Etats-Unis : la Cour suprême rappelle le droit à l'avortement au Texas

Des militantes du droit à l'avortement aux Etats-Unis se réjouissent de la décision de la Cour suprème américaine en faveur de l'IVG
Des militantes du droit à l'avortement aux Etats-Unis se réjouissent de la décision de la Cour suprème américaine en faveur de l'IVG
AP Photo/J. Scott Applewhite

La cour suprême des Etats-Unis a rappelé le 28 juin 2016 au Texas, et ainsi à tous les Etats de la Fédération, qu'ils ne pouvaient pas détricoter à leur convenance le droit inaliénable des Américaines à avorter depuis janvier 1973.

dans

Ce mardi 28 juin 2016, nul doute que l'ex sénatrice du Texas Wendy Davis a été heureuse. Elle a sans doute aussi envoyé une pensée pleine d'affection et d'admiration au juge Anthony Kennedy, catholique, conservateur éclairé et modéré, sans lequel son combat serait resté vain. En juin 2013, cette héroïne du droit à l'avortement, était restée debout 13 heures durant, à tenir discours sans interruption, pour enrayer les tentatives du gouverneur républicain du Texas, à l'époque Rick Perry, visant à vider de toute possibilité le droit à l'avortement dans cet Etat ultra conservateur du Sud des Etats-Unis.

Rick Perry avait imaginé des procédures de contournement afin de verrouiller l'Interruption volontaire de grossesse (IVG), en rendant inapplicable la loi fédérale sur son territoire. Des mises aux normes sanitaires drastiques avaient été imposées aux centres pratiquant des IVG, les obligeant à investir dans du matériel de pointe qui n'avaient rien à voir avec l'avortement et à inscrire les patientes dans des hôpitaux voisins en cas de complication, brisant là leur anonymat.
Opération réussie. Des 40 établissements permettant aux Texanes d'avorter en 2013, il n'en restait plus que six à fonctionner à l'aube de cet été 2016.

A retrouver notre reportage dans Terriennes :

> Au Texas, là où le droit à l'avortement disparaît

Un bras de fer judiciaire incertain autour du droit à l'avortement


Le coup d'éclat de Wendy Davis n'avait été que le début d'un long processus judiciaire, trois années pleines, à l'issue très incertaine, et donc enfin achevé - on l'espère. Et il s'en est fallu d'un cheveu pour que les pro-life (anti-avortement) ne crient victoire. Depuis le décès de l'un des neufs juges de la Cour suprême, le conservateur Antonin Scalia, en février 2016, la haute juridiction était strictement paritaire : quatre progressistes et quatre conservateurs. Ce qui donnait un avantage à la loi liberticide texane en cas d'égalité des votes, une prime aux coutumes locales en quelque sorte. 

Mais le juge Anthony Kennedy en a décidé autrement, rejoignant le camp des progressistes, comme cela lui arrive de temps en temps pour des sujets de société depuis que ce juriste, catholique, a été nommé par Ronald Reagan voilà presque 20 ans  à la Cour suprême et mène sa barque avec une haute idée de son indépendance. La loi constitutionnelle réglementant le droit à l'avortement primera donc sur les tentatives locales de ne pas l'appliquer.

L'avortement, un sujet à vif aux Etats-Unis


Dans un pays très divisé sur ce sujet entre pro-choice (pour le choix) et pro-life (pour la vie), qui a fait irruption très tôt dans les primaires américaines, et qui sera un sujet au coeur de la bataille entre la démocrate Hillary Clinton et le républicain Donald Trump, les réactions ont été immédiates. De joie dans le camp démocrate, avec ce tweet rapide de la candidate à la présidentielle de novembre 2016 : "aujourd'hui, la décision de la Cour suprême sur les droits à la procréation est une victoire majeure. Mais attention, rien n'est jamais acquis." Et elle ajoutait : "L'avortement en sécurité doit être un droit pas seulement sur le papier, mais en réalité."
Un point de vue réaffirmé par le président en exercice deux jours plus tard.
 

