En France, le nouveau ministère de la famille, de l'enfance... et des droits des femmes

Laurence Rossignol, sénatrice de l'Oise (Nord Ouest de Paris) nommée le 11 février 2016, ministre de la Famille, de l'enfance et des droits des femmes
Laurence Rossignol, sénatrice de l'Oise (Nord Ouest de Paris) nommée le 11 février 2016, ministre de la Famille, de l'enfance et des droits des femmes
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Parmi les réactions qui ont accueilli la composition du nouveau gouvernement Valls en France ce jeudi 11 février 2016, les plus critiques sont sans nul doute celles des militantes des droits des femmes, estomaquées de voir ceux ci rattachés, en queue de liste, à la famille et à l'enfance.

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C'est ce qu'on appelle un "bad buzz", une mauvaise publicité. A peine nommée à la tête du ministère de la Famille, de l'enfance... et des droits des femmes, Laurence Rossignol n'aurait sans doute pas imaginé les railleries innombrables qui ont accueilli sa "promotion". Non pas sur sa personne, mais sur le portefeuille qui lui est désormais confié, un triptyque sorti des siècles passés : famille, enfance, droits des femmes.

D'elle même, on sait juste qu'elle est sénatrice de l'Oise (département au nord ouest de Paris), qu'elle a fait des études de droit social, qu'elle fut brièvement journaliste à la Vie Ouvrière (l'une des publications de la CGT, syndicat proche du Parti communiste), et qu'elle a surtout fait une carrière politique au sein du Parti socialiste. Et qu'elle est, paraît-il, féministe... Une féministe qui a accepté que les droits des femmes soient accolés à ceux des enfants et de la famille, donc, en assurant face à ce tir croisé : « je me suis toujours définie comme une ministre féministe de la famille. Ce sera toujours le cas. Je suis suffisamment engagée sur ce sujet, depuis tellement longtemps, que je demande aux féministes de me faire confiance ».

La polémique a fusé à la vitesse des réseaux sociaux, sur twitter et facebook. Contrairement aux premiers engagements de François Hollande, cela fait déjà longtemps que les droits des femmes n'ont plus le droit d'avoir un ministère plein, sans doute parce que depuis le départ de Najat Valaud Belkacem de ce qui était encore une attribution entière en août 2014, ils ne sont plus prioritaires. 

L'association Osez le féminisme a immédiatement réagi sur sa page Facebook, avant que la toile s'enflamme. Petit florilège explosif...


Il a été très difficile de dénicher des voix plus mesurées, on a a tout de même dégoter des neutres, ni pour, ni contre, bien au contraire..
 

Et, il faut bien le dire : une seule s'est lancée pour saluer cette nomination, enfin plutôt la parité du gouvernement, même si les élues n'occupent plus aucune fonction régalienne  et sont désormais cantonnées, en dehors de l'Education et de l'Environnement (Mmes Najat Vallaud Belkacem et Ségolène Royal) à jouer les seconds rôles. Mauvais exemple...
 

N’est-ce pas enfermer les femmes dans le rôle stéréotypé qui leur est assigné depuis des siècles

Dans ce grand moment de solitude qu'elle va devoir traverser, Laurence Rossignol ne pourra guère compter sur ses paires. Danielle Bousquet, Présidente du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes, Chantal Jouanno, Présidente de la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité du Sénat et Pascale Vion, Présidente de la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité du CESE (Conseil économique, social et environnemental) ont aussitôt fait part de leur inquiétude, pour ne pas dire de leur colère, en mots bien choisis et diplomates mais sans ambiguïté :

"Parité au nouveau Gouvernement : nous nous en félicitons. Mais, mettre sous un même Ministère « la famille, l’enfance et les droits des femmes », n’est-ce pas enfermer les femmes dans le rôle stéréotypé qui leur est assigné depuis des siècles : celui d’épouse et de mère ?

La formulation et le périmètre de ce Ministère sont d’autant plus déconcertants que, depuis 4 ans, les avancées en matière d’égalité femmes-hommes sont incontestables. La Loi sur l’égalité réelle du 4 août 2014 avait, en effet, consacré l’enracinement de l’égalité entre les femmes et les hommes dans toutes les politiques publiques. Pour autant, tellement d’inégalités perdurent.

A cette aune-là, nous nous interrogeons sur le périmètre du Secrétariat d’Etat chargé de l’égalité réelle. Nous attendons des clarifications et des assurances du Gouvernement quant à son engagement en matière de droits des femmes et d’égalité entre les sexes.
"

On retiendra cette affaire, sans doute comme la première "boulette" du troisième gouvernement Valls.
 

Le nouveau logo satirique imaginé par Osez le féminisme pour le ministère de la Famille, de l'enfance et des droits des femmes
Le nouveau logo satirique imaginé par Osez le féminisme pour le ministère de la Famille, de l'enfance et des droits des femmes
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