Terriennes

En Inde, un Mr Propre, un peu taché, à l'assaut du laxisme de la police face aux viols répétés

Le ministre en chef de Delhi se rendant sur les lieux de son sitting le 19 janvier 2014, entouré de ses partisans, zeenews.india.com
Le ministre en chef de Delhi se rendant sur les lieux de son sitting le 19 janvier 2014, entouré de ses partisans, zeenews.india.com

Il s'appelle Arvind Kejriwal, est devenu ministre en chef de New Delhi, l'une des plus grandes métropoles au monde, et il a décidé de partir en guerre contre la corruption à l'oeuvre au sein de la police indienne, en particulier de son laxisme stupéfiant pour ne pas dire suspect, dès qu'il s'agit de poursuivre les présumés coupables de viols collectifs, comme après l'un des derniers en date, le 15 janvier 2014, d'une touriste danoise.

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Ces jours-ci, on le voit traverser la ville à grands pas, accompagné de fidèles, toujours plus nombreux. Arvind Kejriwal semble décidé à enrayer la corruption qui règne à tous les échelons de la fonction publique indienne, en particulier dans la police. Il s'appuie sur son titre ronflant de ministre en chef de la capitale, une sorte de sur gouverneur, dans ce pays qui en compte 30, à la tête des 28 Etats et des deux Territoires de l'Union du sous continent. Le ministre en chef est choisi à la démocratie indirecte par les assemblées législatives locales, puis installé par les gouverneurs. C'est tout à la fois un homme puissant et entravé.

Arvind Kejriwal est présenté hors des frontières indiennes comme un chevalier blanc, jailli enveloppé de son armure invisible, de la lutte anti-corruption et cofondateur avec Anna Hazare du mouvement L'Inde contre la corruption, avant de se séparer et de fonder un parti issu de ce combat, le AAP, Aam Admi Party, autrement dit le parti de l'homme commun... Pour populariser son actuelle action, il affirme : "Nous allons poursuivre notre protestation. Comment le ministre de l'Intérieur (Sushilkumar) Shinde peut dormir quand tant de crimes surviennent à Delhi, quand des femmes ne sont pas en sécurité à Delhi? Nous ne négocierons pas !"

Le ministre en chef est passé à l'attaque après un nouveau viol collectif, commis à Delhi, celui d'une touriste danoise, le énième d'une longue série qui secoue l'Inde depuis décembre 2012. Son objectif est de mettre la main sur l'administration de la police, afin d'y remettre de l'ordre et de rassurer les visiteuses potentielles de sa métropole.

L'oeil critique de The Hindu, à la Une de son édition  du 21 janvier 2014
L'oeil critique de The Hindu, à la Une de son édition du 21 janvier 2014
Pourtant l'intrépide est loin de faire l'unanimité, en particulier parmi les médias. Le très sérieux The Hindu dénonce ainsi son populisme, fond de commerce de sa popularité, et rappelle quelques pratiques dans son passé de représentant du peuple, peu conformes avec sa posture de Mr Propre. Dans un éditorial sévère, daté du 19 janvier 2013, intitulé "Comprendre Arvind Kejriwal", S. Pushpavanam s'interroge : "Des choses étranges, sans aucune base rationnelle, peuvent surgir dans une nation de 1 milliard 280 millions d'habitants. En ce moment, Arvind Kejriwal est présenté comme un politicien honnête et différent qui s'attaque aux démons. Mais lorsque le buzz des médias électroniques retombera, alors la réalité de cet homme apparaîtra." Le journaliste rappelle ses petits arrangement avec la loi, alors qu'il travaillait au ministère des impôts voilà plus de dix ans, qui lui permirent de détourner quelques salaires, bien peu conformes à ses emballements actuels, et bien plus en phase avec ses visées d'un destin politique national.

Deux jours plus tard, le journal s'insurgeait encore plus fort : "L'anarchiste ministre en chef plonge Delhi dans le chaos". Il faut dire qu'avec ses dizaines de fidèles, installés jours et nuit au coeur de la mégalopole, dans un parc situé à quelques mètres du ministère de l'Intérieur (de l'Union), l'anarchiste autoproclamé - "Oui je suis un anarchiste et oui je crée du désordre", proclame-t-il - provoque une confusion urbaine indescriptible. Et cela à quelques jours du défilé militaire du "Republic Day" qui célèbre la constitution de la République indienne le 26 janvier 1950. Et le Telegraph, autre publication très diffusée, note en se moquant du chef de guerre anti police, que justement l'un de ses proches vient d'être pris la main dans le sac... d'activités frauduleuses, et même mafieuses selon The Asian Age, autre quotidien indien.

En attendant, comme toujours, la cause des femmes peut encore attendre...

“L'image de l'Inde est en train de se détériorer à grande vitesse“

16.01.2014récit Pascale Veysset
Alors que les viols se succèdent dans les villes indiennes touristiques, celui d'une touriste danoise alors qu'elle rentrait à son hôtel de New Delhi est la goutte d'eau qui fait déborder le vase de nombre de représentants du peuple qui craignent une désaffection des visiteurs dans leur pays. La femme, âgée de 51 ans, agressée durant trois heures, s'était approchée d'un groupe d'hommes pour demander son chemin dans le quartier populaire de Paharganj.

 
En Inde, un Mr Propre, un peu taché, à l'assaut du laxisme de la police face aux viols répétés

Notre dossier sur l'Inde face à la recrudescence de viols