En France, dix-sept ministres femmes se dressent contre le harcèlement sexuel en politique

Six des 17 signataires de l'appel "Nous ne nous tairons plus". De gauche à droite et de haut en bas : Christine Lagarde, aujourd'hui directrice du FMI ; Elisabeth Guigou, présidente de la Commission des Affaires étrangères à l'Assemblée nationle ; Cécile Duflot, députée écologiste ; Michelle Demessine, sénatrice communiste ; Rama Yade, candidate à la présidentielle de 2017 et Chantal Jouanno, sénatrice centriste
Six des 17 signataires de l'appel "Nous ne nous tairons plus". De gauche à droite et de haut en bas : Christine Lagarde, aujourd'hui directrice du FMI ; Elisabeth Guigou, présidente de la Commission des Affaires étrangères à l'Assemblée nationle ; Cécile Duflot, députée écologiste ; Michelle Demessine, sénatrice communiste ; Rama Yade, candidate à la présidentielle de 2017 et Chantal Jouanno, sénatrice centriste
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Après "l'affaire Denis Baupin", dix-sept anciennes ministres françaises se rebiffent contre les pratiques politiques sexistes en France dans un appel publié le 15 mai 2016. Elle lancent qu'elles ne se "tairont plus" dans les affaires de harcèlement sexuel.

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Elles dénonceront désormais "systématiquement toutes les remarques sexistes, les gestes déplacés, les comportements inappropriés". Roselyne Bachelot, Michelle Demessine, Cécile Duflot, Elisabeth Guigou, Aurélie Filippetti, Chantal Jouanno, Nathalie Kosciusko-Morizet, Christine Lagarde, Marylise Lebranchu, Corinne Lepage, Monique Pelletier, Fleur Pellerin, Valérie Pécresse, Yvette Roudy, Catherine Trautmann, Dominique Voynet et Rama Yade, ces 17 femmes en colère ont toutes exercé des fonction gouvernementales et pour la plupart sont toujours fortement engagées en politique via leurs mandats électifs. Certaines ont occupé des portefeuilles "importants" et le plus souvent accordé à des hommes, comme Christine Lagarde, unique ministre femme de l'Economie et des Finances en France (à ce jour) sous la présidence Sarkozy de 2007 à 2011, où la Garde des Sceaux (ministre de la Justice) Elisabeth Guigou (socialiste) et la ministre de l'Enseignement supérieur Valérie Pécresse (Les Républicains) aujourd'hui présidente de la Région Ile de France.

appel des 17
Reportage de France Télévision, dimanche 15 mai 2016. Avec les témoignages des signataires Catherine Trautman, Michelle Demessine et Rama Yade.


Elles sont plus ou moins jeunes et représentent (presque) toutes les composantes de la vie politique française. Et elles ont décidé, cinq jours après l'affaire Denis Baupin, ce député écologiste accusé de harcèlement et de violences sexuelles par plusieurs anciennes militantes et élues de "Europe, écologie, les Verts", qu'il était temps de dire "assez, c'est assez". Hasard des anniversaires : cette tribune, ces femmes politiques l'ont écrite cinq ans après, jour pour jour, une autre odyssée politique masculine, celle de Dominique Strauss Kahn, alors directeur général du Fonds monétaire internationale (FMI) accusé d'agression sexuelle par une femme de chambre de l'hôtel Sofitel de New York...

Parce que le sexisme transcende malheureusement les différences et oppositions, ces femmes engagées, en s'unissant au delà de leurs divergences, espèrent bousculer les habitudes machistes à l'oeuvre dans les hémicycles du Parlement français, l'un des moins paritaires d'Europe (26% de femmes élues, 60ème rang mondial et 15ème européen). Leur appel a été publié le 15 mai 2016 par le Journal du Dimanche. En voici quelques extraits.
 

Nous avons eu à subir et à lutter contre le sexisme

"Nous nous sommes engagées en politique pour des raisons diverses, nous défendons des idées différentes, mais nous partageons la volonté que le sexisme n’ait pas sa place dans notre société. Ce fléau n’est pas propre à notre univers, loin de là, mais le monde politique a un devoir d’exemplarité."

"Nous avons été ministres, nous sommes ou avons été élues. Et comme toutes les femmes qui ont accédé à des milieux auparavant exclusivement masculins, nous avons eu à subir et à lutter contre le sexisme."

A part ses seins magnifiques, elle est comment ?

"On ne peut pas dire à une femme, quel que soit son statut, qu’elle soit salariée, étudiante, chômeuse, mère au foyer ou élue, à propos d’une collègue : "A part ses seins magnifiques, elle est comment?". On ne peut lui dire d’un air graveleux : "Ta jupe est trop longue, il faut la raccourcir" ou "Est-ce que tu portes un string?".
"L’impunité, c’est fini"

"Ce que nous racontons est arrivé à certaines d’entre nous ou certaines de nos paires, mais là n’est pas la question. Cela arrive tous les jours à des femmes dans les transports, dans les rues, dans les entreprises, dans les facultés. Cela suffit. L’impunité, c’est fini. Nous ne nous tairons plus."

"Peu de femmes portent plainte et très peu de plaintes débouchent sur des condamnations. Plusieurs pistes doivent être étudiées : allongement des délais de prescription en matière d’agression sexuelle ; possibilité pour les associations compétentes de porter plainte en lieu et place des victimes ; fin de la possibilité de correctionnaliser un viol […]."


Au Sénat, la sénatrice écologiste Esther Benbassa avait demandé, au lendemain de l'affaire Baupin, la création au Sénat d’une cellule d’accueil, d’écoute et d’accompagnement des personnes victimes de harcèlement sexuel dans le cadre de leur activité à la Chambre haute. « Les révélations récentes, quelles que soient leurs éventuelles suites judiciaires, obligent, me semble-t-il, une institution républicaine majeure comme notre Haute Assemblée à montrer l’exemple », écrivait-elle au président du Sénat Gérard Larcher. "Cette cellule pourrait par ailleurs être chargée de produire une charte de déontologie des rapports hommes-femmes au Sénat et de veiller à son respect".

On aimerait aussi que 17 anciens ministres hommes lancent un appel à leurs collègues pour leur demander de changer leurs pratiques...