En France, la pauvreté prend le visage d'une femme, mère isolée ou retraitée

Une femme fouille dans les poubelles devant son enfant en poussette, le 28 novembre 2011 à Marseille. (Photo Gérard Julien. AFP)
Une femme fouille dans les poubelles devant son enfant en poussette, le 28 novembre 2011 à Marseille. (Photo Gérard Julien. AFP)

D'une étude à l'autre, les chiffres s'entêtent chaque fois davantage : la pauvreté croît partout en Europe, mais les femmes, en particulier en France, payent plus cher que les hommes les conséquences de la crise économique mondiale.

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Le dernier sondage en date réalisé pour le compte du Secours populaire français, association caritative longtemps proche du Parti communiste, montre que le temps partiel imposé, conjugué à la situation de mère isolée ou aux carrières en pointillés, conduit plus de Françaises que de Français (55% contre 45% des quelque 6 millions de citoyens à vivre au dessous du seuil de pauvreté) à se confronter jour après jour à l'angoisse du manque. "Malheureusement, cette enquête ne nous apprend pas beaucoup, nous savions que le nouveau visage de la pauvreté en France est celui des femmes, des femmes à la tête de familles monoparentales et des femmes plus âgées, celles qui sont à l'aube de leur retraite ou qui y sont" a commenté Najat Vallaud Belkacem, ministre des Droits des femmes, lors de la présentation de ces (mauvais) résultats, alors qu'elle s'apprête à défendre le 16 septembre 2013 un projet de loi pour imposer une meilleure égalité professionnelle hommes/femmes.

Les chiffres de la pauvreté sont pourtant incertains : ils dépendent du seuil de ressources, hypothèse variable selon les définitions adoptées. L'Observatoire des inégalités, voilà tout juste un an, pointait ces difficultés d'estimations : "La France comptait 4,8 millions de pauvres en 2010 si l’on fixe le seuil de pauvreté à 50 % du niveau de vie médian et 8,6 millions de pauvres si l’on utilise le seuil de 60 % du niveau de vie médian (voir notre définition ci-dessous). Dans le premier cas, le taux de pauvreté est de 7,8 %, dans le second de 14,1 %. En 2010, le seuil de pauvreté situé à 60 % du revenu médian, pour une personne seule, est de 964 euros mensuels, celui à 50 % de 803 euros."

Les sondés du Secours populaire en septembre 2013 répondent pour leur part que la pauvreté commence lorsqu'une une personne seule "dispose d’un revenu mensuel net de moins de 1.104 euros, montant légèrement inférieur au smic mensuel net qui est depuis le 1er janvier 2013 à 1.120,43 euros et supérieur au seuil de pauvreté évalué à 964 euros par mois." A l'aune de cet indice :

- 55% des pauvres en France sont des femmes.

- 70% des travailleurs pauvres sont des femmes et 57 % des bénéficiaires du RSA aussi.

- Deux retraités pauvres sur trois sont des femmes. Une retraitée sur trois touche moins de 700 euros. (Une campagne a été lancée sur ce sujet par Osez le féminisme).

- 47% des femmes reconnues handicapées travaillent à temps partiel. Cette situation ne concerne que 15% des hommes dans le même cas. Leur taux de chômage est également plus élevé : 31% contre 39%.

A l'évidence, les brutalités conjugales ou familiales sont rattrapées par les violences économiques et sociales. L'étude annuelle du Secours populaire (et réalisée par l'institut de sondages IPSOS) met en exergue la montée concomitante de la réalité et de la perception de la pauvreté : 41% des Français interrogés (ils étaient 37% en 2012) ont déjà connu une telle situation au cours de leur vie et 59% d'entre eux craignent d'y être un jour confrontés. Mais dans les faits, les femmes mères isolées chômeuses ou à temps partiel, les retraitées dont on n'a pas reconnu le travail, telles les femmes d'agriculteurs, de commerçants, ou les immigrées âgées, toutes celles-là sont en première ligne des régressions sociales à l'oeuvre sur le vieux continent.

Que faire ?

Les sondeurs ont aussi demandé à leurs interlocutrices(teurs) ce qu'il faudrait faire pour enrayer cette descente aux abysses des femmes défavorisées. Voici les résultats, dans lesquels on voit que les mères célibataires aimeraient aller plus vite et plus loin.

Ce qu'il faudrait donc faire :

Lutter contre les écarts de salaire entre les hommes et les femmes à poste équivalent
Ensemble. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .48 %
Femmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..48 %
Mères célibataires . . . . . . . . . . . . . . . . .52 %

Faciliter la garde des enfants (ouverture de crèches, meilleur soutien financier…)
Ensemble. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .35 %
Femmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..37 %
Mères célibataires . . . . . . . . . . . . . . . . .33 %

Réformer le système de retraite pour assurer de meilleures pensions aux femmes qui ont interompu leur carrière
Ensemble. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .32 %
Femmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..37 %
Mères célibataires . . . . . . . . . . . . . . . . .43 %

Lutter contre les temps partiels subis
Ensemble. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .27 %
Femmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..24 %
Mères célibataires . . . . . . . . . . . . . . . . .24 %

Encourager les jeunes femmes à faire des études dans des domaines porteurs
Ensemble. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .21 %
Femmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..25 %
Mères célibataires . . . . . . . . . . . . . . . . .21 %

Sur ce dernier point, un autre récent rapport montrait que les études et la formation étaient des atouts indispensables à la quête d'un emploi pour les femmes. En février 2013, une recherche du Conseil économique et social soulignait elle aussi la précarisation des jeunes femmes vivant en France, plus que celle des jeunes hommes, quand elles avaient interrompu trop vite leur scolarité.

Six mères célibataires sur dix ont des “difficultés financières“ importantes“ au cours des douze derniers mois pour assurer leurs dépenses de logement et d'alimentation. AFP - Philippe Huguen
Six mères célibataires sur dix ont des “difficultés financières“ importantes“ au cours des douze derniers mois pour assurer leurs dépenses de logement et d'alimentation. AFP - Philippe Huguen