En Jordanie, la première école d’auto-défense pour les femmes

Etudiante de 21 ans, Taima s’entraine avec Lina Khalifeh depuis plusieurs mois.
Etudiante de 21 ans, Taima s’entraine avec Lina Khalifeh depuis plusieurs mois.

A 28 ans, Lina Khalifeh est à la tête du centre SheFighter, la première école dédiée aux sports de combat et à l’auto défense pour femmes en Jordanie. Depuis trois ans, cette spécialiste des arts martiaux apprend aux Jordaniennes à se défendre contre un fléau qui ronge son pays : la violence envers les femmes. 

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Une dizaine d’enfants pratiquent leurs techniques de combat au son d’une forte musique techno devant les miroirs aux contours roses qui tapissent les murs du centre. Sur les tatamis centraux, Taima Jaber, une jeune étudiante vêtue de son uniforme d’entrainement, des pantalons noirs et un pull rose avec l’inscription « SheFighter » sur la poitrine, attend Lina pour débuter son entrainement. « Toute sorte de femmes suivent mes cours. Certaines n’ont jamais fait de sport, d’autres sont de grandes sportives. Nous permettons même à des mères et à de s’entrainer  avec leurs enfants  pour qu’elles n’aient pas à les laisser à la maison », explique d’emblée Lina en rejoignant ses élèves sur les tapis roses.

Avec plus de 16 ans d’expérience dans les arts martiaux et une ceinture noire de taekwondo, Lina Khalifeh est une véritable précurseur dans son pays. C’est à l’école de son oncle, à Amman, que Lina, adolescente, a découvert sa passion pour les arts du combat. Elle a continué à parfaire ses techniques en représentant la Jordanie lors de nombreuses compétitions internationales ainsi qu’en voyageant au Canada et aux États-Unis. « J’ai vu des amies être victimes d’harcèlement sexuel et être complètement sans défense, ne sachant pas comment réagir ni comment regagner de la confiance en elles. Je voulais aider », raconte Lina.

Taima s’entraine à soulever un pneu, une technique utilisée par Lina à fin de gagner de la force musculaire.
Taima s’entraine à soulever un pneu, une technique utilisée par Lina à fin de gagner de la force musculaire.
Changer les mentalités par les arts martiaux

« J’ai confiance en moi et je sais maintenant que je pourrais me défendre. Lina nous apprend à être forte et à ne jamais nous sous-estimer », confie Taima qui s’entraine au centre depuis plusieurs mois. En plus des arts martiaux et des techniques d’auto-défense, Lina donne de nombreux séminaires sur l’auto-défense. Harcèlement sexuel, violence domestique, abus, la championne d’arts martiaux aborde sans tabou des sujets qui sont généralement passés sous silence dans sa société. 

En plus de son studio, Lina visite des écoles et même des orphelinats à fin d’enseigner aux femmes comment éviter les situations abusives aussi bien à la maison que dans la rue. « Nous voulons que les femmes aient confiance en elles », affirme Lina.

Malgré tout, la jeune entrepreneure refuse d’être qualifiée d’activiste. Elle n’est, selon elle, qu’une réaliste, et croit que le changement ne viendra qu’en s’attaquant directement aux problèmes. « Ce n’est pas toujours facile de parler de sujets aussi délicats puisque notre société ne reconnait souvent même pas le problème. Je reçois cependant énormément de soutiens et de commentaires positifs à la fin de mes conférences », avoue-t-elle. 

Avec le succès de SheFighter, Lina espère bientôt ouvrir un second centre à Amman et étendre son expertise à d’autres pays du Moyen-Orient tels que l’Égypte, le Liban et les Émirats arabes unis. Récemment, SheFighter a été sélectionné par le programme She Entrepreneur en tant que l’une des meilleures entreprises à vocation sociale au Moyen-Orient.  Elle a même été invitée à présenter son programme devant la famille royale de Suède.

Les dessins réalisés par les jeunes élèves de Lina.
Les dessins réalisés par les jeunes élèves de Lina.