Sur son site, dans son auto présentation, elle raconte "qu'au secondaire, les filles me demandaient de leur dessiner leur mec idéal dans leur agenda. Je suis devenue très douée pour dessiner des muscles et du poil, ce qui m’a servi plus tard". Ou encore :  "souvent mes chats viennent me rendre visite et en profitent pour marcher sur mon clavier, ce qui donne des trucs comme aèvponwu^4qvènjv". Prochain ouvrage à être publié : un livre sur les champignons l'une de ses passions. Et à venir un très attendu album autour des dessins « Tu peux »

Le site d'Elise Gravel : http://elisegravel.com/

Les affiches sur les filles ont été publiées il y a deux ans, après que j’ai lu un article sur les filles qui ne faisaient plus d’exercice parce qu’elles ne veulent pas sentir la sueur ou être décoiffées et cela m’avait beaucoup attristée, alors que les garçons eux n’ont pas du tout ces préoccupations, donc j’avais fait quelques illustrations dans lesquelles je disais que oui, les filles ont le droit de puer, et puis je me suis dit, tant qu’à faire, les filles ont le droit de faire plein de choses et j’ai dessiné ça. Cette planchette a été énormément partagée, ça a été mes dessins les plus populaires depuis le début de ma carrière, ils ont été aussi partagés en anglais sur des sites féministes, etc.

Et tout le monde me demandait : quand vas-tu faire les mêmes pour les garçons ? Voilà, je viens de les faire et ça fait encore plus fureur que celui des filles, je crois que les gens avaient besoin d’entendre ces messages-là, parce qu’on n’en entend pas beaucoup des messages comme ça où on dit aux garçons : tu as le droit de pleurer, d’avoir peur, d’être vulnérables. Alors je suis bien contente d’avoir fait ça.

Donc derrière vos dessins humoristiques il y a cette volonté de passer des messages et de briser les stéréotypes, les clichés, qui entourent chaque sexe finalement ?

Élise Gravel : Oui, c’est ça, mais il faut que ce soit drôle, si c’est trop pédagogique, les gens ne partageront pas, les gens aiment beaucoup plus partager si c’est drôle.

Est-ce-que vous savez comment les petits garçons réagissent à ces dessins-là ?

Elise Gravel : Non, pas encore ! Au Québec, je suis pas mal connue auprès des jeunes, je suis pas mal certaine que le message va être bien reçu par les garçons. Mais ce que je sais, c’est que mon site web a été hors service pendant plusieurs heures parce qu’il y avait trop de gens qui téléchargeaient mes dessins !

J’ai fait une bande-dessinée sur le consentement pour les enfants ! Elle explique aux enfants qu’on ne devrait pas toucher les autres sans leur demander la permission, que tu as le droit de dire non si quelqu’un veut un câlin mais que toi tu n’en veux pas
Elise Gravel

Le mouvement #MoiAussi, le mouvement #EtMaintenant qui vient d’être fondé au Québec, toute cette actualité vous inspire j’imagine ?

Élise Gravel : Oui bien sûr, j’ai fait une bande-dessinée sur le consentement pour les enfants ! Elle est en français et en anglais et elle explique aux enfants qu’on ne devrait pas toucher les autres sans leur demander la permission, que tu as le droit de dire non si quelqu’un veut un câlin mais que toi tu n’en veux pas, etc. C’est là qu’il faut commencer à éduquer les jeunes, comment respecter la différence, respecter l’autre. Donc quand je lis l’actualité, je me demande toujours : qu’est-ce-que je peux faire ? Et qu’est-ce que je peux faire auprès des enfants ? Il faut donner le pouvoir aux enfants de changer les choses.

Qu’avez-vous pensé de ces mouvements ?

Élise Gravel : Je n’ai pas encore signé le manifeste de #EtMaintenant, je n’ai pas eu le temps d’aller regarder ça, mais je trouve ça très excitant ce mouvement, je me sens interpellée, j’ai deux petites filles au bord de l’adolescence, parfois ça me fait peur de leur expliquer le monde dans lequel elles vont grandir, donc ce mouvement-là m’a donné une façon de leur en parler d’une façon plus positive et constructive mais c’est quand même quelque chose qui me fait peur, ce n’est pas suffisant pour me rassurer. Je veux qu’elles grandissent en étant fortes et capables de dénoncer au besoin ce qu’il peut leur arriver. En tous cas, une de mes filles est déjà super féministe et elle n’hésite pas à dénoncer des situations qu’elle estime sexistes !

La bande dessinée peut être un formidable médium pour passer des messages n’est-ce-pas ?

Élise Gravel : Oui, ces nouveaux modèles féminins, ces femmes qui réussissent à passer des messages tout en étant drôles, ça aide énormément notre cause. C’est tellement plus facile à faire passer un message avec un petit dessin qu’avec un texte, surtout auprès des enfants, un dessin, ça prend 10 secondes à lire, et il y a les émotions qui vont avec, tu t’identifies tout de suite, c’est magique, c’est vraiment une grande chance qu’on a de pouvoir dessiner ça !