.


Donald Trump empêché de réaction à vif par son voyage pro Brexit au Royaume Uni, c'est son adversaire d'hier Ted Cruz, élu du Texas à la Chambre des représentants, qui a pris le relais, en marquant sa colère : "La décision de la Cour suprême ne réduira pas au silence notre combat pour défendre les plus faibles et innocents d'entre nous (c'est à dire les foetus ou embryons, nldr)".

Les quotidiens aussi, du Nord au Sud des Etats-Unis, ont salué cette décision judiciaire historique, en y consacrant leur manchette.  Le New York Times se félicitait de "ce tournant historique de la justice contre les limites texanes du droit à l'avortement". Mais le Houston Chronicle texan notait que "si les cliniques pratiquant l'avortement tentent de se reconstruire, bien des dégâts ont déjà été faits."

 Les Unes du 28 juin 2016 du NewYork Times et du Houston Chronicle
 Les Unes du 28 juin 2016 du NewYork Times et du Houston Chronicle


Des scènes de liesse ont explosé parmi les centaines de militantes rassemblées à l'extérieur de l'édifice aux colonnes de marbre, sur la colline du Capitole à Washington. "L'ambiance est électrique. On ne peut revenir au temps des avortements clandestins, effectués avec la tige métallique d'un porte-manteau", confiait alors Nita Amar, une infirmière de 63 ans, membre du planning familial.
 

Des militants pro-life manifestaient le 27 juin 2016 devant la Cour suprême en attendant sa décision...
Des militants pro-life manifestaient le 27 juin 2016 devant la Cour suprême en attendant sa décision...
AP Photo/J. Scott Applewhite


Tandis que les opposants à l’avortement, eux aussi réunis devant la Cour, accusaient le coup, tels Jonathan et Sarah Manning, âgés de 25 ans tous les deux et mariés : "Je suis atterrée. Je viens de pleurer. Combien de personnes supplémentaires (entendez là aussi foetus, ndlr) vont mourir en raison de ce jugement ?", s'interrogeait ainsi la jeune femme.

56% des Américains estiment que l'interruption volontaire de grossesse devrait être permise dans la majorité ou la totalité des cas, selon une étude récente de l'institut Pew. Ils sont 41% à penser le contraire, avec des pics chez les électeurs républicains conservateurs (68%) et les chrétiens évangéliques blancs (69%).

Ce débat passionnel ne s'est jamais apaisé aux Etats-Unis, contrairement à d'autres pays développés. Gageons que des arguments en dessous de la ceinture seront assénés d'ici le 4 novembre 2016. En témoigne la récente indignation provoquée par Donald Trump, selon qui les femmes se faisant avorter devraient encourir "une forme de punition"...

J’en ai marre que la Cour suprême passe au dessus des Etats
Dan Patrick, gouverneur adjoint du Texas

Dans le rappel en vidéo, ci-dessous, de l'importance de cette décision, on peut entendre des voix très discordantes à l'image de la coupure nationale sur ce sujet. "Aujourd’hui les droits constitutionnels des femmes, à travers tous les Etats-Unis ont été défendus !" triomphe Nancy Northup présidente du Center for reproductive rights. 

"Aujourd’hui les bébés ont perdu, et leurs mères aussi", se lamente Penny Lance présidente de Concerned women for America. "Le Texas a bien essayé de protéger les femmes, mais malheureusement la Cour suprême s’est rangée du côté de l’avortement massif."

Dan Patrick, gouverneur adjoint du Texas se rebelle dans une tradition sudiste de sinistre mémoire : « j’en ai marre que la Cour suprême passe au dessus des Etats ».

Avortement décision USA
Retour en images sur la décision historique de la Cour suprême, récit de la RTS, 28 juin 2016