Etre femme d'origine africaine et trouver un emploi en France

Des passants devant une agence pour l'emploi, en France, à Paris
Des passants devant une agence pour l'emploi, en France, à Paris
Ap Photo/Remy de la Mauviniere

En France, si vous êtes femme, que vous êtes originaire d'Afrique, et que vous êtes diplômée, vous passerez toujours après un homme blanc et moins titré que vous dans votre recherche d'un travail. Etonnant, non ?

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Un film des années 1980 annonçait : "Mieux vaut être riche et bien portant que fauché et mal foutu". Aujourd'hui, parodiant ce titre du réalisateur Max Pecas, on dirait : "En France mieux vaut être un homme et ne pas être originaire du continent africain plutôt qu'être une femme, de quelque origine que ce soit". En clair, quand on est femme en France, dans le marché du travail quelque peu sauvage par ces temps de crise, les femmes, d'où qu'elles viennent, sont logés à la même enseigne que les hommes venus d'ailleurs. Les uns et les autres, reprenant Karl Marx, restant ainsi les "prolétaires des prolétaires".

"Les hommes sans ascendance migratoire ou d'origine européenne restent significativement avantagés sur le marché du travail", relève en effet une étude publiée le 19 février 2016, par France Stratégie, bureau de recherche rattaché aux services du Premier ministre.

Pas d'explications. Vraiment ?

La réflexion se fonde sur les données de l'INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques), portant sur un panel de 22,7 millions de personnes interrogées entre 1990 et 2014 en France métropolitaine. Au détour de la synthèse qui en a été tirée, on tombe sur deux inter-titres savoureux : "Écarts inexpliqués d'accès à l'emploi" et "Écarts inexpliqués de salaires".  Et cette interrogation, dans la conclusion,  non moins délicieuse dans sa formulation :
"La persistance d’importantes pénalités sur le marché du travail pour les femmes, les hommes originaires des DOM et les descendants d’immigrés du continent africain ne fournit pas la preuve que ces catégories subissent des discriminations, puisqu'elles peuvent résulter d'autres différences objectives mais non observées dans l'enquête Emploi de l’Insee. Elle porte néanmoins une forte présomption de discriminations selon le sexe ou l'origine, dont l'existence a pu être prouvée notamment par des opérations de testing."

C'est curieux, mais nous autres qui ne sommes ni analystes ni statisticiens, nous avons une petite idée des raisons de l'écart de salaire et l'écart d'accès à l'emploi, entre les femmes et les hommes d'une part, et entre les Français "de souche" et ceux d'origine étrangère ou les migrants. N'y aurait-il pas depuis la nuit des temps des inégalités sexuelles et des inégalités entre les citoyens selon leur origine ?

Queue dan un bureau parisien de Pôle emploi, l'agence nationale pour la recherche de travail en France
Queue dan un bureau parisien de Pôle emploi, l'agence nationale pour la recherche de travail en France
AP Photo/Francois Mori

Inégalités de genre et sociales


Tous les tableaux, et leur lecture, accumulés dans l'étude confirment ces inégalités séculaires.

"Le premier constat marquant concerne les femmes, qui ont systématiquement un moindre accès à l’emploi (taux d’activité et taux d’emploi) que les hommes de la même origine, doublé d’un moindre accès à l’emploi de qualité(CDI à temps plein et top 10 %).

Enfin, quelle que soit l’origine, les hommes ont plus de chances d’accéder aux 10 % des salaires les plus élevés. Et on observe un écart de 15 points entre le taux d’emploi des femmes sans ascendance migratoire et celui des femmes originaires du continent africain.
"

"Les hommes sans ascendance migratoire ou d’origine européenne restent significativement avantagés sur le marché du travail. À caractéristiques égales, ils ont un accès privilégié à l’emploi, notamment au CDI à temps plein, et ils bénéficient de salaires plus élevés à poste donné. Malgré des écarts qui se sont réduits sur la période, notamment en matière d’activité et de chômage, les femmes restent perdantes sur de nombreux tableaux : elles ont un taux d’activité plus faible, des salaires très inférieurs à poste donné, et un accès difficile aux postes les mieux rémunérés."

"Les hommes originaires des DOM et du continent africain sont également pénalisés : ils ont des salaires plus faibles à poste donné, connaissent un sur-chômage important et un moindre accès aux postes les plus rémunérés."

Un couple de migrants en France, près de Calais (Nord) aux prises avec leur téléphone portable
Un couple de migrants en France, près de Calais (Nord) aux prises avec leur téléphone portable
AP Photo/Thibault Camus

Pour aller plus loin :

> La synthèse de l'étude "Marché du travail, un long chemin vers l'égalité" de France Stratégie disponible au format pdf

> Les informations du ministère des Droits des femmes sur les "Accès aux droits des femmes de l'immigration en France"

Suivez Sylvie Braibant, rédactrice en chef de Terriennes sur twitter @Braibant1