En Inde, la satire, nouvelle arme de dissuasion massive contre les viols

Kalki Koechlin et VJ Juhi Pande, les deux actrices qui se relayent dans le clip “It's Your Fault“
Kalki Koechlin et VJ Juhi Pande, les deux actrices qui se relayent dans le clip “It's Your Fault“

Ils, elles, sont jeunes, beaux et célèbres. Ils, elles, appartiennent à All India Back (Toute l'Inde avec nous) un collectif de comédiens dont les vidéos font habituellement un tabac sur la toile. Leur dernière création, la 365ème, postée le 19 septembre, avec déjà plusieurs millions de vues, a dépassé tous leurs espoirs. Cette fois, si l'humour était au rendez-vous, leur propos était grave : retourner le "tout cela est de ta faute", l'habituel cliché asséné aux femmes violées, pour lutter contre l'explosion de ces crimes auxquels la "plus grande démocratie du monde" est confrontée depuis un an . 

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Dans la vidéo, on voit l'actrice  Kalki Koechlin, l'une des vedettes du groupe de créateurs vidéos comiques sur le web All Inda Back (AIB) expliquer tranquillement aux spectatrices, face à la caméra, et avec le sourire, pourquoi c'est de leur faute si elles se font violer. Et elle ajoute que si les Indiennes veulent échapper à leur agresseur, elles n'ont qu'à l'appeler "bhaiya", un nom du vocabulaire hindouiste, très respectueux et dévolu aux hommes de grande sagesse.

la comédienne poursuit en proposant les vêtements qu'il faut absolument éviter si l'on veut échapper au massacre (et encore "si c'est ton jour de chance, commente-t-elle") : passées la minijupe et la robe un peu décolletée, la burqa comme la combinaison de cosmonaute sont à proscrire… Le clip s'achève avec des femmes qui, toujours bien droites et les yeux rivés sur nous, proclament : "j'ai été violée et bien entendu, c'est de ma faute !"

Les initiateurs du projet, auxquels les réseaux sociaux indiens (et au delà) appellent à se rallier, avaient à coeur de ne pas être mal compris, et craignaient de susciter des réactions au premier degré, faisant écho à une contre-vérité qui l'aurait enracinée au lieu de la dénoncer. Mais il semble que leurs peurs soit infondées : nul ne se trompe sur leurs intentions, sauf les criminels imbéciles. Le "clip" a déjà été vu près de trois millions de fois, ce qui peut paraître une goutte d'eau noyée parmi le milliard et demi d'Indiens, mais qui peut sembler aussi un très bon début...

“It's Your Fault“, la vidéo


Des projets proches fleurissent un peu partout à travers le monde depuis quelque temps,  tels Unbreakable (incassable, ndlr) de l'Américaine Grace Brown. Depuis octobre 2011, la photographe y rassemble des portraits de femmes et d'hommes victimes d'abus sexuels. Leur particularité ? Ils sont tous pris en photo avec un panneau sur lequel sont inscrits les mots prononcés par leurs agresseurs : "Je veux juste te montrer combien je t'aime", "Tu l'as bien cherché", peut-on lire. Depuis deux ans, les internautes postent également leurs propres clichés sur le site qui en compte aujourd'hui 1500, en provenance du monde entier.

Une démarche qui n'est pas sans rappeler celle conduite en France, en novembre 2012, à l'Appel des 313 victimes de viol, un texte publié alors dans l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur à la veille de la dernière journée internationale contre les violences faites aux femme, chaque 25 novembre. Et le blog "Je connais un violeur" contribue aussi à libérer les mots des victimes pour entamer une guérison.

Aux Philippines encore, depuis 8 ans, une troupe de cirque pose ses valises au cœur du pays afin de mener une thérapie, unique dans cet État, afin d'aider de très jeunes filles, entre 8 et 21 ans, à se reconstruire après un viol.

L'esprit qui souffle sur toutes ces initiatives est toujours le même : déculpabiliser les victimes, leur rendre la parole.
L'une des photos adressées au projet Unbreakable - Lui (après la chose) : “je sais que tu  n'étais pas bien“. Moi “Alors pourquoi as-tu donc continué ?“
L'une des photos adressées au projet Unbreakable - Lui (après la chose) : “je sais que tu n'étais pas bien“. Moi “Alors pourquoi as-tu donc continué ?“