Entre craintes et optimisme, les Egyptiennes observent avec attention le nouveau président

Avec l'élection à la présidence de l'Egypte du candidat des Frères musulmans Mohamed Morsi, nombre d'Egyptiennes s’inquiètent pour leurs droits. Et il ne fait guère de doute que l'invalidation d'une partie des sièges du Parlement et le retour prochain aux urnes porteront à nouveau une assemblée à dominante islamiste. Mais il n'est pas certain que les nouveaux dirigeants auront pour priorité, face à une situation explosive, de revenir sur les droits acquis, importants dans ce pays, des femmes.
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Amhra, graphiste, moderne et inquiète - cliquez sur l'image pour l'agrandir
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Flanquée d’un voile rose coquet, le visage bien maquillé, cigarette à la main, Amreera Hussainien@font-face {"Calibri"; }p.MsoNormal, li.MsoNormal, div.MsoNormal { margin: 0cm 0cm 0.0001pt; font-size: 12pt;"Times New Roman"; }.MsoChpDefault { font-size: 10pt; }div.WordSection1 { page: WordSection1; }, graphiste, est devant son ordinateur à la terrasse d’un café branché du Caire. Etudiante en sciences politiques, elle se dit « libérale convaincue ». Et refuse de diaboliser le président Morsi. « Il faut arrêter de penser que l’Egypte va devenir l’Afghanistan, que le niqab sera imposé et qu’il en sera fini des droits de la Femme. Dans les rues le soir de sa victoire, n’avez-vous vu que des longues barbes et des niqab ? Non !  Morsi n’est pas une bête noire comme les médias s’acharnent à le dire ! Sur les 13 millions de voix qu’il a eues, 8 millions ne venaient pas des Frères Musulmans. Il le sait. J’ai confiance en lui.»

Pour Sania El-Sheikh, 52 ans, radiologue et ayant sa propre clinique, Morsi issu du Parti pour la Justice et la Liberté va justement ramener de la Justice pour les femmes. « Je suis battue par mon mari depuis 25 ans. Je n’arrive pas à obtenir le divorce. Cela fait 5 ans et 6 mois que je me bats ! S’il y a la charia, nous serons protégées car la loi dit que si la femme est éloignée de son mari depuis plus de 4 mois, elle peut divorcer et retourner chez ses parents. C’est très bien pour la famille que les Frères arrivent.»

Dans la rue, une autre silhouette de femme  - cliquez sur l'image pour l'agrandir
Dans la rue, une autre silhouette de femme - cliquez sur l'image pour l'agrandir
« J’ai peur des insultes dans la rue ! »

Un optimisme que ne partagent pas ces deux autres femmes vêtues de tuniques à manches courtes, la quarantaine. « Ce n’est pas de Morsi lui même dont j’ai peur » lance l’une d’elles. « C’est de tous ces gens qui, maintenant que Morsi est président, vont se croire tout permis et nous faire des remarques désobligeantes voire insultantes dans la rue ». L’autre sort de son sac, sa veste de jean, l’enfile et ajoute : «Je n’habite pas loin mais les regards ne sont pas les mêmes. Je me sens plus rassurée d’enfiler une veste alors qu’avant, je serais rentrée comme ça ! »

Morsi, lui, se pose en rassembleur, « le président de tous les Egyptiens ». Plusieurs experts, sociologues et analystes politiques, voient en lui un président pragmatique : « Les libéraux qui lui ont accordé son vote, l’attendent désormais au tournant y compris sur la question des droits de la Femme. Morsi le sait et engage l’ouverture, quitte à se mettre à dos une frange des Musulmans plus rigoristes et des salafistes. Il ne pourra pas islamiser le pays. C’est une erreur d’entrevoir ce scénario même si les inquiétudes sont légitimes» soutient Mohammed Mansour, directeur du département de Sciences politiques à l’université d’Alexandrie.

Sania, radiologue, favorable aux islamistes, et pas inquiète du tout  - cliquez sur l'image pour l'agrandir
Sania, radiologue, favorable aux islamistes, et pas inquiète du tout - cliquez sur l'image pour l'agrandir
« Les Frères vont revenir sur nos acquis »

Beaucoup de femmes redoutent cependant une islamisation du pays qui mettrait en danger leurs droits, acquis sous l’ère Moubarak. « Ca va fragiliser nos droits. Morsi et surtout son entourage salafiste risquent de revenir sur certaines conquêtes pour satisfaire la frange la plus conservatrice de leur électorat. » déplore Amhra Ghafar, graphiste. « Les premiers pas des islamistes au Parlement ont de quoi faire peur ! » ajoute-t-elle. Certains ont proposé de réformer la «khola», une disposition qui permet aux femmes de divorcer sans l'accord de leur mari, «afin de protéger l'institution familiale». D'autres, d'obédience salafiste, ont réclamé l'abaissement de l'âge du mariage pour les filles ou la légalisation de l'excision. Autant de réformes vite abandonnées face à la levée de boucliers chez  les féministes et les libéraux.

«Des lois protégeant les femmes existent déjà et je n'entends pas les modifier, qu'il s'agisse de l'âge légal du mariage, de la khola ou de l'excision.» a réaffirmé Morsi début juin. Mais pour les féministes, ces déclarations ne sont que des bonnes intentions.

«Je n’y crois pas une seule seconde» prévient l’avocate Dina Hussein, co-fondatrice du Centre Egyptien des Droits de la Femme. « Les Frères sont convaincus que les droits de la femme représentent une menace pour l'équilibre de la société.». Elle rappelle que l'Égypte a adopté dans les années 2000 plusieurs lois progressistes sur le statut de la femme. « L'âge légal du mariage est passé de 16 à 18 ans, le harcèlement sexuel et l'excision sont devenus des infractions pénales, les droits des mères divorcées vis-à-vis de leurs enfants ont été consolidés. Tout cela peut être remis en cause ». Et a bien failli l’être.

D'autres priorités pour le nouveau pouvoir

La députée islamiste Azza el-Garf a voulu réviser les textes encadrant le mariage, le divorce et la garde des enfants au motif qu'ils seraient « nuisibles à la société ». Face au tollé ainsi suscité, ces projets ont été abandonnés. Défense de « l’accusée » : «Nous n'avons déposé aucun projet de loi en ce sens car notre priorité est de favoriser l'émancipation des femmes par le développement économique du pays».  On ne demande qu’à la croire…