En Indonésie, la mode se crée et se porte en Hijab

Les hijabistas prennent la pose
Les hijabistas prennent la pose

Dans les rues de Jakarta - la capitale de l'Indonésie, le plus grand pays musulman au monde -, les femmes musulmanes rivalisent d'originalité pour combiner le port du voile et être à la pointe de la mode. Entre modernité et religion, les hijabistas : contraction d'hijab - le voile islamique- et fashionistas - les fans de mode- ont décidé de ne pas choisir. 

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Indonésiennes modernes. Elles sont musulmanes ce qui ne les empêche pas d’aimer la mode. Pour elles, pas de contradiction entre fashion et islam et pas de compromis : elles portent strictement la tenue musulmane mais se parent de toutes les couleurs. Elles jouent avec les formes et les matières pour être coquettes. « Le Coran nous dit de nous couvrir totalement sauf le visage et les mains. Je porte le voile car je dois le porter mais aussi parce que je veux être belle, c’est un accessoire de mode », reconnaît Meisra, la trentaine. Mais pour éviter de trop attirer les regards sur elle, y compris ceux des hommes, il faut jouer de subtilité. « La frontière est floue c’est vraie. Nous avons le droit d’être séduisantes mais il ne faut pas tomber dans le pêché à vouloir trop se montrer, se démarquer », admet la jeune femme. 

Lorsque Meisra montre à ses amis les derniers foulards qu’elle a acquis, les essayages commencent. Entre les fous rires et les commentaires des plus techniques sur les matières des textiles, les jeunes femmes prennent la pose pour une photo. Y compris dans des postures parfois lascives. « Nous avons bien le droit d’être charmantes », rit Giska, qui dit rivaliser d’idées pour se mettre en valeur, jour après jour. « Je veux être séduisante pour mon mari. Ce n’est pas parce que je suis mère et au foyer qu’il doit me retrouver tous les soirs dans la cuisine avec mes torchons. Alors oui je suis maquillée et je porte de jolis voiles », glousse la jeune femme, mi gênée mi espiègle. 

Le foulard, entre le sacré et le profane

Les discussions et les rires continuent lorsque les femmes prennent la direction des boutiques de mode musulmanes dans le centre de Jakarta. Elles touchent et soupèsent les tissus en fines connaisseuses. Le choix est large. Les créateurs indonésiens rivalisent d’idées pour satisfaire la soif de beauté des femmes musulmanes. Comme la designer Irna Mutiara qui présentait sa dernière collection haute couture à la semaine de la mode de Jakarta. Tout en respectant à la lettre les préceptes du Coran, elle fait preuve d’une grande liberté dans ses créations. Elle s’inspire de la diversité culturelle de l’Indonésie, du batik, le vêtement traditionnel de l’archipel aux motifs tribaux de l’est du pays, mais elle reconnaît aussi être influencée par les magazines féminins occidentaux qu’elle consulte avec soin.

Juste avant le défilé, Irna ajuste le voile de soie d’une de ses mannequins. « Il est facile pour moi de trouver le juste milieu, pour mes créations entre respect de la religion et création artistique car je suis musulmane pratiquante ». De plus en plus, les créatrices musulmanes indonésiennes font le tour du monde avec leurs vêtements. « Nous avons des clients en Egypte, au Moyen Orient et même en France », explique Irna Mutiara, qui voit Jakarta devenir très vite la capitale de la mode musulmane.


En Tchétchénie aussi, paillettes et haute couture

C'était en mars 2012 à Dubaï. L'épouse (très belle) de Ramzan Kadirov - le tyrannique et fantasque dirigeant de la Tchétchénie, soutenu du bout des lèvres par les Russes -, Medni Kadirova présentait sa première collection islamique de haute couture, devant un parterre aussi luxueux que celui qui fréquente habituellement les défilés Dior ou Channel, avenue Montaigne à Paris.

Depuis la création de sa maison, Firdaws, en 2009, avec l'appui financier de la République de Tchétchénie qui a opéré un virage vers l'Islam d'Etat assez spectaculaire, Madame Kadirova vole de succès en succès, arborant elle même les tenues qu'elle crée, comme le montre la Une du Moscow News du 14 novembre 2012, avec ce commentaire : "le mélange des traditions tchétchènes et de l'élégance"...

Sylvie Braibant